The Writings of Maria Valtorta

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117. Le 16 mai 1946

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117. Chapter 117

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1946-05-16

Maman.

Maman! Elle montre une douce tristesse. Son visage est serein, certes, ce n’est plus le visage cendreux des premières apparitions mais celui de ses meilleurs moments, si ce n’est même plus en paix, comme adouci par le reflet d’une âme comblée de paix… Mais elle est triste. Elle me regarde avec une compassion pleine d’amour; c’est un regard comme j’en aurais désiré très souvent de sa part quand elle était ma mère sur la terre, mais j’en ai bien rarement obtenu, et toujours plus faiblement qu’aujourd’hui. Elle me regarde… Elle paraît souffrir… Mais elle n’est plus loin de moi, dans des régions de là-haut comme c’était le cas lors des premières apparitions. Elle est réellement présente, au bout de mon lit, et regarde autour d’elle – je ne sais si c’est par curiosité ou pour saluer ses affaires, qu’elle revoit autour de moi. Elle sourit à la vue de son portrait placé près de moi, elle sourit de façon plus lumineuse à sa Vierge des Douleurs, à ma miniature, puis elle regarde Jésus à la tête de mon lit et son regard est si indéfinissable que je n’arrive pas à le décrire. Elle paraît prier et vénérer, elle paraît s’humilier en demandant pardon… elle paraît souffrir.

Je la crois triste parce que voici deux mois que je n’ai pu faire dire une messe pour elle. Auparavant, de décembre à mars, elle s’était apaisée – j’en avais du moins l’impression – car je ne la voyais et ne l’entendais plus, comme si la messe mensuelle lui apportait quelque soulagement. Je lui dis: «Tu as raison, Maman. Mais si tu savais dans quel état je suis! Par moments, on ne s’occupe plus de moi…»

Elle hoche la tête comme en signe de dénégation…

Je poursuis: «Je ne sais à qui m’adresser pour être certaine qu’on te soulagera par le saint sacrifice de la messe…»

Elle répond: «Moi, je sais. Nous, ici, nous le savons. Mais ce n’est pas pour moi que je souffre. C’est pour toi. Pauvre Maria! Jamais comprise, jamais aimée, jamais heureuse… Même maintenant que tu es si malade et si digne d’être aidée. Que de torts ils ont tous envers toi!

– Ne souffre pas, Maman. Tu sais, je suis habituée à cet état…» Je n’ajoute rien, car je comprends que mes paroles seraient autant de reproches du passé, de son passé comme du mien…

Elle me répond: «Il m’est impossible de ne pas souffrir. Car je comprends désormais. Plongés comme nous le sommes dans un bain ardent et lumineux d’amour d’expiation, nous voyons, connaissons et apprenons ici et maintenant à aimer notre Dieu et notre prochain, que pendant notre vie nous avons si peu et si mal aimés. Les souffrances de notre prochain augmentent donc notre expiation car, une fois l’égoïsme disparu, nous savons aimer et souffrir avec lui et pour lui. Mais ne t’en afflige pas. Cela nous sert à aller plus vite au paradis. Sois patiente, Maria. Dieu seul t’aime, mais il t’aime tellement! Et maintenant, ta mère aussi t’aime énormément, mais elle ne peut pas encore te donner tout ce qu’elle souhaiterait pour réparer. La première période, celle du remords, est terminée… et je suis dans l’amour actif. Mais je ne peux encore faire davantage que prier pour toi. Sois tranquille, cependant. Tu sais déjà aimer, par conséquent tu es protégée par l’Amour. Moi, j’apprends à connaître, instant d’éternité après instant d’éternité. Plus je connais, plus j’apprends à aimer. Quand je saurai aimer comme cela nous était demandé, mon expiation prendra fin, et alors je pourrai faire beaucoup plus. C’est en aimant qu’on obtient le paradis et la puissance, ici comme sur la terre. Ne pleure pas, “Picceccola” (c’est le surnom affectueux que Maman me donnait quand j’étais petite; cela voulait dire: “ma petite fille”, et elle le réservait à de très rares moments d’ef­fusion). Le mal est celui des autres. Ce sont eux qui doivent pleurer, parce qu’ils agissent mal. Ah, si tu savais combien il faut expier ici la souffrance infligée aux autres! Ils en souffriront tous.

Et ce sera justice, parce qu’ils n’ont pitié ni de la créature ni des moyens employés par Dieu. Il nous faudrait être bons autant que faire se peut. Sois donc patiente et offre à Dieu ta patience en réparation pour ta mère. C’est la meilleure des offrandes, justement parce que c’est toi qui la subis, toi seule. Ce sont tes offrandes, tes sacrifices qui me soulagent, car c’est envers toi surtout que j’ai manqué d’amour, envers toi plus que tout autre… Peppino n’est plus au nombre des vivants… Adieu, Mario…» (autre surnom que me donnait ma mère, qui aurait préféré avoir un garçon et m’appelait “Mario” comme pour se consoler d’avoir mis au monde une fille…). Et un frais baiser m’effleure la joue pendant que la vision s’estompe… puis disparaît lentement.

J’appelle: «Maman! Maman! Dis-moi… Es-tu plus purifiée maintenant, puisque tu parles alors que tu ne le pouvais pas auparavant? Dis-le-moi!» Mais elle est partie sans me répondre. J’aurais encore voulu lui demander: «Quand tu étais si tourmentée en décembre et que tu m’appelais d’une voix si larmoyante, est-ce parce que tu voyais venir ce qui se préparait pour moi?» J’aurais encore voulu ajouter: «Pourquoi Papa ne vient-il jamais? N’est-il donc pas en paix, ou l’est-il tellement qu’il agit du Paradis sans venir?» Mais elle ne m’en a pas laissé le temps. Je reste sur mes interrogations, mais avec une impression de réconfort paisible…

(Note, à 10 h du matin). A tel point que, après une nuit de souffrance continuelle qui m’a empêchée de dormir, je m’assoupis doucement, le chapelet encore dans les mains car, après avoir récité cent “Requiem” pour Maman, j’avais commencé à dire mon chapelet.

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