Azarias dit:
«Elever l’esprit vers Dieu devient pénible quand les hommes appesantissent ou blessent les âmes. Les hommes sont cruels. L’amour fraternel est le précepte qu’ils piétinent le plus. Avec l’acharnement d’un fou sanguinaire, ou d’un enfant sur un jouet, selon le cas et l’individu, ils s’acharnent sur leurs frères, et spécialement sur ceux qui, à cause de leur formation spirituelle, leur font comprendre qu’ils ne réagiront pas en rendant le mal pour le mal.
Mais, mon âme, il faut élever son esprit vers Dieu même si c’est fatigant; mieux, plus c’est fatiguant plus il faut le faire, parce que personne ne peut guérir les blessures de l’esprit sinon le Médecin, celui qui réconforte les esprits, Dieu, le bon Père qui ne déçoit pas ceux qui se confient en lui.
Es-tu blessée au point de ne plus pouvoir voler? Tu ressembles à une colombe que le chasseur a couverte de plaies tandis qu’elle s’en allait vers son maître: elle doit renoncer à son vol rapide dans les hauteurs et se voit réduite à avancer par de brèves envolées et de petits pas rapides, en étouffant, dans sa volonté d’arriver à son bon maître qui l’aime, la voix de sa chair qui implore ne pas la soumettre à d’autres efforts et souffrances… toi de même, pauvre blessée, va, va au moins sous le rayon de ton Soleil, et pose-toi; là, regarde-le, aime-le, étends tes ailes blessées pour qu’il voie et soigne du baume de son amour la torture que les hommes t’ont infligée.
Mon âme, ne te retourne plus vers les hommes. Leurs conseils sont soit mauvais, soit dérisoires, soit pénibles; les meilleurs sont semblables aux conseils qu’un homme qui louche dans le crépuscule peut donner à ceux qui lui demandent la route à suivre. Dieu seul voit, Dieu seul sait, Dieu seul aime parfaitement.
Mon âme, n’es-tu pas la petite voix? N’as-tu pas le Seigneur pour maître? Peux-tu douter que c’est lui qui te parle et te conduit comme son agnelle la plus chère? Suis donc ses voix et ses sentiers. Jamais il ne t’a laissée t’égarer. Il t’a prise dès le sein de ta mère, il t’a veillée dans ton enfance, dans l’adolescence, dans ta jeunesse et dans ta maturité. Il t’a instruite, protégée, il a éloigné de toi ceux qui pouvaient d’une façon ou d’une autre te nuire réellement, il t’a conduite vers les personnes et les choses qui pouvaient t’être profitables. Il a fait tout cela comme un père et un amant. C’est ce qu’il est pour toi. Il n’a pas attendu ta prière pour réveiller sa puissance et venir. Avant même que tu ne saches ce qu’est aimer, il t’a tendu les bras. Moi, ton ange gardien, je suis le seul à savoir combien le Seigneur t’a aimée, combien il t’aime.
Maintenant, je te dis ce que Paul écrivait aux Romains, mais dans un autre sens: ton salut est plus proche maintenant que ce que tu peux imaginer. Actuellement, c’est la pleine nuit. Le plus gros de la période triste et sombre est passé, le jour approche. Me comprends-tu bien? Le jour approche. Lorsque s’approche le jour, le jour de Dieu, les convives se préparent pour la fête. Ils enlèvent leurs vêtements de deuil et de douleur et revêtent des habits blancs et lumineux en vérifiant soigneusement qu’ils sont bien sans la moindre tache. L’heure qui précède l’aube est la plus noire de la nuit, mais tout de suite après surgit le soleil. Mon âme, la fiancée qui attend son époux anticipe l’heure matinale afin d’être prête pour sa venue.
Je ne te parle jamais de l’Evangile parce que le Seigneur est ton maître à ce sujet. Mais aujourd’hui je te dis: quand tu verras, dans une petite apocalypse individuelle, que tout se retourne contre toi pour te faire souffrir et te bouleverser, quand tu te sentiras t’évanouir de frayeur à cause de l’acharnement de trop de forces contraires, quand il te semblera que même le ciel demeure sourd à ta souffrance, alors relève la tête parce que ta joie sera proche.
Je ne t’explique pas les paroles de Paul parce que cette épître est trop claire. Mais je termine par les mots de la communion: “Le Seigneur fera preuve de bienveillance.”
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.»