Jésus dit:
«Votre lecture distraite de l’Evangile fait que trop de vérités vous échappent. Vous prenez les grands enseignements, mais mal eux aussi, et vous les adaptez à votre façon de voir actuelle.
Vous savez pourtant que ce n’est pas à l’Evangile de s’adapter à vous, mais bien l’inverse. Lui, il est ce qu’il est. Son enseignement est celui de son premier siècle d’existence et sera le même au dernier, même si ce dernier siècle devait advenir dans des milliards d’années. Vous ne saurez plus vivre selon l’Evangile – vous le savez déjà bien mal! –, mais ce n’est pas pour autant qu’il sera différent. Il vous dira toujours les mêmes vérités de vie.
Votre volonté d’adapter l’Evangile à votre manière de vivre est une confession de votre misère spirituelle. Si vous aviez foi dans les vérités éternelles et en moi qui vous les ai proclamées, vous vous efforceriez de vivre l’Evangile intégralement, comme le faisaient les premiers chrétiens. Et ne dites pas: “La vie actuelle est telle que nous ne pouvons suivre à la perfection ces enseignements. Nous les admirons, mais nous sommes trop différents pour les suivre.”
Les païens des premiers siècles étaient eux aussi très différents, sinon trop, de l’Evangile, et cependant ils ont su le suivre. Luxurieux, avides, noceurs, cruels, sceptiques, vicieux comme ils l’étaient, ils surent extirper toutes ces pieuvres, se mettre l’âme à nu, la faire saigner pour l’arracher aux tentacules de la vie païenne et, ainsi blessés dans leur pensée, dans leurs affections, dans leurs habitudes, venir à moi en disant: “Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir.” Et moi, je les ai guéris. J’ai cicatrisé leurs blessures.
Car c’est de l’héroïsme de savoir arracher un mal de soi par amour d’une loi acceptée totalement. C’est de l’héroïsme de se mutiler de tout ce qui empêche de me suivre. C’est l’héroïsme que je vous ai indiqué: “En vérité je vous dis que, pour me suivre, il faut quitter maison, champs, richesses et affections. Et quiconque sait tout abandonner pour venir à moi, pour l’amour de mon Nom, recevra le centuple dans la vie éternelle. En vérité je vous le dis, celui qui m’a suivi dans la régénération possèdera le Royaume et viendra avec moi juger les hommes au dernier jour.”
Oh, mes vrais fidèles! Avec moi, avec moi, vous formerez une foule joyeuse et resplendissante à l’heure de mon triomphe, qui sera aussi le vôtre puisque tout ce qui est à moi est à vous; tout cela appartient à mes enfants, à ceux que j’aime et qui m’aiment, à mes bénis qui sont ma joie.
Cependant, il est nécessaire d’être “régénéré”, ô hommes, pour être mien. Il faut être régénéré. C’est bien ce que disent Jean et Matthieu lorsqu’ils rapportent mes paroles, ce dernier parlant du jeune homme riche, et le bien-aimé de Nicodème.
Il faut renaître. Il faut être régénéré, se refaire une âme nouvelle, vous, les païens du vingtième siècle. Cela n’est possible qu’en abandonnant compromis et idées du monde pour embrasser mon Idée et la vivre, la vivre vraiment, intégralement.
C’est ce qu’ont fait les païens des premiers siècles, et ils sont devenus les saints glorieux du ciel. Ils ont apporté la civilisation à la terre. Vous devez en faire autant, s’il est vrai que vous m’aimez, s’il est vrai que vous tendez à la vie éternelle, s’il est vrai que vous œuvrez à civiliser la terre. La terre d’aujourd’hui! Elle est plus primitive qu’une tribu ensevelie dans les forêts vierges! Pourquoi donc? Parce qu’elle m’a repoussé. Il ne suffit pas de se dire chrétien pour l’être! Ce n’est pas parce qu’on a reçu le baptême pour la forme qu’on l’est! Etre chrétien signifie être ce que le Christ nous a dit d’être, comme l’Evangile vous le répète.
Or cet Evangile, vous le lisez peu, vous le lisez mal, vous l’élaguez de ce qui vous ennuie dans ses grands enseignements. En outre, vous ne remarquez même pas les passages les plus délicats.
Dites-moi donc: quand un artiste s’apprête à réaliser une œuvre, se borne-t-il aux opérations de dégrossissage s’il est sculpteur, d’esquisse s’il est peintre ou d’élévation des murs s’il est architecte? Non. Après ce gros-œuvre, il en vient aux détails. Beaucoup plus longs à réaliser que le gros-œuvre, ce sont eux qui créent le chef-d’œuvre.
Avec quel amour le sculpteur manie-t-il le ciseau et le marteau sur le marbre, qui paraît déjà vivant aux yeux du profane, pour que son œuvre atteigne la perfection! Il est si minutieux et concentré sur son travail qu’il ressemble à un orfèvre. Mais voyez comme ce visage de pierre prend vie sous la caresse de l’instrument – car il s’agit maintenant d’une caresse tant elle est précise et légère –! On dirait que l’œil s’orne d’un regard, les narines semblent se gonfler sous l’effet d’un souffle, la bouche devient douce et prend la courbe de lèvres tièdes, les cheveux n’ont plus la dureté de la pierre mais deviennent aérés et soyeux comme si le vent les faisait bouger ou qu’une main amoureuse les ébouriffait.
Voyez ce peintre. Sa toile est déjà terminée. Elle est belle, du moins elle semble belle, parfaite. Mais lui ne se repose pas. Voilà: une ombre bleue-noire ici, une touche de rouge carmin là. Sur cette fleur qui resplendit dans la main de cette vierge, il faut encore une étincelle de soleil pour en faire ressortir la blancheur nacrée. Sur cette joue, une larme donnera vie à la joie extatique qui survit sous les tortures. Ce champ fleuri, où quelques troupeaux passent et broutent, est rendu humide de rosée pour mettre en relief la soif des fleurs. Le peintre ne prend pas de repos avant que son œuvre soit si parfaite que l’on puisse dire: “C’est vrai!” L’architecte et le musicien font de même, tout comme les vrais artistes qui veulent laisser au monde des chefs-d’œuvre.
C’est ainsi que vous devez agir, vous aussi, envers ce chef-d’œuvre qu’est votre vie spirituelle.
Que croyez-vous donc? Que moi, qui étais si étranger aux discours, j’ai ajouté des paroles pour le simple plaisir de parler? Non. J’ai dit seulement ce qui est nécessaire pour vous mener à la perfection. Or s’il se trouve, dans le grand enseignement évangélique, de quoi permettre le salut de vos âmes, les plus petits détails contiennent le moyen d’atteindre la perfection.
Les premiers sont les commandements. Y désobéir entraîne la mort à la Vie. Les seconds sont les conseils. Y obéir signifie acquérir une sainteté toujours plus rapide et s’approcher toujours plus près de la Perfection du Père.
Dans l’évangile selon saint Matthieu, il est dit: “Par suite de l’iniquité croissante, l’amour se refroidira chez le grand nombre.” Voilà, mes enfants, une grande vérité que l’on médite peu.
De quoi souffrez-vous maintenant? Du manque d’amour. Que sont les guerres, au fond? De la haine. Qu’est-ce que la haine? L’antithèse de l’amour. Les raisons politiques? L’espace vital? Une frontière injuste? Un affrontement politique? Ce ne sont là que des excuses.
Vous ne vous aimez pas. Vous ne vous sentez pas frères. Vous ne vous rappelez pas que vous provenez tous du même sang, que vous êtes tous nés de la même façon, que vous mourrez tous de la même façon, que tous vous avez faim, soif, froid, sommeil de la même façon et besoin de pain, de maison, de feu de la même façon. Vous ne vous souvenez pas que j’ai dit: “Aimez-vous les uns les autres. A ceci tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples. Aimez votre prochain comme vous-mêmes.”
Vous prenez ces vérités pour des fables. Vous prenez ma doctrine pour celle d’un fou. Vous la substituez par beaucoup de pauvres doctrines humaines, pauvres ou mauvaises selon leur créateur. Mais même les plus parfaites sont imparfaites si elles diffèrent de la mienne. Comme la statue mythique, elles seront pour une grande part en métal précieux. Mais la base sera d’argile et provoquera finalement l’écroulement de toute la doctrine, et par-là la ruine de ceux qui s’y étaient appuyés. La mienne ne s’écroule pas. Celui qui s’y appuie ne craint pas la ruine, mais il s’élève au contraire vers une sécurité croissante: il s’élève vers le ciel, vers l’alliance avec Dieu sur la terre, vers la possession de Dieu au-delà de la terre.
Toutefois, la charité ne peut exister là où règne l’iniquité. Car la charité est Dieu, et Dieu ne cohabite pas avec le mal. C’est pourquoi qui aime le mal hait Dieu. En haïssant Dieu, il accroît son iniquité et se sépare toujours plus du Dieu-Charité. C’est là un cercle vicieux dont on ne sort pas, et qui se resserre pour vous torturer.
Que vous soyez puissants ou humbles, vous avez augmenté vos fautes. Vous avez négligé l’Evangile, tourné les commandements en dérision, oublié Dieu – car on ne peut dire que ceux qui vivent selon la chair, selon l’orgueil de l’esprit ou selon les conseils de Satan s’en souviennent –. Ce faisant, vous avez foulé la famille aux pieds, volé, blasphémé, tué, porté de faux témoignages, menti, forniqué, vous avez transformé l’illicite en licite. Ici en volant un emploi, une femme, des biens; là, plus haut, en confisquant un pouvoir ou une liberté nationale, en augmentant votre vol par un mensonge coupable pour justifier devant les peuples votre action qui les envoie à la mort. Ces pauvres peuples ne demandent pourtant qu’à vivre tranquilles! Mais vous les excitez par des mensonges empoisonnés, vous les jetez les uns contre les autres pour vous garantir un bien-être qu’il ne vous est pas permis d’obtenir au prix du sang, des larmes, du sacrifice de nations entières.
Quant aux individus, quelle est leur faute au sein de la grande faute des puissants! C’est la somme des petites fautes individuelles qui sert de soubassement à la Faute. Si chacun vivait saintement, sans convoitise charnelle, sans avidité d’argent, de pouvoir, comment la Faute pourrait-elle se créer? Certes, il y aurait encore des délinquants. Mais ils seraient rendus inoffensifs parce que personne ne voudrait les servir. Tels des fous isolés de tout, ils continueraient à délirer sur leurs rêves obscènes d’abus de pouvoir. Mais leurs rêves ne deviendraient jamais réalité. Même si Satan leur venait en aide, celle-ci serait neutralisée par l’unité contraire de toute l’humanité sanctifiée par sa vie conforme à Dieu. En outre, l’humanité aurait Dieu avec elle, bienveillant envers ses enfants bons et obéissants. La charité serait au fond des cœurs, vivante et sanctifiante. Alors l’iniquité disparaîtrait.
Voyez-vous, mes enfants, combien il est nécessaire d’aimer pour ne pas être mauvais, et combien il est nécessaire de ne pas être mauvais pour aimer? Efforcez-vous d’aimer. Si vous aimiez… ne serait-ce qu’un tout petit peu! Si vous commenciez à aimer! Un début suffirait, ensuite les progrès se feraient tout seuls.
On ne peut moissonner tant que les épis ne sont pas mûrs. L’épi ne peut mûrir s’il ne se forme pas. Et il ne peut se former si le rejet ne s’est pas formé lui-même. Mais si le paysan ne semait pas la petite graine dans la motte de terre, le rejet vert pourrait-il sortir du sillon et, tel une coupe vivante, soutenir la gloire des épis? Que la semence est petite! Elle brise pourtant la motte, pénètre dans la terre, la suce comme une bouche avide, puis expose au soleil sa magnificence bénie de futur pain; par sa couleur d’espérance ou par son or bruissant au vent et resplendissant sous le soleil, elle chante la bénédiction de celui qui procure à l’homme le Pain et le pain. La semence a beau être petite au point qu’il en faut beaucoup pour remplir le gosier d’un passereau, s’il n’y en avait plus, vous n’auriez même plus d’hostie sur l’autel. Vous mourriez de faim physique et d’inanition spirituelle.
Mettez dans chaque cœur une semence, une petite semence de charité. Laissez-vous-en pénétrer. Faites en sorte qu’elle croisse en vous. Changez votre avidité nue en une féconde floraison d’œuvres saintes toutes nées de la charité. La terre, jusqu’alors composée entièrement de ronces et d’épines, modifierait son aspect et son âpreté, qui vous torture, en une demeure paisible et bonne qui serait une anticipation du ciel bienheureux. S’aimer les uns les autres, c’est déjà être au ciel, car le ciel n’est rien d’autre que de l’amour.
Lisez, lisez l’Evangile, jusque dans ses moindres phrases. Vivez-le sous ses teintes de perfection. Commencez par l’amour. Cela semble le plus difficile des préceptes et conseils. Or c’est la clé de tout, de tout le Bien, de toute la Joie, de toute la Paix.»