Seule en ces premières heures du jour, j’ai l’occasion de me concentrer et de réfléchir à une foule de choses. Parmi elles, je me demande pourquoi Jésus a tellement attendu pour apporter quelque lumière sur le cas de B. P. je ne parle pas de 1941 et 1942, quand j’étais encore privée de la Parole, mais de ces dix-huit mois où elle m’enseigne et où le P. Migliorini, Giuseppe[1] lui-même et moi désirions une lumière divine sur ce qui – de diverses manières mais avec la même anxiété – nous tenait à cœur. Je dis aussi à Jésus: «Pourquoi, Maître, m’avoir dit en 1941, quand nous avons pris contact avec cet homme pour la première fois: “Ne juge pas. Au cours des siècles bien des créatures ont été déclarées possédées alors qu’elles étaient saintes, et vice-versa. C’est pourquoi tu ne dois pas juger. Je parle où et à qui je veux et peux parler, même à ceux qui en paraissent le moins dignes”? C’est plus ou moins ce que tu m’as dit. Je ne sais plus les mots exacts de ta lumière, que je pensais alors n’être qu’une inspiration intérieure, mais je sais que c’étaient à peu près ceux-ci.»
Jésus me répond alors:
«A cette époque, tu n’en méritais pas plus. D’ailleurs, il n’était pas encore temps de te donner davantage. Tu avais besoin d’arriver à pardonner pour mériter de m’avoir pour Maître de la façon dont tu m’as aujourd’hui. Juge, à partir de là, quel est le mérite du pardon! En outre, réfléchis et comprends par le biais d’une parabole. L’époque actuelle te permettra de la goûter mieux qu’en des temps normaux, où l’on ne sentait que la saveur du pain sans connaître la difficulté de sa production.
Une femme veut faire un pain pour sa famille. Elle a de la bonne farine en abondance. Elle possède aussi les ustensiles qui lui permettront de le pétrir, elle a l’eau, le four, elle a tout. Mais il lui manque le levain, ou il lui en reste à peine. Elle se demande s’il faut faire le pain ou non, s’il vaut mieux attendre d’avoir du levain, et suffisamment. Mais la faim et la hâte prédominent en elle, et elle se dit: “Bien! J’y mettrai beaucoup de bonne volonté, je travaillerai longuement la pâte et tout ira bien, même sans levain.” Alors elle imprègne d’eau la farine, la travaille et transpire… Elle y met réellement toute sa force et sa volonté pour réussir. Puis elle fait le pain, le couvre, met à tiédir et le surveille de temps en temps. La pâte ne lève pas. Elle se dit: “Elle est plus dure que d’habitude, mais au four elle va lever. Je l’ai tellement travaillée! Tout était au mieux! Forcément, le résultat sera bon.” Elle règle la flamme et la chaleur du four et l’enfourne. Plus tard, elle l’en sort. Le pain est cuit. Mais ce n’est pas un pain moelleux, croustillant, appétissant. C’est une masse acide et lourde sur lequel les dents les plus puissantes s’usent sans parvenir à en faire une bouchée tendre. L’estomac en souffre, la mauvaise humeur s’installe dans la maison, la farine a été gâchée pour rien, toute cette fatigue n’a servi à rien. Or tout cela est dû à son impatience et à son manque de prévision.
Voilà la parabole. Voyons maintenant son application.
En 1941, quant à toi, tu avais de la farine en abondance: ton amour de la Vérité et ta fidélité à celle-ci. Tu mettais beaucoup de bonne volonté à me servir et à porter la Lumière dans les cœurs… quitte à avoir la main lourde et à blesser pour faire place à la Lumière. Tu avais une grande hâte d’apporter tes conquêtes à ma faim de cœurs. Tu avais tout, mais pas suffisamment de ce levain qu’est la charité. C’est une vertu qui manque non seulement aux néophytes mais aussi à bon nombre de catholiques bien solides, et même à des ministres chargés de prendre soin des âmes.
Actuellement, les âmes sont les créatures les plus délicates et les plus malades qui soient, plus encore qu’un bébé de quelques jours. Ce sont en effet des petits enfants qui grandissent et se forment lentement. Je parle des âmes de la majorité. Quand un petit bébé naît, il est en réalité déjà doté de tout ce qu’il sera adulte. Il l’est déjà. Mais si on l’observe bien, ce qu’il possède montre une délicatesse telle qu’il n’est pas exagéré de dire que l’homme continue à se former – par une gestation hors du sein de sa mère – jusqu’à ce que son développement soit complet. Si l’on voulait donner à un enfant des aliments ou des habitudes d’adulte, on le ferait mourir. Il convient d’ajuster aliments et genre de vie à son âge et à sa formation organique, ne te semble-t-il pas? C’est bien ce que font les parents attentifs et aimants.
De même, les âmes sont malades, de telle ou telle maladie. D’autres sont blessées, d’autres encore convalescentes – et ces dernières ont de la chance –. Mais si un médecin traitait un membre cassé ou un organe épuisé sans égards, qu’adviendrait-il? Et s’il disait: “Tu es stupide! C’est par ta faute que te voici dans cet état! Accepte-le! C’est bien fait! Tu me dégoûtes”? Il adviendrait que ce pauvre malade, ce pauvre blessé, ce pauvre convalescent serait démoralisé, son découragement l’empêcherait de réagir, il ne pourrait, sans aide, fortifier son amélioration, ses blessures seraient plus putréfiées ou plus profondes car non soignées par une main experte ou bien mal soignées par une personne inexpérimentée.
Quel amour! Quelle expérience, quelle patience, quelle douceur! Quelle charité, en un mot, ne faut-il pas pour guérir les âmes, rendre saines les malades, délivrer les empoisonnées, donner une forme à celles qui n’en ont plus! Si l’on agit avec dureté, intransigeance, impatience et non avec amour, on cause un mal plus grand en provoquant endurcissement, colère, éloignement du médecin et de l’éducateur, bref de celui qui élève l’âme et par conséquent du Bien.
Si je ne t’avais pas arrêtée par mon: “Ne juge pas” en te faisant réfléchir que Dieu pouvait se trouver même en une personne qui, en apparence, semble le moins apte à être instrument de Dieu, tu aurais brisé par ta violence ce que j’avais tissé: le fil de soie destiné à devenir une amarre de navire par les filins de la charité surnaturelle et de l’affection humaine.
Dans ce domaine aussi, tu es un “petit Jean”, sais-tu? “Mais les Samaritains ne reçurent pas [les disciples]… Ce que voyant, les disciples Jacques et Jean dirent: ‘Seigneur, veux-tu que nous ordonnions au feu de descendre du ciel et de les consumer?’ Mais, se retournant, il les réprimanda: ‘Vous ne savez pas de quel esprit vous êtes. Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre les âmes, mais pour les sauver.’” Puis, pour corriger en souriant leur zèle impétueux qui tendait à se manifester de manière humaine, je les ai appelés les “Fils du Tonnerre”.
N’est-il pas plus doux d’être enfants de la paix que de la tempête? Dieu, tu le sais, ne se trouve pas dans la tempête, mais dans la brise légère.[2] Je veux que tu sois douce, douce, très douce envers tes frères, comme une brebis sans défauts ni malice. Ils doivent te suivre pour ta toison soyeuse, toute douceur et tiédeur, pour le doux son de ta voix d’amour, pour ton accueil festif fait d’affection. Je t’ai travaillée par la charité, ce levain qui était insuffisant en toi: en effet, tu m’aimais, moi, de tout ton être, mais pas ton prochain comme je l’aime. Or je veux que tu l’aimes comme, moi, je l’aime: avec miséricorde même s’il est lépreux, avec une inlassable patience même s’il est obstiné.
Maintenant, maintenant que le levain transforme ta farine en bon pain, tu as pu mériter de répéter mes paroles et d’y unir les tiennes. L’heure était venue de les dire, pour moi, de les recevoir, pour eux. j’aurais aussi bien pu les dire il y a quelques mois, mais elles seraient tombées sur un terrain mal préparé. “Leur” terrain également devait être préparé pour les accueillir.
Va en paix. Ton Jésus ne fait rien sans un but parfait. Quant à tout le reste que tu désires savoir, je te répète: “Comportez-vous comme on l’a fait à l’égard de sœur Benigna.”[3]
Ma bénédiction repose sur les bons. Ma bénédiction repose sur l’œuvre naissante. Rentre dans le cercle de cette préparation des âmes à l’avènement de mon Royaume, de cette cohésion pour résister au Désintégreur du monde, qui accélère ses actions et les rend plus subtiles pour démolir rapidement et complètement. Tu peux donc donner à l’œuvre elle-même ce que tu as: tes souffrances, tes prières, tes propres œuvres.
Maria, te souviens-tu de ton acte d’offrande à l’Amour et à la Justice?[4] Revêtue des mérites de ton Bien-aimé, tu répètes mes paroles en le réitérant: “Père, pardonne aux-hommes… et si, pour apaiser ta justice, des hosties d’expiation sont nécessaires, me voici, Père, immole-moi pour la paix entre l’homme et Dieu, entre l’homme et l’homme, pour l’avènement de ton Règne.” Et à moi, ton Amour, tu dis: “Tu as dit que le plus grand amour est celui de qui donne sa vie pour ses amis. Me voici. Je viens, je m’offre à toi afin que ton Règne s’établisse sur terre et dans les cœurs.” Et tu me demandes de me servir de toi comme d’un instrument, un instrument aveugle qui ne cherche donc la raison de rien.
Je me sers de toi. Je me sers de toi dans le but suivant: pour que je règne dans les cœurs des hommes qui ne me connaissent plus tel que je suis. S’ils me connaissaient tel que je suis, un grand nombre d’entre eux viendraient à moi. Je veux qu’ils viennent à moi. J’ai pitié de ces foules. Beaucoup ont été corrompus parce qu’ils ne connaissent pas le Pasteur.
Appelez le troupeau à se rassembler. Le Pasteur vient. Que les brebis et les agneaux se réunissent en entendant mon appel d’amour. Les chèvres se sépareront d’eux. Etes-vous peu nombreux? Ils étaient douze et sont restés à onze. Le berceau est-il pauvre et inconnu? C’est dans une mangeoire, dans la plus petite des villes de Juda qu’est né le Sauveur. Je bénis les “bonnes volontés” qui se rassemblent. Que j’aie “mes disciples” comme Satan a les siens.
Revenez à l’Evangile, mes enfants. Revenez-y. S’il avait existé des œuvres et des paroles plus saintes pour conduire les âmes au Bien, moi, qui suis la sagesse, je les aurais utilisées. Rien n’est plus apte à sanctifier que l’Evangile.
Venez à la “fontaine des eaux du Sauveur”. Oui: ces mots d’amour qui forment mon Evangile – la parole de la Bonne Nouvelle – sont réellement des eaux jaillies de mon cœur. La Bonne Nouvelle que je reviens annoncer avec une invitation pressante au monde qui périt dans ce qui n’a rien de bon.
Vous, les grands et les humbles qui désirez cette Œuvre, recevez ma bénédiction. Quant à toi, petit Jean, sois pour cette raison plus martyre que jamais. Va en paix.»