Azarias dit:
«Personne ne trouverait grâce auprès du Seigneur s’il exigeait, pour la donner, que l’esprit soit immaculé. Mais les chrétiens savent qu’un temps de miséricorde a commencé avec l’ouverture des cieux qui laissèrent pleuvoir le Juste, et se réouvrirent pour accueillir le Triomphateur qui règne et qui a instauré son temps, c’est-à-dire le temps de la miséricorde.
Celle-ci est auprès du Dieu d’Israël, le Dieu éternel et immense, qui a pour nom Jésus Christ, votre divin frère, le Fils bien-aimé en qui le Père se complaît et auquel il ne refuse rien.
Il y a eu un temps où l’homme criait vraiment “des profondeurs”. C’était le temps de la rigueur. L’homme tremblait devant ce Dieu immense en tous ses attributs, d’une majesté et perfection si sublimes que les pauvres hommes, conscients de leur coupable misère, tremblaient et n’osaient pas même l’appeler par son vrai nom, ni lever les yeux vers son trône. Ecrasés par une telle infinité, ils gémissaient au plus profond de leur abîme. Comme la terre était alors séparée et éloignée du ciel!
Maintenant, en ce temps qui a déjà vingt siècles, ce n’est plus des profondeurs mais du sommet de l’autel du Christ que l’homme peut crier vers celui qu’il sait être son Père. L’autel, c’est la croix du Christ.
Celle-ci était bien haute, au sommet d’une colline, en ce vendredi. Mais bien plus haute, et sur une montagne qui touche le ciel, la croix renferme tout un poids de miséricorde qui parle pour vous. tous les péchés des hommes ont été placés sur la croix du divin Martyr pour qu’ils soient expiés. Tous les besoins des hommes y sont réunis, et Jésus les a déjà payés pour vous. Tout ce que vous obtenez, il l’a payé de son amour et de sa souffrance. Vous avez tout par ses mérites. Et par crainte que vous ne sachiez parler au Père de façon parfaite, il vous a enseigné la prière qui résume toutes les vraies nécessités des hommes, aussi bien celles de la chair que celles de l’esprit. Pas encore satisfait, il a prié sur la croix, et il y prie encore, en indiquant son terrible gibet à son Père: “A cause de ce que j’ai souffert, donne-moi les grâces pour eux.”
Maria, âme victime, c’est toujours par la croix que vous obtenez des grâces, par la croix de Jésus et par votre croix de victime. Elles gardent ouvertes les portes des cieux. Elles soutiennent le monde et élèvent les souffrances de vos frères en les présentant à l’Eternel. C’est la messe perpétuelle de l’amour. La patène, c’est votre douleur unie à celle du Christ, c’est votre immolation; sur la patène se trouvent les besoins du monde et de vos frères, besoin d’un continuel pardon, de continuelle miséricorde, de lumière, de guide, de santé spirituelle et corporelle, de nourriture, de vêtements, de tout.
Combien de souffrance y a-t-il dans le monde par sa propre faute! Combien de douleurs les hommes se donnent-ils à eux-mêmes! Ensuite, ils pleurent et désespèrent, et ne savent pas chercher la source de la paix, au moins de la paix et de la résignation, pour subir avec mérites les fruits amers de leurs fleurs du mal.
Ames mortes à vous-mêmes et à vos propres besoins, vous êtes actives, vives, très vives pour les frères; vous qui êtes éprises par l’amour compatissant pour ceux qui, innocents ou coupables, souffrent autour de vous et ne savent pas souffrir, vous êtes leur secours.
Ne cesse jamais de remercier le Seigneur qui t’a fait le don d’aimer la douleur. C’est le don le plus grand que Dieu t’ait fait. Bénissons-le ensemble.
Maintenant donc, les hommes ne crient plus des profondeurs. Je parle de ceux qui sont les membres vivants du Corps du Christ. Mais ils crient du haut de son calvaire. Comment craindre que le Père n’écoute pas la voix qui crie vers lui depuis la croix de son Bien-aimé? Sachez prier de ce lieu, vous les chrétiens, et prier avec foi, et vous obtiendrez ce qui vous est utile.
Tu entends Paul qui reprend pratiquement ce que je te disais tout à l’heure? L’Apôtre est confiant dans le salut de ses frères. Pourquoi? Parce qu’il les aime avec les mêmes entrailles que le Christ, avec son amour, avec son cœur, avec sa douleur. Il les aime dans les chaînes reçues pour avoir évangélisé, dans le martyre qui s’approche, il les aime, avec le Christ, jusqu’à la fin.
“Et, les ayant aimé…, il les aima jusqu’à la fin.”
Persévère, mon âme, dans cet amour glorieux. Aime, aime-les tous, jusqu’à la fin. Perfectionne sans arrêt ton amour. Ainsi, pour la plus petite chose que tu obtiens, tu auras la paix en toi, c’est-à-dire Dieu, un minimum qui est un maximum absolu et bienheureux. Même si Dieu, à cause de la justice, ne peut donner ce que tu demandes à ceux pour lesquels tu pries et souffres, même s’ils repoussent les grâces que Dieu leur accorde à la suite de ta prière, ou s’ils en font un mauvais usage, la paix de l’amour sera en toi. Tout est doux en cette paix. Sens-tu combien il est doux d’y vivre! C’est déjà vivre dans l’atmosphère du ciel. avance sereinement en espérant dans le Christ, en suppliant pour tes frères que “la charité ne cesse de croître de plus en plus en pénétration et parfaite clairvoyance pour qu’ils puissent discerner ce qui est le mieux, et qu’ils soient purs et sans reproches pour le jour du Christ”.
Là où se trouve la charité, là où elle fleurit avec luxuriance, Satan ne peut rien posséder ni dominer. Sois donc tranquille. notre Seigneur l’a dit: “C’est à son fruit que l’on reconnaît l’arbre.”
Une plante satanique ne pourrait pas donner des fruits d’amour. Regarde en arrière. Tu as toujours été amoureuse de la charité. Mais, si cela suffisait pour que tu sois aimée d’un amour de prédilection, comme ton amour restait cependant mesquin, imparfait, humain par rapport à celui qui t’est venu depuis que tu es l’élève du Maître! Ton amour pour Dieu était robuste, mais l’amour du prochain était encore faible. Il était trop humain, cet amour, pour être parfait! Et cela même quand tu t’es offerte en victime[1] pour le salut de tes frères, car tu n’arrivais pas à tout pardonner. Tu donnais ta vie pour eux, mais tu ne savais pas pardonner complètement. Tu n’avais pas compris qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses ennemis: amour qui, au-delà de la vie matérielle, sacrifie jusqu’aux forces de la vie mentale et affective, les plus douloureuses à sacrifier.
Comme, à la dernière Cène, le Seigneur Jésus avait pour convives des hommes encore très humains, il ne leur a pas parlé de ce parfait amour. Ils n’auraient pas compris. Ils comprenaient déjà difficilement l’amour du sacrifice pour ses amis. Il laissa donc à l’Esprit Paraclet la tâche de faire comprendre cette perfection de l’amour, lui qui allait compléter l’enseignement du Verbe en communiquant dans le même temps la capacité de comprendre et d’assimiler. Pour son compte, Jésus s’est borné à en donner une esquisse qu’aucun des Onze ne comprit – l’apôtre meurtrier de l’Amour, ne méritant pas d’entendre les derniers enseignements du Maître, était déjà parti –. Or personne ne la comprend maintenant encore, excepté de rares âmes auxquelles toujours le même Esprit d’amour le rend compréhensible. Cette esquisse trop peu méditée se trouve dans ces mots: “Voici mon commandement: aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés”, c’est-à-dire en mourant vous aussi pour vos propres ennemis afin qu’ils aient la vie.
En s’adressant aux Onze, Jésus parlait en réalité au monde entier présent et futur, à ceux qui l’aimaient comme à ceux qui le haïssaient, à ceux qui allaient l’aimer comme à ceux qui allaient le haïr et s’emparer de ses paroles pour les tourner en dérision et les détruire dans de nombreux cœurs. Il s’adressait même davantage aux tièdes et aux adversaires qu’à ceux qui étaient à lui, parce que la rédemption des tièdes et des coupables le préoccupait bien plus.
Jésus avait également fait allusion à la tâche qui revenait à l’Esprit Saint de compléter son enseignement: “J’ai encore bien des choses à vous dire mais, actuellement, vous n’êtes pas encore à même de les supporter; lorsque viendra l’Esprit de vérité, il vous fera accéder à la vérité tout entière.”
L’enseignement direct que tu as reçu par ton travail de porte-parole t’a aussi donné celui qui perfectionne toute affection, et ton amour s’est formé jusqu’à atteindre la mesure complète qui est de savoir mourir même à ses justes ressentiments, et tout sacrifier, même ses jugements et une juste sévérité envers les autres, pour le plus parfait amour.
Comme il est beau et doux que les frères demeurent ensemble! Oui, ce serait beau s’ils étaient réellement des frères. Mais bien souvent ce sont des demi-frères, parfois des Caïn, et ils blessent. Alors, la charité qui pardonne, en pensant à son Seigneur crucifié, descend comme une huile pour consoler le cœur blessé. Je veux aviver ces sentiments en toi afin qu’ils s’épanouissent dans ton cœur et sur tes lèvres par les mots adéquats pour te faire toujours bénéficier de la faveur de ton Pasteur.
Ne crains pas. L’Esprit consolateur t’aidera à parler quand tu seras interrogée. C’est ton Jésus qui l’a promis: “Ne soyez pas inquiets à l’avance de ce que vous direz; mais ce qui vous sera donné à cette heure-là, dites-le; car ce n’est pas vous qui parlerez, mais l’Esprit Saint.”
Sois donc en paix. Le Père, le Fils, et l’Esprit Saint sont avec toi.
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.»