Après avoir pris un peu de repos, j’écris ce que je devais relater depuis hier soir.
J’étais en train de faire l’heure de Notre-Dame des Douleurs, que je n’avais pu faire vendredi soir et je contemplais Jésus étendu sur le marbre de la pierre de l’onction avec, à ses côtés, la Mère en larmes qui embrassait ses mains transpercées; je remarquai alors – et je me demandai pourquoi – que le visage de Jésus à peine mort – plus exactement à peine déposé sur cette pierre – paraissait être plus proche du visage du Jésus vivant, par sa finesse et sa beauté, qu’il ne l’était au moment où Jésus montait au Calvaire, était sur la croix et tel qu’il apparaîtra sur le saint-suaire. Plus vieux et fatigué, mais délicat et noble comme toujours.
Jésus me répondit:
«La raison en est que, sur le chemin de croix, j’avais chaud, j’étais tuméfié, j’avais les veines saillantes sous l’effet de la fièvre et de la fatigue et déjà un début d’enflure due à la rétention d’urée consécutive à l’atroce flagellation. Sur la croix, tout ceci n’a fait qu’augmenter. Mais après ma mort, une fois l’agonie terminée, et les liquides partiellement évacués par voie naturelle ou à cause du coup de lance, mon visage s’est soudainement émacié. De plus, le bain des larmes de ma Mère a contribué à rendre à mon visage un aspect plus familier.
En revanche, le saint-suaire montre le visage d’un homme mort depuis plusieurs heures déjà. Le processus habituel de l’œdème avait donc déjà commencé, d’autant plus fortement d’ailleurs chez un mort qui a subi des tortures telles que les miennes. Ce sont les transsudats qui suintent par les séreuses et qui vous font dire que le mort semble redevenu celui qu’il était de son vivant. C’est la grande paix que la mort étend même sur les visages les plus torturés.
Qui plus est, remarque que l’image apparaît sur une toile et qu’elle s’y est fixée par tout un ensemble d’aromates et de sels naturels. Tu sais que toute tache sur une toile tend à se dilater. Mais en réalité, les traits de mon visage au matin de la résurrection, autrement dit quand j’ai cessé d’être recouvert par le saint-suaire, étaient enflés de cette manière.
La vie est revenue au Vivant. Mais, durant cette quarantaine d’heures, j’étais réellement mort et je ne différais en rien de tout homme en proie à la mort. Si je ne me suis pas décomposé, c’est grâce à la rapidité de la résurrection. Mais mon corps étais soumis aux règles communes à tout corps mort, surtout après d’innombrables blessures. En tant que Victime, j’ai voulu m’anéantir même en cela. Toute décomposition commence par une boursouflure. Ceci dit à l’attention de ceux qui doutent encore de la véracité de ma mort.»
Comme j’avais peur de ne pas écrire exactement après plusieurs heures, il vient de me le répéter, si bien que je suis sûre qu’il a bien dit cela.