Les Écrits de Maria Valtorta

61. Le 7 avril

1944-04-07

Mon conseiller intérieur me dit que c’est l’heure à laquelle Jean se rendit chez Marie.[1]

La vision se termine de cette manière. Il est 12 h 30, autrement dit 11 h 30 au soleil.

Ensuite, de 13 heures à 16 heures (heure solaire), je suis restée prostrée, pas assoupie, mais dans un état d’extrême épuisement, à telle enseigne que je ne pouvais ni parler, ni remuer, ni même ouvrir les yeux. Je ne pouvais que souffrir, et sans rien voir, alors que, dans ma souffrance, je méditais continuellement l’agonie de Jésus.

A 16 heures, à l’improviste et pendant que je pensais aux clous enfoncés dans les mains de Jésus, je l’ai vu mourir, et cela seulement: mourir. Il tourne la tête de gauche à droite en une ultime contraction, pousse un profond soupir, bouge la bouche en un essai de parler rendu muet par son impossibilité à le prononcer, dans un profond cri qui finit en gémissement car la mort arrête sa voix. Et il reste ainsi, avec les yeux qui se ferment et la bouche qui demeure à moitié ouverte. Sa tête reste encore un instant droite, raide sur le cou comme sous l’effet d’un spasme convulsif interne, puis retombe en avant, mais vers la droite. Rien d’autre.

Plus tard, j’ai repris un petit peu de forces, un tout petit peu, jusqu’à 19 heures (heure solaire), puis je suis retombée dans un assoupissement terrible jusqu’à minuit passé. Mais il n’y a plus de vision pour me réconforter. Je suis seule, moi aussi, comme Marie après l’ensevelissement de Jésus. Je ne vois rien, je n’entends rien. En outre, je souffre atrocement.

Pour me consoler tant soit peu, je vous décris la façon dont je voyais bien Jésus hier soir, quand il m’a expliqué une nouvelle fois ses adieux à Marie avant la Cène.

Jésus était agenouillé aux pieds de sa Mère et il lui enserrait la taille; tantôt il posait sa tête sur ses genoux, tantôt il la levait pour la regarder. La lumière d’une lampe à huile à trois becs, posée sur l’angle de la table près du siège de Marie, tombait directement sur le visage de Jésus. Sa Mère, en revanche, restait un peu plus dans l’ombre, puisque elle avait la lumière derrière les épaules. Mais Jésus, lui, était en pleine lumière.

Je me perdais dans la contemplation de son visage et j’en observais les moindres détails. Je les répète encore une fois.[2] Des cheveux qui se séparent au milieu du visage et retombent en longues mèches jusqu’aux épaules. Ondulés sur la longueur d’une main, ils finissent en une véritable boucle. Ils sont chatoyants, fins, bien coiffés, d’un blond lumineux qui, en particulier dans la boucle fi­nale, prend une forte teinte cuivrée. Il a le front très haut, très beau, lisse comme du verre, des tempes légèrement incurvées sur lesquelles les veines bleutées tracent de légères ombres indigo qui transparaissent sous sa peau extrêmement blanche, de ce blanc particulier de certaines personnes aux cheveux blonds-roux; c’est un blanc de lait d’une nuance qui tend un peu vers l’ivoire, mais avec une très légère touche de bleu, une peau très délicate qui ressemble à un pétale de camélia blanc, si fine qu’elle laisse transparaître la moindre veine et si sensible que chaque émotion s’y révèle, que ce soit par des pâleurs plus intenses ou par de vives rougeurs.

Mais j’ai toujours vu Jésus pâle, avec à peine quelques couleurs dues au soleil qu’il a pris librement tout au long des trois années pendant lesquelles il parcourait la Palestine. En revanche, Marie est plus blanche, parce qu’elle a vécu de façon plus retirée chez elle, et elle est d’un blanc plus rosé. Jésus, lui, est d’un blanc ivoire avec quelques légers reflets tendant vers le bleu.

Son nez est long et droit, avec à peine une légère courbe en haut, vers les yeux; c’est un beau nez fin et bien modelé. Il a les yeux enfoncés, très beau, de cette couleur – que j’ai si souvent décrite – de saphir très foncé. Ses sourcils et ses cils sont épais, mais pas trop, longs, beaux, brillants, châtain foncé mais avec une microscopique étincelle d’or au sommet de chaque poil. Ceux de Marie sont, au contraire, d’un châtain très clair, plus fins et plus rares. Peut-être le semblent-ils parce qu’ils sont bien plus clairs, si clairs qu’ils en sont presque blonds. La bouche de Jésus est régulière, plutôt petite, bien modelée, très ressemblante à celle de sa mère, avec des lèvres d’une bonne grosseur, ni trop fines au point de paraître serpentines, ni trop prononcées. Au centre, elles sont rondes et accentuées en suivant une jolie courbe; sur les côtés, elles disparaissent presque en faisant paraître cette très belle bouche plus petite qu’elle ne l’est; elle est d’un rouge sain et s’ouvre sur une dentition régulière, forte, composée de dents plutôt longues et très blanches. En revanche, celles de Marie sont petites mais régulières et jointes de façon égale. Il a les joues maigres, sans être décharnées. L’ovale de son visage est long et étroit, mais fort beau, et ses joues ni trop saillantes ni trop fuyantes. Sa barbe, fournie sur le menton et divisée en deux pointes crépues, entoure sa bouche sans la recouvrir jusqu’à sa lèvre inférieure et raccourcit au fur et à mesure qu’elle monte vers les joues, où elle devient vraiment courte et se borne en ombrer la pâleur comme une poussière cuivrée. Là où elle est fournie, elle est d’une couleur cuivrée foncée: un blond-roux foncé. Sa moustache l’est aussi, pas très drue et courte, de sorte qu’elle couvre à peine la lèvre supérieure entre le nez et la lèvre, et se limite aux angles de la bouche. Il a de petites oreilles, bien modelées et bien attachées à la tête. Elles ne dépassent pas du tout.

A le voir aussi beau, hier soir, je repensais à la façon dont il m’était apparu défiguré en bien des occasions, dans la Passion ou après elle, et cela rendait encore plus intense mon amour compatissant pour sa souffrance. Et quand je le voyais s’avancer et poser son visage sur la poitrine de Marie, comme un enfant qui réclame une caresse, je me demandais une fois de plus comment les hommes ont fait pour s’acharner ainsi contre lui, alors que tous ses actes le montrent si doux et si bon et que son seul aspect lui conquiert les cœurs. Je voyais ses belles mains, longues et pâles, enlacer les flancs de Marie, la ceinture de Marie, les bras de Marie, et je me disais: «Dire que dans peu de temps elles seront transpercées par les clous!» Cela me faisait souffrir. Il est visible pour les moins observateurs que je souffre.

Je vous ai bien désiré aujourd’hui, mon Père, car j’avais l’impression que mon cœur allait exploser ou céder définitivement. Il me semble que cela fait un siècle que je n’ai pas reçu Jésus. Heureusement que l’on est déjà samedi, à deux heures de l’après-midi, et que l’heure de la communion approche. Mais je suis seule. Jésus se tait, Marie se tait, Jean se tait. J’avais espéré en lui, du moins. Mais rien. Un silence absolu et une obscurité absolue. C’est vraiment la désolation…


Notes

  1. Nous sautons l’épisode de “Jean qui va chercher la Mère”, qui appartient à “L’Evangile tel qu’il m’a été révélé”. ↩
  2. Voir, par exemple, le 29 décembre 1943, dans “Les cahiers de 1943”. ↩