1948-06-10
quelques minutes avant minuit Encore Marie. Mais je ne la vois pas, j’entends seulement sa douce voix, et je ressens cette paix suave qui pénètre en moi quand elle vient d’une manière ou d’une autre.
Je pensais à Bernadette Soubirous, lorsque la Vierge est venue confirmer le dogme de l’Immaculée Conception.
Ce sont ces pensées qui occupent mes nuits sans sommeil : Dieu, ses prodiges, Marie et les siens, l’Evangile que j’ai vu, les scènes de martyre que j’ai également pu voir.
J’avais ce soir une association d’idées, après avoir entendu à la radio des passages de l’opéra Néron de Boïto. Je pensais que… l’homme abîme tout ce qu’il touche, partout où il veut fourrer son nez, son nez qu’il révère tant mais qui est si peu respectueux. Je me disais que les martyrs ne meurent pas avec une telle chorégraphie théâtrale, mais de manière bien plus digne, et j’éprouvais cette nausée qui me vient chaque fois que j’apprends ou que j’entends que des vies de saints ou des épisodes de la vie du Christ ont été montés sur les planches ou filmés. Seule la musique sacrée — et encore, la plus digne — peut se permettre de revêtir d’images non indignes des épisodes qui se situent à l’époque du Christ ou aux premiers siècles du christianisme.
De là, mes pensées ont glissé par association d’idées jusqu’aux manifestations mariales de Lourdes, de Fatima, de Tre Fontane, puis aux toutes récentes — encore en cours — d’Assise, etc. et à la manière dont se comportent le clergé et le peuple. Et… cela ne me réjouissait pas du tout !
Mais les mots de Marie sont venus m’apporter quelque réconfort.
Il était exactement 23 h 45 lorsqu’elle commença à me parler, tandis que j’écrivais sur un petit morceau de papier ; je comptais tout retranscrire ici par la suite, en faisant précéder les mots de Marie par mes propres pensées, pour rendre plus claires ses paroles maternelles.
Marie dit :
« J’ai confirmé à Bernadette le dogme récemment défini de mon Immaculée Conception. Tous ne l’acceptaient pas. Je l’ai donc confirmé moi-même, et par la bouche d’une pauvre petite fille qui ne savait pas ce que signifiait l’expression “Conception immaculée”. Cela s’est passé dans la France pécheresse de 1858. Je désirais aussi récompenser par ma propre confirmation le Saint-Père qui m’avait honorée.
En Italie, qui plus est à Rome, auprès du siège de la Chrétienté et alors que l’éternel Ennemi ondule sur le sol baigné par le sang des martyrs, dans la nation des saints, et s’immisce dans le cœur de trop nombreuses personnes pour assaillir et faire souffrir l’Eglise qui enseigne et apprend, je suis moi-même venue dire à bien des âmes victimes et aux âmes pécheresses, grandement pécheresses, que je suis montée au Ciel avec mon corps et mon âme.
C’est ce que j’ai dit à l’homme qui me haïssait, comme à toi qui m’aimes, et à d’autres aussi. J’ai fait de vous des instruments et des lumières capables d’encourager le Saint-Père actuel.
“Mon corps n’a pas pourri, parce qu’il ne pouvait pas pourrir.” “Je ne suis pas morte, si par mourir on entend agonie, mort, tombeau, décomposition ; mais le samedi, à l’aube, je fus élevée au Ciel.”
J’apparais vivante et glorieuse. Je parle, je convertis, je guéris. Qu’est-ce qu’on attend encore ? A Lourdes, j’ai confirmé. Ici, j’exhorte à ce que l’on définisse.
Je ne te donne pas, à toi, ce que j’ai donné à d’autres, parce que tu me sers à d’autres buts.
Je ne te dis pas : “Communique cela à la Hiérarchie suprême”, parce que nous avons besoin de toi pour d’autres missions.
Je ne fais pas de toi une voyante publique, car le monde envahirait ta clôture. Or la clôture t’est nécessaire, une clôture sévère et pourtant libre. D’autant plus que, si cela devait attirer sur toi l’attention spéciale de la foule, il deviendrait nécessaire, par prudence même si ce doit être cruel, de te faire entrer, toi la voyante, dans un couvent, comme cela a été le cas pour Bernadette et Lucie.
Mais combien de foi la vérité de mon Assomption n’est-elle pas apparue dans le flot de lumière, de sagesse et de vérité qui t’a été dicté ! Un fleuve, un vrai fleuve de lumières, de sagesses et de vérités.
Maria, il ne t’a pas été donné de recevoir la source de Massabielle comme à Bernadette, la source du miracle pour toutes les maladies des hommes. Mais il t’a été donné la Parole divine. Or la Parole divine est une source qui guérit les maladies les plus dangereuses pour l’homme : celles de l’esprit, celles qui menacent le plus le Royaume de Dieu dans le monde et dans les cœurs.
Et c’est bien l’eau de cette source qui t’a été donnée pour que tu la transmettes aux hommes !
Mais à l’instar de Bernadette, tu n’y puiseras toi-même aucune joie. Non que ce soit par châtiment ou en raison de quelque inertie de ta part, mais cette joie, tu l’as en toi et tu ne désires pas davantage que ce qui t’a été donné.
Comme Bernadette, qui n’a pas pris pour elle-même la moindre goutte de cette eau. En effet, une seule chose l’intéressait : ma gloire, et non sa joie matérielle. Tu lui ressembles : tu veux la Source céleste, trop combattue, ouverte à toutes les âmes. Mais tu ne veux pas de joie terrestre pour toi-même. Ta joie, c’est de servir, de transmettre, de rappeler Dieu, Jésus et Marie et de leur rendre gloire.
Sois heureuse. L’eau de ta Source t’amènera jusqu’ici, où tu es aimée et attendue.
Sois en paix, en paix, en paix. »