1948-05-25
25 mai 1948
Nuit du 25 au 26 mai 1948, à 1 h du matin
Sur les Trois Fontaines
Le Seigneur dit :
« Ecris : l’attitude des prêtres à l’égard de ses manifestations de miséricorde pour eux-mêmes et pour les fidèles est la cause du glaive planté dans le cœur de Marie et la source de ses larmes désolées[1].
Ecris encore : ce qui fait le plus souffrir le Seigneur et éloigne sa miséricorde de vous, qui en avez un tel besoin, c’est cette attitude obstinée des prêtres de tout rang. Ils s’entêtent à ne pas se prononcer, et, s’ils le font, c’est pour qualifier Marie de Satan, c’est-à-dire de mensonge.
Ecris encore : là où l’on assiste à des miracles de conversions authentiques et durables — or ces miracles sont encore plus grands que les guérisons extraordinaires et subites —, là se trouvent Dieu et la Vierge.
Si Satan devait provoquer de tels phénomènes pour convertir ces pécheurs que vous ne parvenez pas à convertir, il faudrait dire qu’il est plus saint que vous, et plus soucieux de la gloire de Dieu et du salut des âmes que vous ne l’êtes.
Mais cela n’arrivera jamais. Puisque vous êtes incapables de convertir instantanément, alors que les manifestations que vous niez ou dont vous doutez qu’elles soient bonnes, y arrivent, il vous faut reconnaître qu’elles viennent du Ciel. N’attirez pas sur ce sol le châtiment de Dieu, parce que cela causerait le désespoir de trop de personnes, et vous en répondriez devant la justice divine : car j’ai fait de vous des pasteurs et non des loups, des serviteurs préposés à gouverner à ma place mes serviteurs plus petits, et non pas à les maltraiter.
Quant à toi, petit Jean[2], console-moi en écrivant tant que je le veux, malgré l’heure tardive et ton état de santé.
Je suis aussi profondément affligé que le soir de Gethsémani, or toi, tu sais veiller avec moi pour me réconforter. Cette nuit, c’est moi, Jésus, qui demande à poser ma tête sur le sein du petit Jean, car, comme si souvent la nuit lors de ma vie sur terre, je ne trouve personne pour m’accueillir et me procurer le repos. Beaucoup vont même jusqu’à me refuser la pierre de leur cœur pour me servir d’oreiller. Pourtant je leur ferais du bien : je changerais leur cœur de pierre, qui ne connaît plus le Seigneur, en un cœur capable de charité, donc à même de me connaître et de me servir. »
Il me fait écrire jusqu’à 3 h 30 du matin.
Tant que Dieu est présent, ma douleur devant sa douleur est supportable. Mais une fois que je reste seule, elle m’écrase sous le poids des lamentations et des paroles de Jésus, ainsi que sous celui de l’affliction de Marie. Elle ne me sort pas de l’esprit depuis le vendredi 21 au soir, quand Notre-Dame de Fatima m’est apparue. Après m’avoir regardée en pleurant d’un air très attristé, bien que des mains angéliques lui posent sur la tête une couronne de quinze superbes roses, elle ouvrit les mains et écarta les bras de manière à soulever son manteau, ce qui m’a permis de voir sa poitrine, au centre de laquelle était fixé un glaive, dont la poignée et la (?)[3] sortaient de son vêtement blanc. Je ne voyais pas son cœur. Mais je comprenais que le glaive le transperçait, et que notre Mère était profondément désolée et demandait à être consolée… De quoi ? Je me le suis demandé jusqu’à ce soir sans réussir à me l’expliquer. Maintenant, je sais. Et me voilà angoissée, parce qu’il n’est pas en mon pouvoir de retirer ce glaive et de soigner la blessure faite au cœur de Marie.