The Writings of Maria Valtorta

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85. Le 8 février 1946

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85. Chapter 85

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1946-02-08

Douce, candide, débonnaire, le visage du saint pape Pie X m’apparaît au moment de la communion. Il s’avance tel que, certainement, il devait être dans ses derniers jours, quelque peu obèse, alourdi par les infirmités, le pas silencieux et légèrement traînant; ses épaules un peu penchées et rondes soutiennent un petit cou et une tête aux cheveux argentés déjà nimbée de splendeur; son visage de vieillard garde une grande jeunesse de traits et ses yeux limpides et sereins dégagent une douceur virginale. Il porte le vêtement blanc des papes mais sans mantelet rouge ni bonnet papal. Oh non! C’est un prêtre vêtu de blanc au lieu du noir, rien de plus. Mais c’est tellement “lui” qu’il est plus vénérable que s’il avait été entouré de l’éclat des apothéoses pontificales, parmi drapeaux et éventails en plumes, gardes superbes, pourpres cardinalices et ainsi de suite. C’est le saint pape.

Il lève une main courte et grassouillette pour me bénir, en me disant:

«Que le Seigneur et Marie soient toujours avec toi, qui es bénie du Seigneur et de la Vierge Immaculée.

Ne t’en fais pas, femme bénie! Continue, continue sur ton chemin. Cela plaît au Seigneur. Sois simple, toujours plus simple, comme un enfant, l’un de ces petits enfants que notre Seigneur béni aimait tant. Nourris-toi de l’eucharistie, parce que tu es la petite hostie qui es consacrée seulement lorsque notre Seigneur Jésus Christ se transsubstantie dans la grande Hostie. C’est pourquoi, plus tu te nourriras de la sainte eucharistie, plus tu deviendras hostie avec lui.

Oh, femme bénie! Si j’étais sur le trône de Pierre et que l’on m’ait appris l’existence d’une personne devenue “voix” après avoir été “croix volontaire”, je ne t’aurais pas laissée dans cette anxiété: je t’aurais réconfortée par ma bénédiction, tout en lisant à genoux les pages bénies.

Reste enfant, veux-tu? Reste toujours un petit enfant. Un petit, petit Jean, aux yeux dépourvus de toute malice, et au cœur dénué de tout orgueil, pour toujours comprendre le bienheureux Maître qui instruit pour le bien de beaucoup de gens. Eucharistie et simplicité, voilà le chemin des enfants d’amour. C’est celui de la petite Thérèse, et aussi le mien, qui suis un pauvre serviteur du Seigneur encore tout étonné d’avoir pu passer de l’état de simple prêtre à celui de souverain pontife.» (Il pleure doucement, aussi humble et saint dans ses larmes que dans son sou­rire).

Puis il relève la tête. Il me dévisage de nouveau; c’est lui aussi un grand “enfant”, tant est pure son expression. Il me sourit encore.

«Je te donne ma bénédiction. Tu es contente? Je te bénis, âme du Seigneur et de Marie la très sainte. Continue avec foi et patience. Au paradis, on ne se rappelle plus rien d’autre que d’avoir toujours fait la volonté de Dieu, et on en est heureux. Le paradis est si beau qu’aucune belle chose que tu vois ne l’égale! Tu ne pourrais pas voir le paradis tel qu’il est car ton cœur éclaterait.

Quand tu en auras l’occasion, envoie ma bénédiction à cette âme bénie qu’est sœur Giuseppina. Dis-lui que son patriarche se souvient encore des Instituts de Marie Enfant, et surtout de ceux, qui lui sont si chers, de sa Vénétie. La paix, la paix soit en ces lieux et sur ceux qui s’y trouvent!

Paix aussi à toi, petite enfant de mon Jésus. Adieu. Souviens-toi toujours du Pape des enfants et de l’eucharistie.»

De nouveau, il lève la main pour bénir, et la blancheur de son vêtement de laine se change en une incandescence qui trans­figure saint Pie X, puis il disparaît. Désormais, je peux dire que j’ai même vu un pape! Et quel pape!

Aurai-je écrit correctement ces mots en dialecte vénitien? J’ai tenté de rendre ses paroles telles que je l’entendais les prononcer. Mais je ne connais pas ce dialecte. Je suis allée en Romagne, en Lombardie (dans le Milanais), à Pavie, à Florence, à reggio di Ca­la­bria et à Viareggio, mais jamais en Vénétie. Par conséquent… Néanmoins, je suis très contente qu’il m’ait parlé aussi familièrement, comme un bon curé, comme lorsqu’il était dans sa Vénétie – et il était déjà saint et grand devant Dieu –, comme lorsque, déjà patriarche puis souverain pontife, il s’entretenait familièrement avec ses intimes… avec les simples dont le très humble et saint Pie X devait tant apprécier la compagnie…

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