Les Écrits de Maria Valtorta

205. Le 11 novembre

1944-11-11

J’étais hier si abattue et j’allais si mal que je n’ai rien pu ajouter, pas même les douces consolations reçues dans la nuit du 9 au 10 de la part de Marie tout d’abord, brièvement, puis de Jésus, longuement.

Je pleurais, la tête sous les couvertures pour ne pas être entendue par Paola et Marta qui dormaient avec moi. Je pensais que, dans quelques heures, je n’aurais plus Paola… et je pleurais, bien désolée. Je priais aussi. La Mère est venue prier avec moi et me caresser. Mais cela a été court. Elle a cédé la place à Jésus qui, de son bras gauche, m’a attirée contre sa poitrine, si étroitement que ma joue s’appuyait sur son cœur et que je sentais la chaleur de son corps sur ma joue, j’entendais les battements réguliers et robustes de son cœur. Je le comparais au mien, ce pauvre tacot chancelant et épuisé… Comme il était parfait! Jésus me laissait faire. Il laissait la tiédeur de sa personne réchauffer le pauvre passereau malade, gelé, en larmes que je suis, il laissait la musique de son cœur le distraire de ses tourments. C’est beau, savez-vous, de reposer ainsi!

J’ai vu un rayon de lumière filtrer de son vêtement de laine blanc ivoire à l’endroit de la blessure du côté, et j’ai demandé, en la désignant: «Pourquoi cette blessure?» Jésus me répondit alors, doucement, dans les cheveux: «Par amour de Dieu et des hom­mes.» Après quelque temps, sans me laisser partir, il m’effleura de la main droite le côté où j’avais si mal entre cœur et plèvre, et me demanda en souriant: «Pourquoi cette souffrance?» Et moi: «Par amour de Dieu et des hommes.» Jésus m’a alors serrée plus fortement et m’a tenue jusqu’à ce que ma souffrance s’apaise et que je sois près de m’assoupir sur sa poitrine, puis il m’a reposée comme un papa aimant et est resté là afin que je ne pleure plus…

Comme je le regardais! Qu’il est beau! Non, il n’y a aucun tableau qui lui ressemble. C’est impossible.

Cela s’est passé la nuit dernière. Cette nuit, à partir de deux heures, j’ai vécu un supplice à cause de la pleurite et de la fièvre. C’est dans cet état que j’ai fait l’Heure de Notre-Dame des Douleurs. Je contemplais la Mère pleurant sur son Fils étendu sur la pierre de l’onction, je regardais marie-Madeleine en larmes, agenouillée au pied du lit funèbre en marbre, Jean debout et angoissé auprès de Marie qu’il regardait, avec les yeux d’un enfant effrayé et en pleurs, sa nouvelle Mère désolée, les autres femmes qui se pressaient à l’ouverture, les deux embaumeurs dans leur coin. Mon conseiller intérieur me dit alors: «Autour du lit funèbre de Jésus se trouvent les représentants de tout le genre humain. Marie-Madeleine représente l’humanité pécheresse et repentie, Jean l’humanité pure et consacrée, les pieuses femmes représentent les croyants, Nicodème et Joseph le monde avec ces brumes que sont la science, le respect humain, le doute… Vois-tu? Il y a tout.» C’est vrai. Je ne l’avais jamais remarqué.

Je n’ai rien reçu d’autre. Une fois ma grande fièvre passée, Jésus me laisse me reposer. Mais il ne m’abandonne pas. Oh! Il est ici! Ce n’est pas comme en avril, où il se taisait et ne se montrait pas! Je ne peux pas oublier la tiédeur de son corps, ma joue me semble encore chaude et je me la caresse. Et je ne peux pas davantage oublier le battement de son divin cœur. Mon Jésus…