1948-10-23
Jésus répond à l’une de mes réflexions intérieures sur la prédestination à la grâce et sur celle à la gloire, provoquée par une phrase d’une personne qui était venue me rendre visite :
« Tous les hommes, sans distinction, sont prédestinés à la grâce, puisque je suis mort pour tous.
Sont prédestinés à la gloire ceux qui restent fidèles, au moins à la loi naturelle du Bien. A la fin des siècles, oui, tous ceux qui auront vécu en justes obtiendront leur récompense.
Et Dieu connaît depuis toute éternité ceux qui sont destinés à la gloire dès avant leur naissance, autrement dit “prédestinés”. Mais fais attention : c’est là qu’il est nécessaire de comprendre la justice de Dieu avec justice.
Il y a les prédestinés, c’est certain. Et Dieu les connaît avant que leur temps ne vienne. Mais ils ne le sont pas sous prétexte que Dieu, par quelque injustice manifeste, leur aurait procuré tous les moyens d’atteindre la gloire et les aurait préservés par tous les moyens des pièges du Démon, du monde et de la chair. Non, Dieu leur donne ce qu’il donne à tous. Mais eux utilisent avec justice les dons de Dieu, de sorte qu’ils conquièrent la gloire future et éternelle de leur libre volonté.
Dieu sait qu’ils parviendront à cette gloire éternelle. Mais eux l’ignorent, et Dieu ne le leur révèle en aucune façon. Même les dons extraordinaires ne sont pas un signe certain de gloire : c’est un moyen plus rude que les autres pour tester l’esprit de l’homme : sa volonté, ses vertus et sa fidélité à Dieu et à sa Loi. Dieu sait. Il se réjouit d’avance de savoir que telle créature accèdera à la gloire, tout comme il souffre d’avance de savoir que telle autre arrivera volontairement à la damnation.
Mais il n’intervient pas le moins du monde pour forcer le libre arbitre d’une personne afin qu’elle parvienne là où Dieu voudrait que tous parviennent : au Ciel. Il est évident qu’une créature qui se conforme à l’aide divine accroît sa capacité à vouloir, car Dieu se donne d’autant plus que l’homme l’aime en vérité, en le manifestant par des actes et non simplement en paroles.
J’ajoute ceci : il est certain que, plus un homme vit en juste, plus Dieu se communique à lui et se manifeste. C’est là une anticipation de cette connaissance de Dieu qui fait le bonheur des saints du Ciel. Cette connaissance augmente la capacité à vouloir être parfait. Mais l’homme est encore et toujours libre de sa volonté, de sorte que si, après avoir atteint la perfection, il reniait le bien pratiqué jusque-là et se vendait au Mal, Dieu le laisserait libre de le faire. Il n’y aurait aucun mérite s’il y avait contrainte.
En conclusion : Dieu connaît de toute éternité les futurs habitants éternels du Ciel, mais il revient à l’homme de vouloir librement parvenir au Ciel en faisant bon usage des secours surnaturels que le Père éternel distribue à chaque créature. Il en est ainsi jusqu’à son dernier souffle, quels que soient les dons extraordinaires reçus et le degré de perfection atteint.
Rappelez-vous que nul n’est jamais vraiment arrivé avant que son chemin ne soit terminé. Pour le dire autrement : personne n’est certain d’avoir mérité la gloire avant que son temps ne soit fini et que l’immortalité n’ait commencé. »