Les Écrits de Maria Valtorta

201. Le 1er novembre

1944-11-01

A 6 h ce matin, j’ai eu une vision dont une partie au moins en laissera certains incrédules, mais qui a été pour moi à la fois réconfort et peine.

Je voyais le très haut paradis avec son peuple innombrable de saints, en fête, bienheureux dans la contemplation de Dieu. Ces âmes toutes pures absorbées par la vision de Dieu formaient une foule de lumières de flammes d’amour. Leur visage et leur amour convergeaient en un seul point: la sainte Trinité.

Mais à la limite – pour ainsi dire – du ciel, à l’endroit précis où commençait le Royaume bienheureux, une âme en différait par l’aspect et par l’attitude. Son aspect était d’une blancheur moins éblouissante, un peu plus opaque, je dirais même d’un gris cendre jusque dans sa physionomie, et pourtant ses caractéristiques étaient les mêmes que celles des âmes bienheureuses: des lignes de lumière en forme de visage et de membres. Bien que blanc, son vêtement lui-même n’était pas encore éclatant: c’était de la lumière faite étoffe, comme celle des autres. Cette âme semblait sortir à peine d’un lieu triste et enfumé qui en aurait appesanti le vêtement et assombri la couleur. Son comportement différait lui-aussi de celui des autres. Il était partagé entre le désir d’adorer Dieu et celui de me regarder, d’un regard étrange qui semblait me demander de l’excuser et dire: “Maintenant, je sais”, “je t’aime”, “merci”, “j’étais aveugle mais maintenant je vois.” Je ne sais pas comment dire, un aspect sérieux, presque majestueux et pourtant paisible, serein, un aspect humble et pourtant solennel…

C’était ma mère. Sa ressemblance et son expression, celle des rares moments où elle laissait parler son cœur et sa raison, étaient d’une telle exactitude qu’il m’aurait été impossible de me tromper.

J’ai cherché mon père anxieusement, mais je ne l’ai pas vu. Je pensais pourtant qu’il aurait été en Dieu, plus que Maman… Combien ne l’ai-je pas cherché parmi les visages si nets et reconnaissables des bienheureux! Ma joie aurait été complète, même si j’étais déjà heureuse d’avoir vu ma mère, pour qui j’ai tant prié durant sa vie et après sa mort.

Je pense – mais j’ignore si je suis dans le vrai – qu’elle vient de sortir de l’expiation ou qu’elle en est juste au seuil, aux confins du purgatoire et du paradis, ce qui explique qu’elle ait moins d’éclat, qu’elle soit moins concentrée sur Dieu que les autres et qu’elle ressente encore quelque besoin de se rappeler la terre ainsi qu’un élan, venu de sa renaissance dans la perfection: celui de me dire maintenant ce qu’elle n’a jamais cru nécessaire de me dire, pas même en son dernier jour, et de réparer tant d’égoïsme fermé sur soi et fier.

Je sais que ceux qui l’ont connue ne croiront pas à une aussi rapide expiation. Mais je suppose que Jésus a voulu me le faire connaître pour que je sois moins désolée. Le seul souvenir de cette vision me rend heureuse, et j’en bénis le Seigneur.