The Writings of Maria Valtorta

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34. Le 14 février

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34. Chapter 34

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1944-02-14

Voici encore une vision bien douce, même si elle est mêlée de larmes.[1]

Je vois une cuvette herbeuse très légèrement ondulée. Des collines montent à l’arrière, de paisibles collines aux sommets eux aussi herbeux et verdoyants qui s’élèvent doucement. En bas, à la droite de l’endroit où je suis – autrement dit face au nord –, je vois le beau lac de Tibériade, d’un bleu extrêmement pur. La cuvette dans laquelle je me trouve semble être aux pieds de ces collines; elle n’est pas dans la vallée à proprement parler, mais elle est à peine surélevée au-dessus de la plaine; c’est la première ondulation des collines qui se trouvent derrière.

J’ignore de quel endroit il s’agit. En Galilée, certainement. L’on n’aperçoit pas de maison, ici. Le village est plus bas, plus près du lac. Il semble d’une certaine importance car il est plutôt vaste et les maisons y ont déjà un aspect quelque peu prétentieux.

Jésus est là; il s’avance, seul. Il cherche un endroit frais et soli­taire, et s’y assied.

Je pense que c’est encore l’été bien que l’automne s’approche car, dans les champs épars dans la campagne, les vignes portent du raisin mûr sur leurs sarments et leurs feuilles se recroquevillent et jau­nissent çà et là, brûlées par le soleil d’été; ce dernier en est à son crépuscule et descend derrière les crêtes des collines. Le lac est déjà dans l’ombre. L’endroit où se trouve Jésus ne l’est pas encore, parce qu’il est plus élevé.

Jésus est assis et pense. Comme d’habitude, il est vêtu de blanc avec un manteau bleu. Il a les mains jointes, les coudes appuyés sur les genoux et se tient légèrement penché en avant, les yeux fixés sur l’herbe à ses pieds. De temps en temps, il lève les yeux et regarde autour de lui: le village, le lac, l’arête des collines. Mais il est évident que c’est un mouvement machinal. Il suit le cours de ses pensées et ne voit pas ce qu’il a devant lui.

Sur le chemin, un large sentier qui passe dans la verdure et par lequel Jésus est monté, Marie et Jean montent à leur tour. Le disciple porte également une besace et aide Marie quand ils trouvent quelque obstacle – grosses pierres ou petits ruisseaux presque à sec –, qu’il leur faut franchir.

Quand ils ne sont plus qu’à quelques mètres de Jésus, Jean ap­pelle: «Maître!» Il appelle par deux fois et, lorsque Jésus se retourne, Jean ajoute avec son plus beau sourire: «Voici ta Mère.» Il l’escorte jusque auprès de Jésus et dépose son sac sur l’herbe. Puis il salue et s’en va.

Jésus reste avec sa Mère. Ils se sourient, se caressent, s’assoient sur la touffe choisie par Jésus pour siège, l’un à côté de l’autre.

Les vêtements de Marie sont très sombres: bleu foncé; elle en est drapée comme dans l’autre vision. Je dirais que, depuis qu’elle est la Mère de l’Evangélisateur, elle s’habille de façon encore plus aus­tère.

Après les premiers mots d’affection mutuelle, Marie ouvre le sac et en tire du pain frais, des fruits ainsi qu’un rayon de miel. Elle offre le tout à son Fils en lui disant: «Il vient de nos abeilles, de no­tre maison. Mange-le, mon Fils.»

Jésus sourit, rompt le pain croustillant et le mange avec un peu de miel.

Pendant ce temps, Marie sort ses autres trésors. Ce sont des vêtements frais pour son Jésus. Elle enlève la toile qui les enveloppe et les montre à son Fils. Puis elle repose le tout soigneusement et s’absorbe dans la contemplation de Jésus.

Elle porte sur lui un regard tellement doux, si plein d’adoration, si respectueux! De tout son visage l’amour émane et tremble comme la lumière sur la mer au crépuscule, il lui rend les yeux humides et les lèvres souriantes. Mais un infini respect le retient et, si Jésus, après avoir mangé, n’était venu s’asseoir à ses pieds dans l’herbe et poser la tête sur ses genoux à la manière d’un enfant, peut-être n’oserait-elle même pas le caresser après leur premier baiser de salutation.

Mais il est là, en Fils, pour sa Mère, Fils de sa maman, et elle le caresse sur la tête, sur ses cheveux longs et soyeux. La petite main de Marie, blanche sur cet or enflammé, hésite, effleure le beau front du Sauveur comme une aile ou un pétale de fleur. Je vois que l’air absorbé de Jésus s’éclaire comme si la main de sa Mère faisait fuir les soucis qui le rendaient pensif et triste.

Ils parlent peu, ou même pas du tout. Ils se reposent. Ils reposent leur cœur dans leur proximité mutuelle.

Puis Jésus se met à parler. Il parle de son ministère parce que Marie veut savoir. Et il l’interroge, parce que lui aussi veut savoir. Ce qui importe à la Mère, ce sont les détails de la mission de son Fils, pour les comparer au très bien et au très mal qu’on lui a rapporté. Ce qui importe au Fils, ce sont les détails de la vie que mène sa Mère, c’est de savoir comment elle est traitée par sa parenté, ses amis, les disciples et le peuple.

Mais, si l’on en juge d’après les évangiles[2], Jésus met tout son soin à dissimuler la hargne qui l’entoure et l’atteint malgré le rempart des disciples fidèles, et ce pour ne pas affliger sa Mère. Et son but à elle est de rassurer son Fils: elle ne manque de rien, le respect et la paix l’entourent. Ce sont deux amours qui veulent s’épargner l’un à l’autre la connaissance de leur souffrance.

Mais Jésus montre qu’il sait que Nazareth lui est toujours hostile et que bien des pressions sont exercées sur Marie en ce sens. Il conclut: «Mais qu’importe! Désormais, je ne reviendrai plus en Galilée. Je vais en Judée. La fête des Tabernacles approche. Je monte au Temple. Je resterai ensuite dans cette région, je parcourrai encore une fois la Samarie, je travaillerai là où le besoin en est le plus grand. Voilà pourquoi, Mère, je te conseille de te préparer à me rejoindre au début du printemps et à t’établir près de Jérusalem. Nous nous verrons plus facilement. Je monterai quelques fois encore jusqu’à la Décapole, et nous nous verrons encore. Mais ensuite… je resterai en Judée. Jérusalem est la brebis qui a le plus besoin de soins car, en vérité, elle est plus entêtée qu’un vieux mouton et plus querelleuse qu’un bouc retourné à l’état sauvage. Je vais répandre la Parole comme une rosée qui ne se lasse pas de tomber sur son aridité. Lorsque tu viendras en Judée, apporte-moi, Maman, mes plus beaux vêtements, le rouge que tu m’a tissé pour les fêtes solennelles. A Jérusalem, je dois être “le Maître”, et cela au sens le plus large puis­que ces esprits fermés et hypocrites sont plus attentifs à l’extérieur qu’à l’intérieur, à l’habillage qu’à l’enseignement.»

Marie ne se trompe pas sur la vérité de ce désir. Elle se lève, puisque Jésus s’est levé lui aussi et, de son mouvement habituel, elle pose ses mains jointes sur le bras de Jésus et s’exclame: «Mon Fils!» avec un accent tel que cela me fait souffrir.

Jésus la serre sur son cœur, et elle pleure sur le cœur de son Fils. Elle sent que l’heure de la douleur suprême est proche.

Jésus lui parle: «Maman, j’ai voulu te parler de cela en cette heure de paix. Je te confie mon secret. Aucun disciple ne sait que nous ne reviendrons plus dans cette région jusqu’à ce que tout soit accompli. Mais toi… mais pour toi, Jésus n’a pas de secret, Maman. Ne pleure pas. Nous avons encore beaucoup d’heures à passer ensemble. C’est pour cette raison que je te dis: “Viens en Judée.” De t’avoir à mes côtés me dédommagera des fatigues de la plus difficile évangélisation de ces cœurs durs qui font obstacle à la Parole de Dieu. Viens avec les femmes disciples. Vous me serez bien utiles. Jean s’occupera de ton hébergement. Maintenant, avant qu’il ne revienne, prions ensemble. Toi, retourne ensuite au village et, moi, je viendrai de nuit.»

Je revois alors la prière de Jésus et Marie, debout l’un à côté de l’autre, en une vraie communion avec le Père.

Puis Jésus reste seul, car Marie s’en va avec Jean; il continue à prier et à penser, dans la même pose et avec la même expression qu’au début de la vision, tandis que les ombres s’épaississent autour de lui.

Marie répond à une prière qui m’était jaillie du cœur après avoir récité celle qui est écrite sous l’image du Cœur Immaculé: «Notre très tendre Mère, révèle-nous les secrets de ton Cœur immaculé. Fais qu’un de tes rayons très doux et très purs pénètre en nos cœurs, les transforme et les prépare aux divines visites de l’Esprit Saint.» J’avais ajouté: «Oui, Mère de Jésus et ma mère, révèle-moi les secrets de ton cœur et prépare le mien par ta lumière.»

Elle me dit alors: «Je t’ai introduite dans mon cœur dont je t’ai fait connaître les joies et les larmes. Je t’ai transpercé le cœur du rayon de mon amour pour te rendre capable de comprendre la voix de mon Fils et les lumières de l’Esprit Saint. Car, sans les lumières du Paraclet, l’obscurité et le silence demeurent dans les cœurs. C’est toujours l’Esprit, dont je suis l’Epouse, qui vous fait comprendre la vérité et vous sanctifie pour Dieu. Le Père, le Fils et l’Esprit Saint doivent être au fond de vos cœurs pour que vous puissiez comprendre les secrets de Dieu sous ses triples manifestations de Puissance, de Rédemption et d’Amour. Le Père est toujours présent en ses vrais enfants par sa Bonté, le Fils par son Enseignement et l’Esprit par sa Lumière: ce dernier, en effet, n’est jamais absent là où il y a sanctification, et la parole de mon Jésus est la sanctification permise par la volonté du Père qui vous aime.»

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Notes

  1. Voir la note 65. ↩
  2. Voir par exemple Jn 13, 21-32. ↩