Les Écrits de Maria Valtorta

117. Le 12 juin

1944-06-12

Jésus dit:

«J’ajoute encore ceci pour te perfectionner dans la souffrance.

Aimer la souffrance est déjà un conseil de perfection, car le commandement de Dieu, qui connaît les possibilités de l’homme, se borne à ordonner de supporter la douleur par obéissance à Dieu. Beaucoup – la majorité – ne savent même pas faire cela.

Dieu dit aux meilleurs: “Aimez la souffrance puisque mon Fils l’a aimée pour votre bien. Faites-en de même pour le biens de vos frères.”

Mais, parmi ces meilleurs que sont les chrétiens fidèles, convaincus, généreux, aimants, il y a une catégorie élue. Ce sont les séraphins des fidèles, ceux dont l’amour est le plus ardent. L’amour dont ils brûlent leur fait aimer ce qu’il y a de plus difficile, à telle enseigne qu’ils ne se bornent pas à aimer la souffrance qui les afflige avec la permission de Dieu, mais qu’ils la demandent et disent: “Me voici, Père. Je suis ici pour te demander le même calice que celui que tu as donné à ton Fils, et pour le même motif.” Ils deviennent ainsi les “victimes”.

C’est à ces dernières que j’adresse, par toi qui en es une, ce conseil de perfection.

Lorsque la douleur est atroce mais brève, elle est plus facile à accomplir. Mais il est fort difficile de tenir bon pour mener à bien sa mission de victime lorsque sa cruauté mordante se prolonge tant et plus, et lorsque, telle un arbre florissant, elle s’orne de branches toujours nouvelles et qu’elle accueille d’autres proliférations sur son tronc. La douleur ressemble alors à certains arbres des forêts auxquels du lierre et de la clématite se cramponnent, sur lesquels de la mousse et des lichens s’incrustent, et où naissent, dans le creux de deux branches, d’autres petites plantes dont on ne sait comment elles arrivent à prendre racine là, dans cet angle formé par deux morceaux de bois où ne se trouve qu’un semblant de poussière; elles poussent néanmoins et deviennent de vrais arbustes, et l’homme admire avec stupéfaction cette œuvre des vents et ce phénomène d’adoption végétale.

Eh bien, Maria, je t’ai dit que, pour mener sans déséquilibre une vie de victime, il convient de se placer résolument au niveau spirituel.[1] Voir, penser, agir, tout faire comme si l’on agissait dans les royaumes de l’esprit, c’est-à-dire dans une éternité qui dit toujours: “maintenant”.

Quel regard portez-vous sur les réalités charnelles, vous qui vivez pour l’esprit? Qu’avez-vous demandé à Dieu? De faire de vous des créatures spirituelles. Or ces créatures spirituelles, semblables à Dieu, en quel temps vivent-elles? Dans celui de Dieu. Et quel est le temps de Dieu? Un éternel présent. Un éternel “maintenant”. Pour le Père éternel, il n’existe, au ciel, ni passé ni futur. Il n’existe qu’un instant éternel.

Dieu ne connaît ni naissance ni mort, ni aurore ni crépuscule, ni commencement ni fin. Les anges, qui sont spirituels comme lui, ne connaissent “qu’un seul jour”. Ce jour a commencé à l’instant de leur création et n’aura pas de fin. Les saints, à partir du moment où ils naissent au ciel, possèdent ce temps immuable du ciel qui ne passe pas et qui est immobile dans son éclat de diamant enflammé par Dieu, dans les ères du monde qui tournent autour de sa fixité immuable comme les planètes autour du soleil: celles-ci se forment et se dissolvent, règnent et se désagrègent, alors qu’il est, lui, toujours le même et le sera toujours. Pour combien de temps? Pour toujours.

Réfléchis, Maria. Si tu pouvais compter tous les grains de sable dans les mers du globe entier, au fond et sur les rives des lacs, des étangs, des fleuves, torrents et ruisseaux, et que tu me disais: “Change-les en autant de jours”, tu aurais encore une limite à ce nombre de jours. Si tu y unissais toutes les gouttes d’eau des mers, des lacs, des fleuves, torrents et ruisseaux, celles qui tremblent sur les feuilles baignées de pluie ou de rosée, si tu y ajoutais encore toute l’eau des neiges alpines, des nuages errants, des glaciers qui habillent de cristal les pics montagneux, tu aurais encore une limite à ce nombre de jours. Tu pourrais bien joindre à cela toutes les molécules qui forment les planètes, les étoiles et les nébuleuses, tout ce qui vole dans le firmament et l’emplit de musiques que seuls les anges entendent – tout astre, en effet, chante les louanges du Créateur pendant sa course, comme un brillant harpiste qui fait courir ses doigts sur des harpes d’azur, si bien que le firmament est rempli de ce concert d’organes gigantesques –: tu n’obtiendrais qu’un nombre limité de jours. Ajoute encore la poussière enfouie dans la terre, cette poussière qui est terre d’hommes retournés avec leur matière au néant et qui attendent depuis des centaines de siècles l’ordre de redevenir des hommes pour voir le triomphe de Dieu – or il y a des milliards de milliards d’atomes de poussière humaine ayant appartenu à des milliards d’hommes qui se croyaient quelqu’un d’important et ne sont rien depuis des siècles, au point que le monde a même oublié leur existence –: tu n’obtiens encore qu’un nombre limité de jours.

Le Royaume de Dieu est éternel comme son Roi. Et l’éternité ne connaît qu’un seul mot: “maintenant”. Toi aussi, et avec toi tous les consacrés à l’holocauste, tu dois connaître ce seul mot pour mesurer le temps de la souffrance.

“Maintenant”. Depuis quand souffres-tu. Depuis maintenant. Quand cela cessera-t-il? Maintenant. Le présent. Pour les créatures spirituelles, il n’existe que ce qui est de Dieu. Même le temps. Apprenez, avant que le moment ne soit venu, à calculer le temps comme vous le possèderez au paradis: maintenant.

Oh! Qu’il est béni, ce temps qui est immuable possession, immuable contemplation de Dieu, immuable joie! “La vie est un battement de cil, le temps de la terre a la durée d’un soupir. Mais mon ciel est éternel”, voilà ce que doit être l’accord qui donne le “la” à votre chant de créatures martyres et bienheureuses.

On peut lire dans la vie de ma martyre Cécile: “Cécile chantait en son cœur.” Vous aussi, chantez dans votre cœur. Chantez: “Le ‘maintenant’ de Dieu m’attend. Je suis déjà enveloppée par le tourbillon de ce ‘maintenant’ éternel, et ce tourbillon m’approche toujours plus du centre de sa perfection. Je vois tomber cette poussière dont chaque atome est un jour et chaque grain un mois. Je la vois tomber, chassée par le souffle de ce tourbillon qui m’aspire vers Dieu, et c’est l’amour de Dieu qui veut me donner ‘son’ temps. Il veut me donner son éternel présent: en lui, à chaque seconde du temps terrestre correspond la réception en moi de la béatitude d’avoir Dieu-Père, Dieu Fils, Dieu Esprit Saint, en une étreinte toujours renouvelée, toujours désirée, toujours voulue, sans lassitude, riche de splendeurs toujours nouvelles, de saveurs toujours nouvelles, d’amours toujours nouveaux. Et je nais à chacune de ces nouvelles arrivées comme au premier instant où j’ai joui de ce Dieu un et trine, mon unique amour, à chacune de ces nouvelles arrivées, j’atteins la perfection de la Vie; puis je renais à ma joie de bienheureuse pour l’aimer encore et encore, et en être aimée encore et encore. Rien de plus. Car là, au paradis, tout a atteint la perfection et n’est pas susceptible d’accroissement ou de diminution. il n’y a qu’une joie, toujours égale et fraîche: ma joie de bienheureuse qui étreint Dieu, et la sienne, celle Dieu, qui peut répandre son amour, son essence, sur un être qu’il a créé par amour pour en recevoir de l’amour et pour lui donner de l’amour, lui en donner, lui en donner encore.”

Que le regard que tu portes sur ta souffrance soit celui-ci, ma petite épouse, et sa durée te paraîtra moins que rien. A la fin, je suis là. Moi.

Que ma paix soit toujours avec toi.»


Notes

  1. Voir la dictée précédente. ↩