Azarias dit:
«Je ne parlerai pas de la messe de la Nativité de Marie. Le Seigneur Jésus et notre bienheureuse Reine t’en ont déjà parlé quand ils t’ont fait don de la vie de Marie. Je n’ai rien d’autre à ajouter parce qu’ils sont la Sagesse, alors que je n’en suis qu’un reflet. Mais pour la seule joie de parler de Marie notre Reine, je veux te dire le sens profond d’une phrase de la Sagesse lue au cours de la messe du nom de Marie.
Il est dit, dans cette phrase: “Qui me mange aura encore faim, et qui me boit aura encore soif.” Cette phrase est en opposition avec ce que Jésus a plus d’une fois déclaré, s’adressant à la Samaritaine, aux Juifs ou aux disciples: “… Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif.”
“C’est moi qui suis le pain de vie; celui qui vient à moi n’aura pas faim; celui qui croit en moi jamais n’aura soif.”
Marie est-elle inférieure à son divin Fils au point que se nourrir et se désaltérer d’elle ne parvienne pas à enlever la faim et la soif de l’âme en pèlerinage sur la terre, avide de la demeure du Père et des mets que l’on y savoure? Ou bien est-elle tellement supérieure – ce qui est une supposition impossible – que, alors que, une fois rassasié du Christ il ne subsiste aucun autre désir, avec Marie le désir se prolonge? Ni l’un ni l’autre. Il y a une troisième hypothèse, pleine de sagesse et sans mensonge.
Ecoute: Marie est la préparation de Jésus. Prends l’exemple de certaines boissons, données à ceux qui sont faibles, sans appétit ou malades, qui servent à rendre force, appétit, santé et désir de s’alimenter: ces boissons préparent en fait le retour de l’état physique à la santé jusqu’au rétablissement parfait. de même, Marie, la Mère du Seigneur, est celle qui prépare l’esprit à une union vraie et fructueuse avec Jésus.
Marie, génitrice universelle, verse son lait de grâce sur ses pauvres fils pécheurs, faibles, malades, peureux, dégoûtés ou fatigués. Il est toujours doux de recevoir du réconfort et des soins d’une mère. Elle les fortifie, leur donne un appétit sain, le désir d’un aliment plus parfait, de cet aliment qui est en elle et ne fait même qu’un avec elle: son Jésus.
Oh! Notre Reine est le ciboire parfait. Le Pain de vie et la Grâce sont toujours en elle, et vous les hommes, vous ne pouvez parvenir à ce Pain et à cette source de Grâce autrement qu’en allant à elle.
Voilà pourquoi il est juste de dire d’elle: “qui me mange aura encore faim et qui me boit aura encore soif”, alors qu’on lit de Jésus que celui qui se nourrit et se désaltère de lui ne connaîtra plus la faim ni la soif. Marie est la sainte nécessité, Jésus est l’accomplissement. Elle prépare. Lui complète. Elle maintient la faim et la soif, l’augmente même pour vous conduire, par la douceur de ses saintes saveurs, au désir toujours plus vivant et renouvelé de vivre du Christ.
Marie est l’Eve véritable, la racine et l’arbre des vivants. Le Père l’a créée, l’Amour l’a fécondée, et de sa moelle est venue la sève de grâce qui vous a donné le Fruit qui est la grâce même.
Ses racines virginales et immaculées n’ont pas quitté sa terre natale, autrement dit le sein resplendissant de la sainte Trinité. Elle a toujours baigné dans l’or éclatant du paradis. En véritable arbre de vie, elle étend ses branches, chargées du fruit de son sein, afin que vous en mangiez. Or qui ne va pas à l’arbre pour cueillir ses fruits? Et qui n’y retourne pas lorsque ces fruits sont bons? Personne, à moins qu’il ne soit idiot. De même, vous aussi, esprits chrétiens, allez-y! Mangez et buvez de Marie pour parvenir au saint appétit de Jésus qui, en se communiquant à vous, vous donne la Vie éternelle.
Que Dieu eut égard au pacte conclu avec l’humanité, la naissance même de Marie le montre. Le premier écho de ce pacte vient de l’Eden, et il s’agit d’une menace adressée au plus astucieux de la création: “Je mettrai une inimitié entre toi et la femme… elle t’écrasera la tête, et toi tu l’atteindras au talon.” Le second s’adresse à Abraham, et à Isaac en Abraham. Et le pacte s’accomplit lorsque le Rédempteur naît de Marie, et quand, après une courte vie, il monte sur la croix pour sauver les âmes des pauvres de Dieu, ses enfants en disgrâce et en exil à cause du péché.
Si Dieu tient toujours ses promesses, il n’est pas toujours prompt à agir. Les hommes voudraient attendre moins longtemps. Mais il agit toujours au bon moment. Une grande foi, une espérance absolue, une ardente charité sont nécessaires pour pouvoir accepter cette idée. Heureux ceux qui savent dire et croire fermement que Dieu interviendra au bon moment, malgré la grêle de la souffrance et la constatation des événements humains.
Laissez tomber les “pourquoi” qui n’ont d’autre fruit que celui de vous fatiguer l’esprit et de vous empoisonner l’âme en la désolant, en l’aigrissant, en la décourageant, en la rendant dangereusement craintive envers son Dieu. Faites confiance et confiez-vous. La justice humaine, même la plus juste et la plus sévère, est toujours défectueuse par rapport à la justice divine, qui ne se précipite pas, qui semble tout laisser faire, mais qui ne perd pas un instant de vue les hommes et leurs actions.
Vous, qui êtes vraiment de bons enfants, tentez de toujours obéir au commandement qu’Abraham reçut du Très-Haut: “Marche en ma présence et sois parfait”, puis laissez faire votre Dieu. La fureur divine ne fait pas rage contre les brebis de Dieu, même si le bruit de la foudre gronde sur leur tête. Aux brebis se mêlent très souvent les loups et les boucs, et la foudre est pour eux, non pour les brebis. Dans les méandres de la vie, d’autres foudres sont décochées par le singe de Dieu perpétuellement envieux: Satan. Celles-ci sont lancées contre les brebis qui peuvent même en être blessées. Mais ce n’est pas une blessure mortelle. Leur vêtement devient plus précieux encore par les rubis de leur douleur et les perles de leurs larmes, il devient ainsi plus digne de la splendide demeure du ciel.
Ayez cette foi en la justice de Dieu et en ses promesses, à l’instar du patriarche Abraham. Voyez-vous? plus encore que la Loi, la foi dans les promesses de Dieu est un encouragement à la vie parfaite. C’est pourquoi, avant que la Loi ne soit donnée aux hommes, Dieu donna la promesse à Abraham ainsi qu’aux peuples qui allaient descendre de lui, afin qu’en elle les peuples puissent trouver la raison de cheminer en présence du Seigneur pour mériter l’accomplissement de cette promesse.
Puis l’infinie miséricorde de Dieu, qui s’exerce même aux temps de la rigueur, voyant combien le poison de Satan œuvrait puissamment à rendre difficile aux hommes de cheminer à la face de Dieu, donna la Loi.
Comme des enfants déficients par naissance ou par maladie, qui ont un continuel besoin de surveillance et d’un instituteur qui leur dise: “Fais ceci, et non cela”, les hommes, avant le temps de la grâce, ont été munis par Dieu d’un code minutieux afin qu’ils puissent vivre comme des justes chers à leur Seigneur. Ce code visait à garder et à préparer les âmes, jusqu’au moment où la promesse devint réalité par la venue du Vivant destiné à vaincre la mort et le péché.
L’Apôtre dit bien: “S’il avait été donné une Loi qui pût procurer la Vie, c’est alors que la justice serait vraiment venue de la Loi.” Mais la Loi n’était que la préparation à la Vie. La grâce manquait, le péché perdurait, et c’est pourquoi ce n’est pas la Loi mais la promesse qui a procuré la Vie: le Christ Jésus venu pour rendre la grâce, pour effacer le péché, pour donner les moyens de résister aux concupiscences par la loi nouvelle, la sienne, basée sur l’amour, rendue facile par l’amour réciproque, par les mérites de Jésus, par les sacrements, par le Corps mystique qui communique l’union avec le Saint, le Victorieux, l’Immortel.
Dieu tient toujours ses promesses. Que ce soit la leçon et la force que te rappelle la messe du treizième dimanche après la Pentecôte.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.»