The Writings of Maria Valtorta

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204. Le 10 novembre

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204. Chapter 204

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1944-11-10

Aujourd’hui, j’ai reçu en premier la lettre qui, si j’avais dû l’écrire moi-même, aurait été bien plus cinglante! Puis sainte Catherine de Sienne a parlé pour la première fois.[1] Ensuite, j’ai eu deux visions. En me donnant la seconde, Jésus me dit: «Ecris aujourd’hui. Demain, ton état physique sera tel qu’il t’interdira toute action.» Effectivement, depuis hier j’ai souffert et je souffre encore tellement que je suis tombée encore plus malade qu’à l’accoutumée. Les gens sont cruels comme des assassins, c’est certain… Que Dieu leur fasse miséricorde.

Je suis heureuse que Giuseppe parte avec pour viatique ces mots qui se trouvent dans la lettre ci-jointe[2] et dans la dictée de sainte Catherine. Il a pleuré comme un enfant, notamment quand Jésus m’a invitée à faire cadeau à mon cousin de ma médaille de Fille de Marie qui m’était très chère, d’autant plus que c’était un souvenir de mon collège. “Mère, tourne les yeux vers nous et protège-nous”, y est-il inscrit. Qu’il en soit ainsi!

Ceux qui trouvent que je montre un trop grand attachement aux objets, puisque je souffre de certaines choses qui, pour moi, res­semblent à une profanation, auraient peut-être changé d’avis en voyant comment j’ai détaché cette médaille de mon chapelet, sans discuter, et même avec une prompte et joyeuse volonté; je l’ai même fait suivre d’une autre, puis encore d’une troisième. Toutes les trois sont de la Vierge, toutes les trois me sont très chères, non pour leur valeur, puisqu’elles sont en argent, mais pour leur valeur affective et les souvenirs qui y sont attachés. J’en ai offert une à Paola à qui j’avais déjà donné, à sa demande, un crucifix qui m’était bien cher puisqu’il avait été dans les mains de papa et de maman à leur mort, un petit crucifix attaché à ce chapelet qui sera encore dans mes mains à ma mort; une autre à Titina et enfin celle-ci, qui m’était chère entre toutes, que j’ai donnée à Giuseppe.[3] C’est d’ailleurs celle que j’ai donnée en premier, parce que l’ordre m’en était venu pour lui. J’ai offert les deux autres pour ne pas susciter de désirs ou de regrets.

A présent… pourvu que la Vierge les sauve tous! J’ai fait un dernier essai avec ses dictées sur son enfance et sa jeunesse, et j’y suis arrivé. J’ai maintenant achevé ma mission continuelle. Il part loin… et Satan est si malin! On le trouve partout et les hommes, même ceux à qui on penserait le moins, sont les instruments dont il se sert pour torturer leurs semblables. Il part loin… que la Vierge le sauve!

Quand Jésus m’a dit: «Donne ta médaille à Giuseppe, celle de Fille de Marie», il a terminé en souriant: «La femme agenouillée devant la Mère (sainte Agnès), c’est toi, pour ton cousin.»

Oui, je prierai pour celui que sainte Catherine appelle «ton Tuldo», afin qu’il prenne plaisir au «pâturage des trois vertus».

Me voilà seule. Ils sont partis.[4] Il n’y a maintenant plus personne de ma parenté auprès de moi. Seulement des étrangers plus ou moins bons. Et quand je mourrai: des étrangers. Quand je serai ensevelie: des étrangers. Encore et toujours des étrangers seulement.

Tout le tragique de ma situation m’apparaît, sans plus aucun voile pieux ou affectueux pour en arrondir les angles, plus tranchants qu’une épée. Et cela m’arrive ici, où je n’ai même pas votre présence[5] ni ma maison. J’aurais seulement voulu ceci de Dieu: que ce départ advienne quand je me trouvais chez moi et avec vous auprès de moi. Comme je pensais que c’était juste, je croyais que cela allait m’être accordé.

Paola! Giuseppe! Titina! J’ai souffert parfois à cause de vous. Mais comme vous allez me manquer! Me voici désormais véritablement orpheline, et j’ai la certitude de ne plus revoir ces visages familiers que, au cours de tant de mois – quinze et demie – j’ai toujours vus à la maison.

Je suis toujours plus malade, mais qui prendra soin de moi pendant l’absence de Marta? Et lorsque je serai agonisante à la suite d’une crise, qui viendra à mon secours pendant que Marta ira chercher de l’aide?

Paola! Giuseppe! Titina! Je souffrais si vous vous absentiez ne serait-ce qu’une heure! Je ne le disais pas, mais je souffrais. Ce qui a d’ailleurs fini de me rendre ce village odieux, c’est que j’étais confinée là-haut,[6] si bien que je vous voyais beaucoup moins, je vous entendais beaucoup moins.

Comme elles étaient heureuses, ces nuits où Paola dormait avec moi! J’avais l’impression d’être revenue à l’époque où, au Centralino, je veillais sur l’enfant sans mère que tu étais.[7]

Plus rien désormais! Plus jamais rien! Je le sais: cela devait arriver. J’ai prié pour que cela arrive, puisque vous le désiriez. Mais j’en souffrais. Ma fête a été gâchée par votre joyeuse hâte à partir. Je ne l’ai pas dit. Mais combien j’en ai souffert! Marta le sait.

Je vous ai tout donné: comme parente, comme amie, comme chrétienne. Je vous ai donné bien plus que les biens matériels qui, à mes yeux, ne représentent rien. Je vous ai donné mon cœur et mon âme. Je peux bien le dire maintenant. Je vous ai défendus à force de pénitences. A l’occasion des maladies, des dangers, de tes voyages, Paola, Giuseppe, Titina, et toi aussi, Gigi[8] qui ignores combien j’ai prié pour toi, c’est moi qui payais pour vous. Je vous ai mis à l’abri et je vous ai menés vers le haut. Désormais, je continuerai à prier, même si mon cœur saigne parce que vous m’êtes arrachés.

Aimez-moi. Même après la vie, que j’espère désormais être brève, car “il n’y a pas de place pour la pauvre Maria sur terre”, et j’aspire à voir s’ouvrir les portes du ciel. Mais si je vous avais eus à mes côtés à cette heure-là! Aimez-moi. Comme parente, amie et chrétienne, en tant que chrétiens, amis et parents. Qui sait quand vous recevrez ce fascicule et cette page de pleurs! Dieu veuille que, tous ensemble, vous sachiez que je suis dans la paix!

Lorsque vous le recevrez, vous en saurez un peu plus sur la façon dont je vous considérais, et comment j’étais pour vous.

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Notes

  1. Peut-être par erreur de l’écrivain, la dictée de sainte Catherine porte la date du jour précédent. ↩
  2. Il n’y a pas de lettre jointe au cahier. ↩
  3. Giuseppe Belfanti, cousin de la mère de l’écrivain ; Anna, dite Titina, était sa seconde épouse ; et Paola était sa fille et la belle-fille de Titina. ↩
  4. Les parents Belfanti, mentionnés ci-dessus. ↩
  5. Le Père Migliorini. ↩
  6. A Viareggio, la chambre de l’écrivain malade se trouvait au rez-de-chaussée; à S. Andrea di Còmpito en revanche, elle se trouvait à l’étage supérieur, si bien qu’elle était plus isolée. La note 139 permet de mieux comprendre tout ce passage. ↩
  7. Paola Belfanti avait perdu sa mère, Normanna, première épouse de Giuseppe, en 1922; l’écrivain se trouvait alors à Reggio Calabria où, d’octobre 1920 à août 1922, elle fut l’hôte des parents Belfanti qui étaient propriétaires de deux hôtels, appelées le “Centrale” et le “Centralino”. ↩
  8. Il s’agit de Luigi Belfanti, dit Gigi, fils de Giuseppe et frère de Paola. ↩