The Writings of Maria Valtorta

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45. Le 18 août 1945

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45. Chapter 45

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1945-08-18

«Pour sœur gabriella de Marie Immaculée.

Je ne suis guère enclin à accorder des directions spirituelles particulières, non par dureté de cœur mais par pitié pour le porte-parole et pour les âmes. Il faut se fortifier tout seul pour devenir une vraie forteresse. Mais elle a actuellement besoin d’une parole, et je la lui donne.

Tu as dit la première parole de la Croix pour toi, incomprise et prise à la légère, et pour moi, qui suis offensé dans mes orphelins à qui nulle offense n’est faite sans être soignée par moi.

L’ancienne Loi disait déjà: “Ayez pitié de la veuve et de l’orphelin.” Moi, j’ai dit: “Je serai moi-même le père de ceux qui n’en ont pas et que le monde méprise.”

Mon armée et ma cour étaient composées d’humbles et de malheureux. Il s’y trouvait des pécheurs, des esclaves, des paysans, des orphelins, et les martyrs des péchés d’autrui – les bâtards – n’en étaient pas absents. Ils n’ont jamais fait défaut, et n’ont pas été inférieurs aux autres pour annoncer le Royaume du Christ parmi les peuples.

Qui peut juger que le ciel, le sacerdoce du Christ ou le couvent est la prérogative de ceux qui bénéficient d’une famille régulière? un acte de naissance et toutes sortes de documents sont-ils donc nécessaires pour accéder à la joie du ciel? La seule chose exigée pour y entrer, c’est la sainteté. Rien de plus. Car les actes de naissance s’arrêtent à ce qui périt et ne concernent pas l’âme. L’âme ne naît pas quand vous naissez sur la terre. Sa naissance a lieu le jour où elle vient à Dieu pour obtenir sa paix éternelle. Voilà ce que devraient garder à l’esprit les personnes appelées à juger des circonstances les plus délicates. Que diriez-vous de Dieu s’il refusait le ciel à un bâtard? Que c’est une injustice. Par conséquent, pourquoi refusez-vous la voie du ciel à ces êtres qui aspirent à moi et que j’aspire à moi? L’enfant n’a pas demandé à naître. La faute n’est pas la sienne, mais sienne est la croix. Il ne faut pas faire retomber sur les enfants les péchés des parents. J’ai dit: “Ne jugez pas.” Ne jugez pas, parce que vous ignorez les circonstances qui ont amené quelqu’un à commettre une faute. C’est à moi que revient le jugement, à moi seul. Alors, pourquoi jugez-vous deux fois dans ce cas: et l’enfant et les parents?

En vérité, le vieil Israël, avec ses pharisaïsmes sans charité, est ressuscité plus fort qu’avant: il est encouragé par le rationalisme qui abrutit les gens en ce qui concerne le surnaturel, et par le nouveau jansénisme qui glace les âmes et les entrave. Ce n’est pas une avancée vers les lumières des derniers temps, mais bien un recul non seulement à l’époque préchrétienne, mais même aux méthodes inhumaines et ténébreuses des peuples païens. Car on barre désormais ma route, celle pour laquelle je vous ai appelés, en s’érigeant contre ma volonté.

Vous prêchez qu’on n’a pas le droit de s’opposer à la vocation d’un fils. C’est là ce que vous dites aux parents, même s’ils trouvent en lui leur réconfort et leur soutien, car vous dites que Dieu vaut plus qu’un parent. C’est juste, et je l’ai dit moi aussi. Mais alors, pourquoi me disputez-vous ces créatures? Si vous étiez éclairés par l’Esprit Saint et en union avec lui, vous devriez voir en cet appel toute ma miséricorde. Vous devriez y reconnaître toute ma puis­sance si, de deux fanges qui se sont unies pour procréer dans le péché, il naît une fleur que je réclame pour mon autel. Dans ces vocations tenaces que vous méprisez, vous devriez voir et sentir le signe de la paternité de Dieu, qui exige ses droits et ouvre les bras pour appeler comme épouses de l’Unique celles que le monde profanerait et que vous éloignez.

Pauvres âmes! les jugez-vous indignes de s’approcher de l’autel comme objet, si, moi, je ne les juge pas indignes de s’approcher de moi? C’est ce que voudrais dire à ceux qui m’offensent dans les innocents qui pleurent et demandent pitié sans la trouver, dans ceux que vous repoussez superficiellement vers les eaux troubles du monde en les traitant de “fruits du monde” alors que, si vous faisiez preuve de charité, de justice et de prudence, c’est justement parce qu’ils sont les fruits du monde que vous devriez les recueillir pour les déposer dans les greniers de Dieu, à l’abri des attraits et des séquelles d’hérédité qui pourraient détruire ce que la bonne volonté a suscité. Voilà ce que je voudrais dire, et je souhaite aussi vous faire observer que, outre la tentation du monde, vous donnez la désolation du doute de Dieu et de sa bonté à ces fleurs qui, dans la partie inférieure de leur être, ont les appétits communs à tout homme né d’une femme, aggravés parfois par des atavismes que seules la grâce et la conviction de l’amour de Dieu retiennent.

Mais il serait inutile que je le dise à ceux qui nient tout ce qui n’est pas eux-mêmes. C’est pourquoi je m’adresse à toi, Gabriella de Marie Immaculée.

Tu as fait ployer ton humanité en ayant l’humilité de demander, d’expliquer, de voir qu’on ne veut pas te comprendre. Tu t’es pliée à obéir aux hommes. Et tu as grandement souffert. Maintenant, écoute-moi. Je vaux plus que les hommes et ma sagesse, ma justice sont parfaites.

Les supérieurs sont là pour former aux vertus. Mais moi, je suis là pour les couronner. Et si j’interviens, c’est qu’il est temps désormais de ne pas rendre ton énergie non seulement inutile mais no­cive, car bornée à une mission des plus étroites dans laquelle tu serais une nullité à peine capable de te sauver toi- même et toujours sur le point de ne pas le faire: en effet, le but imprudent et l’expérience amère de ces jours-ci créeraient un état intime mais actif de défiance comme de jugement envers les supérieurs aveugles et superficiels.

Il ne t’est pas permis de contribuer à la ruine des cœurs avec les orgueilleux du nouvel Israël. Mais recueillir ces cœurs pour qu’ils ne se perdent pas signifie sortir du lieu où tu es entrée, t’en arracher quitte à lacérer tes fibres, aller toute seule à la rencontre du futur et subir des critiques acerbes et des accusations de manque d’amour, d’orgueil ou d’inconstance de la part de tes supérieurs, de tes compagnes et du monde. Pour un seul qui te comprendra, mille te tourneront en dérision. Penses-y. Cela signifie encore connaître la terrible solitude de ceux qui sont seuls à combattre les habitudes, les préjugés et les obstinations. Reproches, moqueries, périodes de doute, déceptions, manques, angoisses, voilà ce qui t’attend si tu accueilles les cœurs que j’ai appelés et à qui je veux donner une paternité, un nom, une maison, un époux et des enfants. La paternité, c’est celle de Dieu; le nom, celui de filles de Dieu; la maison, c’est la mienne; l’époux, c’est moi; les enfants, ce sont ceux pour qui elles prieront et travailleront. Cela parce que je veux qu’elles sachent que Dieu est bon, afin qu’elles ne puissent jamais penser que Dieu ressemble à ceux qui les condamnent comme des choses profanées, sans justice ni charité.

Les recueillir signifie souffrir à chaque instant, t’exténuer plus tôt en des souffrances accrues, devoir abandonner ton doux ministère quand tu y auras placé toute ton affection, connaître la responsabilité d’une vraie mère qui n’a pas derrière soi une maison-mère, des supérieurs, rien, mais qui se retrouve dans la condition d’une maman sans secours et demeurée seule avec sa nichée d’enfants à porter à l’âge d’homme… Or elle est terrible, l’angoisse d’une mère qui meurt en laissant des orphelins pas encore adultes. C’est une agonie morale – et dans ton cas spirituelle aussi – qui se greffe sur l’agonie physique. Ce que tu as éprouvé jusqu’ici n’est rien par rapport à ce que tu pourrais éprouver et que tu éprouveras si tu dis la deuxième des paroles que je t’ai indiquées: “Tout est accompli!”

Lors de ma passion, j’ai dit ceci à Judas Iscariote – ce perpétuel représentant de tous ceux qui ont mission de faire souffrir leurs semblables –: “Ce que tu dois faire, fais-le vite.” Sur le Calvaire, j’ai admis que tout était accompli, et pas seulement de ma part. Les hommes avaient eux aussi accompli tout ce qu’il fallait faire pour provoquer cette heure. Aujourd’hui encore, les hommes ont fait tout ce qu’il fallait pour causer ta passion. C’est maintenant à toi qu’il appartient de la consumer jusqu’à pouvoir dire: “Tout est accompli pour pouvoir garder ces cœurs à Dieu, sauvés.” Te sens-tu le courage de le dire? Te sens-tu le courage de le faire? Sois bien consciente que, si jusqu’ici tu as bu la coupe, ce sont maintenant l’éponge imbibée de fiel et le vinaigre sur tes blessures sanglantes qui t’attendent, dans les brumes et l’abandon. As-tu la force de t’agripper toute seule au ciel, même si le ciel doit te sembler loin? Tu connaîtras la passion dans toute sa complexité et sa cruauté si tu acceptes cette mission.

Moi, je ne trompe pas. Je montre le tableau sous toutes ses couleurs pour qu’on ne puisse dire: “Je ne savais pas” et pécher par ignorance. Je te viens en aide par cette claire présentation de l’avenir tout comme, malgré l’époque, j’ai suscité des secours financiers pour l’œuvre projetée. Je t’ai donné aussi mon viatique pour te soutenir, te consoler, t’apaiser et modérer ta ténacité par ma douceur.

Gabriella de Marie Immaculée, tous pourront bien te tromper, moi pas. Voici des mois que je te forme pour cette heure. Relis mes messages donnés contre la volonté de tous, en me faisant violence à moi-même, uniquement parce que tu es toi, et que tu te trouves dans des circonstances bien particulières qui con­cernent à la fois la femme et la moniale, la malade pleine de vie et l’âme qui n’a pas encore trouvé cet équilibre stable qu’est l’abandon à moi total et ingénu.

Dans le premier écrit il est dit: “Où qu’aille l’épouse du Christ, l’anneau de la charité l’accompagne.”

Dans le deuxième: “Il y a deux paroles sublimes que moi, le Verbe, j’ai prononcées aux moments les plus solennels de ma vie: ‘Voilà. Que cela s’accomplisse!’ Mais elles ne furent jamais dites sans larmes.”

Dans le troisième: “Pense toujours: ‘Qu’est-ce que Jésus va dire de ce que je fais?’ Et, si tu sens que Jésus est content, va de l’avant sans crainte.”

Dans le quatrième, ma Mère a dit: “Avance-toi vers Jésus avec la rose d’or de ta charité.”

Dans le cinquième, je t’ai déjà bénie pour cette heure par ces mots: “Paix et bénédiction à qui vit avec eux dans l’amour de moi. Que le Sang et la Parole suscitent en vous des forces toujours nouvelles!”

Dans le sixième, qui ne t’a pas été donné en raison de sa sévérité, et parce que l’heure n’était pas venue pour toi de le goûter, il est dit: “Que chacun extraie par son effort personnel les diamants précieux de la Sagesse.”

Dans le septième: “Fais en sorte que ton cœur se dilate jusqu’à sa complète ouverture à moi.”

Dans le huitième, je te disais: “Va dans ma paix.” Je ne te l’aurais pas dit si je n’avais pas approuvé ta progression.

Dans le neuvième, je t’ai répété mon viatique de paix et indiqué les paroles de la croix.

Je ne me suis jamais rétracté, ni comme Ami ni comme Maître, et je parle maintenant en tant que Roi. La dernière fois, j’avais dit à Maria également cette grande parole: “Femme, voici tes fils.” Mais, par la suite, j’ai ajouté: “Il y a encore bien des larmes à verser avant de lui dire cette parole. Pour elle, ce sera l’ultime. Attends pour l’écrire.”

Je te conseille maintenant de t’isoler avec ton âme et moi. T’isoler, t’écouter, te contempler, te jauger. Contempler aussi les autres et les jours à venir. Dans le silence, les idées se mettent en ordre et deviennent claires comme un dessin. Si tu y trouves le mot: “Va”, alors ne tergiverse pas davantage.

Recommande ton âme au Père et meurs comme Gabriella pour ressusciter en tant que mère des orphelins les plus malheureux. Je te dirai alors: “Mère, voici tes fils, ceux de la douleur.” Si tu désires être mère, sache te tenir debout au pied de la croix, au sommet du Calvaire, sous les railleries et les curiosités irrespectueuses, pour recevoir la part la plus malheureuse de l’humanité.

Appelle cette œuvre: “L’œuvre de sainte Véronique Giuliani.” Cela pour ne pas couper tout lien avec l’ordre qui rappelle mon François, lui qui n’a jamais repoussé aucune misère parce qu’il avait compris Jésus. Ainsi qu’en souvenir de celle qui, sur le Calvaire, a mérité d’obtenir ma Face sur le linge. Je vous imprimerai ma Face sur le cœur, afin que vous aimiez, que vous soyez consolatrices et expiatrices comme la première et la se­conde Véronique.

Va en paix, et que soient avec toi l’amour de Dieu, la grâce de Jésus, la lumière de l’Esprit Saint.»

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