Je suis depuis hier sur le sein de Marie. Et comme j’y suis bien! Ce n’est pas une façon de parler! Je me sens réellement sur ses genoux. Elle me tient assise vers la gauche de sorte que j’appuie mon côté droit sur son cœur et ma tête vers son épaule. Elle m’enlace du bras gauche et me dit de temps en temps: «Mets-toi à l’aise. Repose-toi.» Oh! J’ai l’impression – mais c’est encore plus doux – d’être revenue à ces heures trop rares où maman me prenait sur son sein et me rendait si heureuse!
Je vais très mal physiquement: l’étouffement, l’emphysème, l’insuffisance cardiaque ne cessent d’empirer. Cette nuit, j’ai vraiment atteint la limite de la vie à cause de nombreuses extra-systoles et de pulsations réduites à quarante-six par minute; je ne respirais plus, je transpirais de la sueur froide, une véritable agonie. Mais la Mère m’avait dit: «Mets-toi à l’aise», et je me sentais dans ses bras, je me pelotonnais dans le nid formé par sa poitrine, son bras et son manteau, si bien que je ne craignais même plus la mort.
Après l’atroce agonie de ces vingt-cinq derniers jours – une agonie spirituelle en face de laquelle celle, physique, que je souffre actuellement n’est qu’une bagatelle –, la souffrance de mon agonie charnelle devient une plaisanterie; elle est en effet effacée, mieux, bénie par la paix qui se répand en moi au contact de Marie.
Non, mon état n’est pas et ne peut être une illusion. La douleur, la nostalgie, le désir d’être à la maison existent encore, il y a l’atroce souvenir de ce que j’ai souffert, la sensation perceptible et durable de l’abandon de Dieu. Tout cela existe encore. Mais je suis sur le sein de Marie. Je peux les supporter. Il en est comme si un anesthésique céleste venait atténuer ma sensibilité morale à la douleur et m’inoculer une sensation d’euphorie paradisiaque.
Sois bénie, Marie, ma Mère! Tu me sauves! Sauve-moi maintenant et à l’heure de ma mort. Mère, garde-moi sur ton sein et je serai saine et sauve jusqu’à la fin.