5 h 20 du matin.
Je me réveille. Mon affliction est à mon chevet et je m’en charge comme d’une croix. Mais, au même moment, voici la chère et divine voix: «Jésus vient pour donner son baiser (l’eucharistie) à sa petite épouse.»
Je réponds: «Oh! Mon Seigneur, donne-moi une lumière. Dis-moi si c’est vraiment toi! Tout ce que me font souffrir les Pères servites de Marie en général, et le P. Migliorini en particulier, me pousse à croire que je suis une naïve, une malade mentale et une obsédée. Est-ce toi qui me parles ou bien est-ce mon cerveau qui est malade et qui délire? Est-ce toi ou Satan? C’est là ma plus grande douleur et tu le sais. La crainte d’écouter des voix qui ne soient pas les tiennes ou celles de tes saints, ou de me tromper en appelant “Parole du Seigneur” ce qui n’est au contraire que ma pensée.»
Jésus me répond:
«Et même si c’était le cas? N’ai-je pas dit que les pensées sortent du cœur des hommes et qu’on reconnaît si la plante est bonne à son fruit? N’est-il pas dit dans l’Ecriture et dans la Sagesse que celui qui rend plus clair ce qui me concerne a déjà la vie éternelle et que celui qui travaille pour moi ne péchera pas? Combien de fois est-il dit ouvertement ou de façon voilée que je me trouve en plénitude dans celui qui est plein de sagesse, que celui qui dit des paroles surnaturelles est une voix de l’Esprit de Dieu qui habite dans son cœur? C’est en effet l’Esprit de Dieu, mon âme chérie, qui œuvre ainsi dans le cœur des hommes, où il fait sa demeure parce qu’il les trouve dignes d’être habités par lui. Et l’Esprit Paraclet est l’amour du Père et du Fils. Si donc tu entends ces paroles dans ton cœur, c’est signe que tu entends les divins colloques de la sainte Trinité. Si tu m’entends parler, c’est donc signe que je suis en toi avec mon amour. Donc, même si c’était vraiment ton cœur qui te suggérait ces pensées qu’ensuite tu écris, c’est signe que ton cœur est plein de Dieu, car “c’est du cœur de l’homme que vient ce qui sort de sa bouche”. Or si ton cœur met dans ta bouche et dans ta tête des pensées, des visions et des paroles divines ou surnaturelles, c’est signe que ton cœur est saint, que ton cœur ne contient que de l’amour, de la justice, des choses célestes, c’est signe que ta conversation est dans le ciel et que tu habites le ciel avec ton esprit en ayant le ciel renfermé au-dedans de toi.
Heureux ceux qui sont comme toi! Et de quoi t’affliges-tu, mon bel arbre, douce pomme, olive exquise, si tu donnes des fruits célestes, les douceurs de la sagesse que nous sommes, lumineux comme la pure huile d’olive brûlée par la lumière que nous sommes?
Sois en paix! Sois en paix, ma très chère, ma fidèle, mon amoureuse, ma petite épouse bien-aimée. Sois en paix. Et avance en paix. Tu fais ce que je veux. Ce n’est pas toi que blesse celui qui te contrarie, mais moi, parce que c’est moi qu’il contrarie, moi seul, tant il est vrai que c’est moi, et personne d’autre que moi, qui te possède, qui resplendis en toi, qui t’enseigne, qui vis en toi.
Avance. Tu fais aimer le Seigneur, Marie et le peuple céleste des saints. Cela suffirait à te procurer la vie éternelle! Et puis il y a ton grand amour, toujours croissant. Il y a ta souffrance. Il y a ton immolation. Il y a tout ce que tu es. Oh! ne crains pas. Tu ne peux t’égarer parce que tu es tout immergée dans l’amour héroïque.
Ne crains pas. Ce qui est comblé ou ce qui est immergé ne peut rien recevoir en plus, ou être plus baigné ou submergé par autre chose que ce en quoi il se trouve déjà.
Ne crains pas. Avance et pardonne.
Les myopes et ceux qui vivent dans la basse plaine à cause de la triple sensualité ou seulement même à cause de l’orgueil, ont la cataracte sur les pupilles de l’intelligence: ils ne peuvent voir le soleil qui resplendit sur les cimes des montagnes qui tendent vers le ciel parce qu’elles l’aiment, parce qu’elles aiment les hauteurs, les choses pures; ils ne voient pas les plantes que le soleil fait pousser sur les sommets. Tout comme ils ne voient pas les contacts du Soleil Dieu avec la cime de ton esprit, ni les plantes que ta volonté de m’aimer y a fait naître, et que le Soleil Dieu fait pousser avec toujours plus de luxuriance, si bien qu’aucune tempête ne pourra les déraciner.
A toute âme qui se donne entièrement à la Sagesse, on peut appliquer les paroles du livre sapientiel de l’Ecclésiastique: “J’y ai grandi comme le cèdre du Liban, comme le cyprès sur le mont Hermon. J’ai grandi comme le palmier d’Engaddi, comme les plants de roses de Jéricho, comme un olivier magnifique dans la plaine, j’ai grandi comme un platane sur les places auprès des fontaines. Comme le cinnamome et l’acanthe j’ai donné du parfum… et j’en emplis ma maison.” Car celui qui se donne à la Sagesse exhale la sagesse. Et la sagesse est féconde; elle est une belle et utile forêt de plantes de toutes sortes, avec fleurs, fruits et parfums suaves, nourrie aux sources éternelles de sa propre nature: la divinité. Cet éloge ne concerne pas seulement Marie. En elle la sagesse fut complète et elle sut atteindre toutes les perfections de créature. Mais je te le dis, c’est aussi l’éloge de toutes les âmes qui se donnent à la Sagesse, et la liturgie l’applique à nombre d’entre elles qui ont su posséder la sagesse.
Qui es-tu? Ils demandent et tu te demandes qui tu es? Je te dis avec les mots d’Isaïe quel est ton nom: “Moi, le Seigneur, je leur donnerai…
un nom meilleur que des fils et des filles, je leur donnerai un nom éternel qui jamais ne sera effacé.” Je te le dis avec les mots de Jean le bien-aimé: “Au vainqueur, je donnerai la manne cachée; je lui donnerai une pierre blanche et, gravé sur la pierre, un nom nouveau, que personne ne connaît sinon celui qui le reçoit.” Je te l’ai déjà donné et je ne te l’enlèverai pas si tu m’es fidèle. Je ne te l’enlèverai pas, et tu le porteras avec beaucoup d’autres, avec tous “ceux qui sont venus de la grande épreuve” pour être là où il n’y a plus de douleur “car Dieu essuiera toute larme de leurs yeux”.
Es-tu en paix, petite épouse? Je suis venu te donner mon baiser comme je te l’avais dit au début. Mon miel eucharistique est en toi? Tu sens comme il est doux? Nos deux cœurs ne battent-ils pas d’un même élan? Mon sang t’enivre? Mon soleil resplendit en toi? Il te réchauffe, il te console? Oh! Ma Maria! Mais viens! Mais abandonne-toi! Il est si beau de s’aimer et d’oublier les chars d’Aminadab, féroces, durs, sombres, glacés, matériels. Viens à l’amour. Donne-moi l’amour. J’ai si peu d’âmes qui m’aiment sans réserve comme tu le fais. Pourquoi voudrais-tu te retirer, effrayée par les voix de ceux qui sont entre l’herbe et le bourbier, pareils aux grenouilles qui voudraient faire taire le rossignol et voler dans le soleil comme la colombe, et sont irritées de ne pas pouvoir le faire? Viens. C’est bien moi. Viens. Tu ne peux douter, tu ne doutes plus lorsque je te tiens ainsi. Mais l’extase ne peut pas toujours durer. Et tu dois savoir rester heureuse, sûre comme tu l’es maintenant, même quand l’extase se termine et que te recouvrent l’incompréhension et la défiance, voulues, des hommes.
Tout passera, mon âme. Mais moi je te resterai toujours, et pour toujours. Après le calvaire vient la résurrection. Après la passion l’ascension. Pour le Christ et pour les épouses du Christ.
Que ma paix et ma charité soient toujours en toi, pour toi, avec toi.»
Azarias dit:
«Notre Seigneur a anticipé pour toi le chant de la liturgie d’aujourd’hui. Il est venu te consoler et te raffermir, pauvre âme qui es secouée sans pitié pour t’obliger à dire ce qui n’est pas vrai.
Ne le dis jamais. Je te rappelle les paroles du Maître: “Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu.” A l’époque, cela concernait un impôt, ici cela concerne une œuvre. Mais, dans l’un et l’autre cas, il faut toujours rendre à Dieu ce qui est à Dieu. Même si, à force d’insister pour que soit reconnue l’origine surnaturelle de l’œuvre, tu obtenais que tous l’abandonnent – je parle des prêtres –, laisse-les faire. Ils devront répondre à Dieu de trois choses: de ne pas avoir reconnu la Parole, d’avoir scandalisé de nombreuses âmes, et d’avoir manqué de charité envers toi et envers les affamés de la Parole auxquels jésus, pris de pitié, avait donné l’Œuvre. Quant à toi, puisque tu as voulu faire la volonté de Dieu, tu as accompli ton devoir même si l’on t’empêche d’agir. Aux yeux de Dieu tu as bien agi, aussi bien comme porte-parole que comme exécutrice de ses ordres. Cela doit te suffire. Le reste, c’est-à-dire les autres, Dieu y pense. Oh! que de paroles de l’Evangile sont applicables à ce cas-là!
Heureux, comme toujours, les petits qui servent le Seigneur avec simplicité et amour. Et comme toujours, malheur à ceux qui, par leur façon d’agir, s’opposent à la bonté du Seigneur et accumulent sur leurs têtes les rigueurs de la justice!
Prions encore et toujours pour que la grâce de la venue du Christ dissipe les ténèbres spirituelles d’un grand nombre.
Vous, âmes fidèles qui servez et suivez Dieu et sa volonté avec simplicité et amour, soyez toujours joyeuses dans le Seigneur. Qu’à travers les croix et les épreuves vous ayez toujours en vous la joie de cet amour réciproque et la paix de pouvoir dire: “Je fais ce que Dieu veut.” Quelle que soit la justice à laquelle vous parvenez, quel qu’en soit le reflet qui rayonne par vos actions et révèle aux hommes les opérations conjointes de Dieu en vous et de vous par amour de Dieu, quelles que soient les grâces que la bonté éternelle vous accorde, soyez modestes, de sorte qu’en vous regardant les hommes puissent dire: “Celui-là est un vrai fils de Dieu, parce qu’il joint la modestie à ses mérites en chaque action, parole ou regard.”
Soyez très vigilants, parce que certains regards trahissent mieux que les paroles une vertu imparfaite. Vraiment, il en est qui ont beau être vertueux dans tous les autres domaines, mais manquent à la vertu de parfaite humilité. La parfaite humilité ne caresse pas, même dans le secret du cœur, la complaisance d’être bon et comblé de Dieu. La parfaite humilité ne se trouble pas des louanges qui lui sont faites, ne se livre pas à ces poses hypocrites qui feignent l’humilité alors qu’il ne s’agit que d’un orgueil raffiné et avide de louanges. Il y a des regards, des sourires, des actions qui témoignent clairement, sans qu’il soit besoin de paroles, que vous aimez être encensés. il n’y a alors plus de véritable humilité.
Vous, les âmes qui tendez à la perfection par amour pour Dieu, soyez véritablement modestes en toutes choses. L’œil de Dieu est continuellement sur vous et il voit la réalité de vos cœurs. Rappelez-le-vous toujours. D’ailleurs, le jugement du Seigneur peut être proche, car nul ne sait quand la mort viendra libérer vos âmes et les conduire au jugement de Dieu. Vivez toujours comme si le Seigneur était sur le point de vous apparaître pour vous appeler à l’autre vie.
Ne vous tourmentez pas pour rien, souvenez-vous des paroles du Christ: “Votre Père sait ce dont vous avez besoin… A chaque jour suffit sa peine.” Pourquoi vous plonger dans la tristesse pour des choses futures, que vous n’envisagez peut-être que par une suggestion du démon visant à vous effrayer et à vous faire douter de la providence? Le souci du lendemain ressemble à de l’eau versée sur le doux feu de l’espérance en la bonté de Dieu, comme du sable jeté pour détruire les tendres fleurs de votre confiance quotidienne en Dieu.
En vous enseignant l’oraison dominicale, Jésus vous a dit de demander: “Donne-nous aujourd’hui”, et non pas “Donne-nous pour toute l’année, ou pour toute la vie”. La raison en est que le Notre-Père est, et doit être un acte quotidien de charité, de foi, d’espérance, de contrition qui demande pardon. N’avez-vous jamais remarqué que l’on trouve dans le Notre-Père les quatre actes de foi, espérance, charité et contrition que l’Eglise enseigne comme les parties de la prière qu’un bon chrétien doit faire quotidiennement pour s’aider à atteindre ces vertus? Celles-ci doivent croître en son âme, être professées héroïquement en dépit de tout respect humain et de la dérision du monde, tandis que l’acte de contrition est une utile réparation et un moyen pour que le jour suivant soit vécu avec une plus grande vertu; on suppose en effet que celui qui prie fait bien attention à ce qu’il dit, sinon ce ne serait pas une prière, mais un bégaiement de sons sans valeur. Il faut donc que l’acte de contrition soit le terme d’un examen de conscience quotidien et très nécessaire, durant lequel l’homme reconnaît humblement ses péchés et omissions de la journée pour s’en accuser avec une sincère douleur d’avoir offensé Dieu.
Méditez et vous verrez que ces quatre actes sont contenus dans le Notre-Père. Il s’agit de devoirs envers Dieu autant que de nécessités pour votre croissance en sagesse et en grâce. C’est pourquoi il ne faut pas vous soucier du lendemain pour ne pas sombrer dans la tristesse et la peur. Les vaines préoccupations éloignent de Dieu. Ce sont comme des écrans opaques mis entre vous et votre Soleil éternel, comme des chaînes qui vous retiennent prisonniers ici-bas, alors que, sans elles, vous voleriez en esprit sur les belles ailes de la confiance jusqu’à Dieu. Les soucis sont des ouvertures offertes à Satan qui cherche à entrer pour vous blesser et vous empoisonner.
Ne vous faites pas de souci, mais en toute chose tournez-vous vers Dieu par des prières et des supplications unies à l’action de grâce. La charité, la foi, l’espérance, l’humilité, la confiance en Dieu, l’obéissance à ses volontés procurent cette paix qui surpasse toute intelligence. Qu’elle soit en vous. Avec elle dans le cœur, vous aurez un avant-goût du paradis, parce qu’avoir la paix c’est avoir Jésus Christ et être établis en lui.
Gloire au Père, et au Fils et au Saint-Esprit.»