Les Écrits de Maria Valtorta

96. Le 13 mai

1944-05-13

Observation faite par Jésus alors que je relis la dictée du 20 février concernant la Passion de Jésus et les souffrances de Marie[1]:

«Tu as oublié un mot, et naturellement il n’a pas été recopié, ce qui crée une contradiction avec ce que tu relates par la suite dans la vision du vendredi saint[2]: la rencontre de Jean et de Marie dans la maison du Cénacle.

Fais la rectification suivante: “Il fait la navette entre la maison de Caïphe et le Prétoire, la maison de Caïphe et le palais royal d’Hérode, et de nouveau entre la maison de Caïphe et le Prétoire.” C’est pour cette raison que Jean peut dire: “… j’ai fait tout mon possible pour qu’il me voie… j’ai tenté de recourir aux puissants pour obtenir qu’on ait pitié de lui…”

En réalité, c’est une bagatelle. Mais nous vivons au milieu de pharisiens plus occupés à prendre en faute que les pharisiens de mon temps ne l’étaient. C’est pourquoi il nous faut être nous-mêmes extrêmement précis.

Les pharisiens habituels feront cette observation acerbe: “Pourquoi le Maître n’a-t-il pas signalé plus tôt son erreur à son porte-parole?” Je réponds à cela: pour vous montrer une fois de plus que vous êtes si imparfaits que, même si vous êtes “porte-parole” ou directeurs d’un porte-parole, vous ne remarquez pas les bévues qui déforment les faits. Vous lisez, vous méditez, vous copiez et vous laissez l’erreur causée par l’omission d’un mot qui provoque une modification de la situation.

Corrige donc, et fais corriger, au moins dans les cahiers originaux et complets. Remarque que le mot “Caïphe” est déjà omis dans ton manuscrit. Tu étais tellement épuisée, ce jour-là, à la fois par la longue souffrance de la vision que tu avais eue (“L’ensevelissement de Jésus et la désolation de Marie”), et par le bombardement que vous avez subi, que tu étais lente à suivre la dictée. Tu n’as ni entendu ni relevé l’erreur. Il n’y a là rien de mal. Cela ne lèse aucune vérité sacrée. Mais il est bon d’être exact, jusque dans les vérités secondaires.

Les pharisiens dont je viens de parler feront une autre observation sur la dictée d’hier. J’ai dit: “Tu avais raison. C’est trop dur pour toi. Il faut adoucir le décret.”[3]

J’entends déjà le chœur scandalisé de ces docteurs de l’ergoterie: “Comment? Dieu ne savait pas que c’était trop dur? Cette femme blasphème en accusant Dieu de n’être pas parfait pour comprendre et mettre en pratique.”

Une fois pour toutes, je réponds à cela par les paroles que j’ai déjà dites il y a vingt siècles de cela: “Et si ces jours-là n’avaient pas été abrégés, nul n’aurait eu la vie sauve; mais, à cause des élus, ils seront abrégés, ces jours-là.” Il s’ensuit que, si cela peut se produire pour tous les croyants de la dernière heure – une miséricorde aussi grande que la terre pour sauver le plus grand nombre d’âmes du désespoir de l’horreur –, comment la même chose ne se produirait-elle pas en faveur de cette “petite” qui, par la volonté de Dieu, anticipe en elle-même ce que sera la torture spirituelle des bons aux derniers jours?

Je la défends donc. Moi aussi, j’aurais dû porter la croix tout seul. Tel était le décret. Mais ma faiblesse était trop grande, et l’homme m’a accordé une aide. Ne devrait-elle donc pas en avoir une, celle qui porte pour vous tous une aussi grande croix d’expiation, qui la tue?

Qu’elle la tue, oui! C’est l’holocauste. Mais qu’on me la rende folle jusque dans l’âme qu’elle m’a confiée, non. Elle a subi la première partie de l’épreuve et elle est demeurée fidèle. Moi seul peux savoir quels combats elle a dû soutenir. Le Tentateur lui a promis la joie. Elle a étreint encore plus fort sa souffrance contre elle parce que la joie était le Mal, et c’est le Bien qu’elle a voulu suivre. Le goût du fruit du Bien est bien amer à la chair humaine. Ce n’est que dans l’autre vie qu’il se change en miel paradisiaque.

Avoir repoussé Satan signifiait attirer sur elle sa haine au centuple. La laisser à sa totale merci voulait dire perdre ce cœur. Dieu n’est pas inexorable. Pour la grâce des élus, il modifie son décret.

J’ai moi-même eu [le réconfort de] l’ange de Gethsémani. Il n’était pas prévu. Mais les prières de ma Mère me l’ont obtenu. Celle qui maintenant reçoit tous les jours un rayon de soleil, une goutte de réconfort, un instant d’air pur afin qu’elle ne meure pas avant d’avoir achevé sa mission a eu ma Mère pour avocate ainsi que d’autres âmes élues de la terre et du ciel qui ont prié pour elle. Ma miséricorde s’est érigée en reine face à la justice du Père, et elle a dit: “J’ai pitié. Aie pitié toi aussi.” Car si je suis le Premier, au ciel et sur la terre, à avoir du respect pour les décrets du Père éternel, je suis aussi celui à qui le Père a déféré tout jugement; c’est pourquoi je puis dire à mon Père et à votre Père: “Père, pitié pour ma créature que voici!”

Mais ne croyez pas non plus que tout soit rose pour elle, désormais. Après un mois de rigueur impitoyable[4], elle connaît actuellement une trêve d’une heure. Vous, qui vous scandalisez, vous trouvez que c’est accorder trop d’importance à un fait bref: puisse-t-il ne jamais vous arriver d’éprouver ce qu’elle souffre en ce moment et ce qu’elle souffrira encore longtemps. Aucun de vous, qui êtes des docteurs intransigeants, ne resterait fidèle comme elle a su le demeurer. C’est aussi pour vous qu’elle souffre – vous qui êtes extérieurement des tours arides en dur silex, mais intérieurement remplis d’argile mou –, oui, pour vous. Pour vous qui, comme toujours, imposez de lourdes charges aux autres, mais n’acceptez pas pour vous-mêmes d’être chargés du poids d’une plume.

Laisse-les murmurer, Maria. Moi, j’ai toujours opposé le silence à ceux qui murmuraient. Un silence qui s’est fait toujours plus profond au fur et à mesure que les murmures sont devenus calomnies, les calomnies accusations, les accusations condamnations et les condamnations blasphèmes. Sur la croix, mon silence s’est même étendu à mon regard… Mes yeux étaient seulement tournés vers le ciel pour tenter de rencontrer le regard de Dieu, et vers ma Mère pour me rafraîchir l’âme à sa pureté.

Tu es sur la croix, et tu y restes. Garde le silence et ne cherche que Dieu et Marie.»

(Note personnelle)

Jésus me fait mettre la date du 13 à cette dictée, autrement dit celle de demain. Il me l’a dictée vendredi 12 à 18 h. A peine était-elle terminée – mais immédiatement, immédiatement, mon Dieu quel combat, j’en étais terrorisée! –, que j’ai été reprise par cette vague de désespoir qui me donne des éclairs de folie. J’essaie de dire le Rosaire. Mais je sens le démon qui ricane et se gausse de moi. Oh! Père éternel! Pitié!

Ce sont les moments où Satan veut me persuader que je suis une falsificatrice, une folle, et que je trompe tout le monde. Il veut me convaincre que rien n’est vrai, que je suis damnée… Si j’étais seule, je hurlerais pour me défouler. Mais je suis chez d’autres[5], et qui pourrait comprendre?… Ce sont les moments où Dieu, Jésus, Marie, leurs “voix” et leurs caresses me semblent n’être que songes d’un esprit malade… Et pourtant je les ai senties! J’ai encore l’impression d’avoir, imprimée sur la paume, la blessure de la paume de Jésus! Et pourtant, ces “voix”, je les ai entendues. Se peut-il que je sois folle? Folle seulement à ce propos? J’accomplis tout le reste – correspondance, comptes, dispositions de la vie – avec ordre et facilité. Alors?

Pourquoi cet horrible démon peut-il me tourmenter de la sorte, détruire jusqu’à ma certitude de ce que j’ai senti et entendu! N’est-ce pas suffisant de ne rien sentir et de ne rien entendre en ces heures-ci? Dois-je aller jusqu’à faire l’expérience de la perte de ce que j’ai reçu?

Oh Seigneur! Oh Marie! Pitié pour moi!

Marie dit:

«Je veux que tu comprennes mieux mes joies. Tu diras plus volontiers le chapelet franciscain.

Ce qui m’a réjoui, dans la première, ce ne sont pas ma gloire et ma joie, mais que soit venu le temps de la rédemption de l’homme et du pardon de Dieu à l’homme.

Dans ma seconde joie, ce n’est pas la louange de ma cousine à mon sujet qui me rendit heureuse, mais d’avoir donné le signal de la rédemption par la sanctification de Jean-Baptiste en lui amenant mon Jésus, votre Rédempteur.

La béatitude de la troisième ne fut pas uniquement d’être devenue mère, sans douleur ni atteinte à ma virginité, et pas même la grâce de pouvoir embrasser Dieu, mon Fils. La véritable raison en était que, désormais, la terre avait son Sauveur.

Le motif de ma quatrième joie fut que j’ai vu, sous les traits des trois Mages, tous ceux qui, à partir de ce moment, allaient venir du monde entier et à toute époque de la terre vers la Lumière, vers mon Seigneur, et allaient le proclamer Roi, Sauveur et Dieu.

L’allégresse du cinquième événement n’est pas uniquement due au fait que mon amour de Mère a cessé de souffrir lorsque j’ai retrouvé mon Fils perdu. Cela aurait été de l’égoïsme. Mais ce m’était une joie inexprimable d’entendre retentir pour la première fois la “Bonne Nouvelle” et de comprendre que, avec quelques années d’avance, elle tombait dans certains cœurs et y germait en plante éternelle. Je me réjouissais pour ces personnes instruites d’avance.

Ma sixième joie fut encore plus grande pour vous, les créatures sauvées. Le Ressuscité me disait que les cieux étaient ouverts et déjà habités par les saints du Seigneur qui attendaient cette heure depuis des siècles, et que, dans ces cieux, les places de milliers et de milliers de sauvés étaient déjà préparées. Pour moi, qui suis votre Mère, ce m’était une joie d’une profondeur incalculable de savoir votre demeure prête.

Enfin, ma septième joie ne fut pas due à ma gloire. La raison en était que, devenue par la bonté de Dieu Reine des cieux, je pouvais, en tant que telle, m’occuper de vous, mes aimés; choisie comme je l’étais pour m’asseoir à la droite de Dieu, je pouvais directement parler, prier et obtenir des grâces pour vous, par une supplication puissante.

Aucune de mes joies ne m’a concernée moi seule. L’égoïsme, même le plus juste et le plus saint, détruit l’amour. Chacune d’elles a été suscitée par un amour parfait et a servi d’incitation à un amour encore plus parfait.

Je suis maintenant bienheureuse. Je ne pourrais l’être davan­tage, puisque je suis entourée de l’étreinte trinitaire de Dieu. Mais je me sers encore de ma béatitude par amour pour vous. Là aussi, j’applique la Loi: j’aime Dieu de tout mon être et mon prochain comme moi-même. Comme moi-même, non parce que je suis Marie, mais parce que Marie a trouvé grâce aux yeux du Seigneur et est aimée de lui; elle est par conséquent une créature sainte en lui et de lui, une partie de lui.

Oh! Ma théologie! Elle n’a qu’un seul mot-clé: “Amour.” Je suis la reine des cieux parce que j’ai compris cette théologie comme au­cune autre créature.

Aime. Tu seras sauvée. Aime. Aime en paroles et en silence. Aime en actes ou dans l’immobilité. Aime avec ferveur ou dans la souffrance de l’aridité. Aime dans la joie et dans la douleur. Aime dans la vic­toire et dans la faiblesse. Aime dans les tentations et dans la liberté vis-à-vis de l’Ennemi. Aime sans cesse.

Qu’il y ait au plus profond de toi un lieu qui sache rester paisible et ardent dans l’amour au sein de tout ton être blessé, frappé, agonisant, hébété de douleur, épuisé par les assauts du démon, dégoûté par les événements de la vie, secoué comme une barque dans la tempête. Un lieu en toi qui ait pour seule mission d’aimer et l’exerce pour ton esprit, pour ton cœur comme pour ta chair. Que ce lieu soit ton sanctuaire. Qu’il s’y trouve l’autel à la lampe toujours allumée, les fleurs toujours fraîches, et que la louange ne cesse d’y retentir.

Que tu pleures ou que tu ries, que tu espères ou que tu doutes, que tu sois exaucée ou non, que la partie la plus sainte de ton âme, celle qui vit en ce lieu consacré au culte de Dieu, sache toujours redire: “Gloire à toi, Seigneur. Gloire! Nous te louons, nous te bénissons, nous t’adorons, nous te glorifions! Car toi seul es saint, toi seul es Seigneur, toi seul es le Très-Haut. C’est pourquoi, avec les anges et les archanges, avec les trônes et les dominations et avec toutes les armées célestes, nous chantons l’hymne de ta gloire en disant sans fin: saint, saint, saint!”[6]

Avant l’élévation vient la louange. Avant la consommation vient la louange. Sache dire ta messe personnelle. Toute victime est prêtre. Mais l’on n’est pas prêtre si l’on ne sait pas célébrer l’eucharistie, en chacune de ses parties.

Regarde mon Jésus. Avant d’être élevé et consumé, il a loué le Père. Or il savait déjà ce qui l’attendait.

Que ton cœur chante, Maria. Qu’il chante même si les larmes coulent à flots de tes yeux. Que ton chant couvre ta plainte et les voix de Satan qui veut te persuader de te défier de toi pour t’empêcher de poursuivre ta mission. Il veut te convaincre que Dieu ne t’écoute pas pour t’empêcher de prier, il veut te convaincre que tu es perdue pour te perdre.

Non. Tu ne l’es pas. Persévère. Un seul jour, une seule heure de fidélité en ce moment a plus de valeur que dix ans passés à souffrir physiquement et à faire pénitence, mais avec le cœur en paix et alors que Dieu était à tes côtés de façon sensible. Persévère. “Celui qui persévérera jusqu’à la fin sera sauvé.” C’est mon – et ton – Jésus qui le dit. Moi aussi, je te le dis. Souffre dans la paix. Il viendra bientôt.»

(Note personnelle)

Je suis plongée dans la souffrance. C’est en sa compagnie que je m’assoupis et, lorsque je m’éveille, je la retrouve là, qui me provoque aussitôt ce cauchemar: «Dieu ne t’aime pas. Tu es damnée. Tu es une menteuse. Une folle. Une hérétique.»

C’est un vrai cauchemar. Il m’ôte tout réconfort. Il obscurcit jusqu’à la lumière matérielle du soleil et la vue de cette belle nature qui, si j’avais eu un autre état d’âme, m’aurait réjoui le cœur. Il me rend incapable de toute occupation. Il détruit la paix que me donnaient la prière et la joie de prier. Je parle tout en ayant ces pensées à l’esprit. Si j’écris, elles agitent mon cerveau. Si je lis, elles couvrent les mots. Ce cauchemar est là, toujours là…

Dès que je reviens à moi, ma première sensation est celle de ces pensées. Je n’ai pas encore ouvert les yeux ou la bouche, bougé les mains, que ce cauchemar est déjà en train de me torturer le cœur et l’esprit. A peine le Maître ou la Mère cessent-ils de parler qu’il reprend son œuvre de ver qui ronge inlassablement là où il s’est niché.

Il faut en avoir fait l’expérience pour comprendre ce que c’est…


Notes

  1. Il est presque certain qu’elle fait référence à la copie dactylographiée établie par le P. Migliorini. ↩
  2. Le 7 avril. Voir la note 126. ↩
  3. Expression que nous avons relevée le 12 mai, note 148. ↩
  4. A partir du 9 avril. ↩
  5. A la maison des Giovanetti, à S. Andrea di Còmpito. Voir la note 139 du 24 avril. ↩
  6. Expressions tirées du “Gloire à Dieu” et de la “Préface” du missel alors en vigueur. ↩