Les Écrits de Maria Valtorta

141. Le 19 janvier 1947

1947-01-19

Jésus dit:

«J’aurais pu parler plus tôt pour t’offrir ce joyau, mon petit Jean. Mais telle est la dignité du saint Sacrifice, trop peu connu pour ce qu’il est par nombre de chrétiens catholiques, que j’ai donné la priorité à son explication. C’est donc la première leçon que je donne à bien des gens, en parlant exceptionnellement un jour de fête et sur un passage évangélique dont j’ai déjà traité selon l’enseignement habituel. Quand un prêtre ou une voix s’exprime au nom de Dieu et sur son ordre, quand on obéit à un précepte, moi qui suis le Seigneur, je garde le silence: car grande est la dignité d’un maître qui s’exprime en mon nom et sur mon ordre, et grande est la dignité d’un rite, en particulier celle de la messe. Celle-ci est en effet le rite des rites, de même l’eucharistie est le sacrement des sacrements.

Ecoute-moi donc, mon petit Jean. Je t’ai dit, il y a bien longtemps138 – tu te trouvais sur ton lieu d’exil et tu souffrais comme moi seul le sais –, que tout passage ou épisode évangélique était une mine d’enseignements. T’en souviens-tu? Je t’avais montré la seconde multiplication des pains et je t’avais dit que, tout comme j’avais pu rassasier les foules grâce à quelques poissons et quelques pains, vos âmes peuvent se nourrir à l’infini des quelques passages rapportés par les quatre évangiles. De fait, voici vingt siècles qu’une foule innombrable d’hommes s’en nourrit. Et voici que, par l’intermédiaire de mon petit Jean, je suis venu en accroître le nombre d’épisodes et de paroles, car l’inanition menace les âmes, et j’en ai pitié. Mais même ces quelques épisodes des quatre évangiles eux-mêmes fournissent depuis vingt siècles pains et poissons aux hommes pour les rassasier, et il en reste encore.

Tout ceci est l’œuvre de l’Esprit Saint, le Maître qui enseigne sur la chaire de l’enseignement évangélique: “Mais le Paraclet, l’Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom vous enseignera tout et vous rappellera tout ce que je vous ai dit”. Il vous apprendra le sens profond de chaque mot, de chaque lettre de l’épisode. C’est en effet le sens du mot, et non le mot en lui-même, qui donne vie à l’âme. Un mot incompris n’est qu’un son creux. Il est incompris quand il est réduit à n’être qu’un terme, un son, et non pas “une vie, une semence de vie, une étincelle, une source” qui plonge des racines, embrase, lave et nourrit.

Les noces de Cana. Depuis vingt siècles elles servent de point de départ aux maîtres spirituels pour prêcher sur la sainteté du mariage vécu avec la grâce de Dieu, mais aussi sur la puissance des prières de Marie, sur son enseignement sur l’obéissance (“Faites tout ce qu’il vous dira”), ou encore sur ma puissance qui change l’eau en vin, et ainsi de suite. Aucun de ces fruits tirés de ce passage évangélique n’est erroné. Mais ce ne sont pas les seuls que cet épisode comporte et que vous pouvez en retirer.

Ma petite amoureuse, toi qui m’aimes et qui es affamée de moi- eucharistie, voici l’un des épisodes de ma vie publique où se trouve en germe le dernier miracle de l’Homme-Dieu: l’eucharistie. La Résurrection est vraiment un miracle du Dieu Homme, le premier de tous les miracles advenus depuis que la Victime détruite par le Sacrifice s’est changée en Jésus Dieu-Homme glorifié, le Victorieux. Auparavant, Dieu était encore caché dans l’Homme. Sa nature se laissait deviner par éclairs dans ses paroles et ses miracles, à la manière de ces jaillissements de flammes qui couronnent de temps en temps une montagne et font dire: “Ici se cache le feu, et ce mont, semblable à bien d’autres en apparence, est un volcan: au lieu d’être une simple succession de couches de terres et de roches, il a le feu pour âme.”

Mais l’humanité du Christ qui devait souffrir et mourir était en tout point semblable à celle de l’homme: sa chair était sujette à la loi de la matière, il éprouvait le besoin de nourriture, de sommeil, de boisson, de vêtements, il souffrait du froid ou de la chaleur, de la fatigue due à un grand labeur ou à un long chemin, de l’épaisseur de la chair, enfin – quelle misère pour le Tout-Puissant! – de la contrainte de se trouver à un seul endroit. Il endurait tout, excepté la faute et ses appétits. Vraiment tout, et surtout ce qui constitue le martyre des justes: devoir vivre au milieu des pécheurs en voyant les offenses faites à l’Eternel, ainsi que les descentes de l’homme dans une boue bestiale. Je te l’assure, Maria, l’homme a davantage souffert de cela, dans son intelli­gence et dans son cœur de juste, que de toute autre chose. Quelle puanteur du vice et du péché! Quel grouillement de vers forment toutes les concupiscences! Je te l’affirme: j’ai commencé à les expier dès qu’elles m’ont approché, tant elles ont mis mon âme et mon intelligence au supplice. Les anges ont compté ces coups de fouet immatériels que furent les vices des hommes sur mon humanité, aussi nombreux et plus douloureux que ceux du flagrum romain.

Après le Sacrifice, mon Corps véritable, tout en restant un véritable corps, assuma la liberté, la beauté et la puissance des corps glorifiés, qui seront aussi les vôtres. Celles dans lesquelles la matière ressemblera à l’esprit avec laquelle elle aura vécu et lutté pour en faire un roi comme elle est, elle, reine. Et mon Corps devint glorieux tout comme l’Esprit était divin en lui, il ne fut plus sujet à tout ce qui le mortifiait auparavant, l’espace ne fut plus un obstacle pour lui, ni les murs, ni la distance, pas même le fait d’être ici au ciel et vous sur la terre, ceci afin d’être sur terre comme au ciel vrai Dieu et vrai Homme, avec ma Divinité, mon Ame, mon Corps et mon Sang, infini comme il con­vient à ma na­ture divine, contenu dans un morceau de pain comme mon Amour l’a voulu: réel, omniprésent, aimant, vrai Dieu, vrai homme, vraie nourriture de l’homme jusqu’à la fin des siècles, et vraie joie des élus pour ce qui n’appartient plus au siècle mais à l’éternité.

L’eucharistie est le dernier miracle de l’Homme-Dieu. La Résurrection, le premier miracle du Dieu-Homme qui transforme de lui-même son cadavre en Vivant éternel. L’eucharistie, transformation des espèces du pain et du vin en Corps et Sang du Christ, se trouve à la jointure de deux époques comme l’étoile du matin entre ces deux moments qui portent le nom de nuit et de jour. Lorsque brille l’étoile du matin, le pèlerin se dit: “Le jour vient” bien qu’il ne fasse pas encore clair: il sait en effet que cette lumière, à la limite du ciel, annonce l’aube. L’eucharistie est l’Etoile du matin des temps nouveaux. La lumière de ce miracle d’amour annonce l’aube, l’aube du temps de la grâce. C’est pourquoi, rayonnante de tous ses feux, elle est comme suspendue entre une ère qui s’achève et une autre qui s’ouvre, à la fin de ma prédication et au début de la Rédemption.

De même que l’étoile de l’Epiphanie avait brillé pour annoncer aux rois mages que le Roi universel était donné au monde, l’étoile de mon Eucharistie a brillé à la Cène pascale pour annoncer au monde que l’Agneau véritable était sur le point d’être immolé, que déjà il s’immolait en se livrant de son plein gré en nourriture perpétuelle aux hommes afin que son Sang n’arrose pas seulement les montants et les linteaux, mais qu’il circule en ne faisant qu’un avec eux, pour les rendre saints, et pour que sa Chair immaculée fortifie leur faiblesse, tandis que l’Ame du Christ et la Divinité du Verbe habitent en eux et leur apportent la présence indivisible du Père et de l’Esprit éternel. Entre l’annonce de l’étoile de l’Epiphanie et celle de l’étoile eucharistique brille la lumière du miracle de Cana – accompagnée de ses symboles incompris – pour dire au monde ce que la Sagesse et la Puissance incarnées allaient accomplir dans le cœur de pierre des hommes, avec la pauvre eau de leur pensée.

“Trois jours plus tard, il y eut un banquet.” Trois jours: trois époques avant le festin de joie. La première va de la création du monde à la punition du déluge; la seconde, du déluge à la mort de Moïse. La troisième de Josué – l’une de mes figures – à ma venue. Et encore trois époques, ou trois jours: les trois années de ma prédication avant le banquet pascal. Et de même que la préparation d’un banquet nuptial s’intensifie au fur et à mesure que s’approche le moment du festin, il en fut ainsi de mon banquet d’amour. Les voix du concert prophétique et les lumières de ceux qui attendaient l’Epoux véritable – qui venait épouser l’humanité pour en faire une reine –, devinrent de plus en plus claires.

“La mère de Jésus était là.” La Mère! Pouvait-elle être absente là où l’homme nouveau devait être enfanté? Eve pouvait-elle ne pas être là si dorénavant la “Vie” devait prendre la place de la Mort? La Femme peut-elle faire défaut quand s’approche l’heure où le Serpent aura la tête écrasée et où des limites seront posées à sa liberté d’action? Impossible! La Mère des vivants, l’Eve sans tache, la Femme du “Je vous salue Marie” et du “Qu’il me soit fait selon ta parole”, la Femme au talon puissant, la Corrédemptrice est donc présente au banquet où l’union de l’humanité et de la grâce est inaugurée.

Mais “le vin venant à manquer”, les invités risquaient de ne pas se réjouir en présence de Jésus. Vraiment, lorsque je suis arrivé à mon banquet de grâce, j’ai trouvé que le vin a vite manqué. Il y en avait trop peu et il a eu tôt fait d’être bu, si bien que les hommes s’attristèrent, car je décevais leurs espérances de s’enivrer de sucs humains de puissance et de vengeance.

Qu’avais-je trouvé au début de ma mission? “Des jarres de pierre destinées aux purifications des juifs”, autrement dit aux purifications matérielles. Voilà: après des siècles et des siècles d’assimilation impure de la Sagesse, les cœurs s’étaient changés en jarres de pierre. Non pas pour se purifier soi-même, du reste, mais pour servir à purifier. C’est là le rigorisme, l’extériorité des rites. Ce rigorisme endurcissait sans servir à nettoyer personne, pas même soi. C’est l’habituel péché d’orgueil qui consiste à se croire parfait et à considérer les autres comme impurs, la dureté opaque de la pierre opposée à la lumière et à la souplesse de la Sagesse qui illumine et aide à comprendre et à aimer. Des cœurs fermés. Même l’eau dont ces jarres sont remplies ne les adoucit pas. Elle sert à les glacer, rien de plus. Une fois l’eau jetée, elles restent sèches, dures et sans parfum. Voilà l’extériorité des rites qui remplissent sans pénétrer, sans transformer, sans rendre doux ni parfumé. Ces outres, ces cœurs, étaient vides. Elles ne contenaient même pas ce minimum utile qu’est l’eau pour purifier les autres. Elles étaient vides. Elles n’avaient même pas pensé à se remplir du minimum. Elles étaient vides, hargneuses, rêches, inutiles, sombres intérieurement comme un antre, et extérieurement grises de poussière et de vieillesse.

“Remplissez d’eau ces jarres”. Ah, que d’eau vive n’ai-je pas versé dans les cœurs de pierre des juifs pour qu’ils aient au moins ce minimum qui leur permette de servir à quelque chose! Mais ils n’ont pas changé et, dans leur grande majorité, ils ont rejeté l’eau pour rester vides, durs, sombres et hargneux.

“Puisez maintenant.” Dans les cœurs qui accueillirent l’eau, elle se changea en un vin choisi, à tel point que le maître du repas remarqua: “Tout homme sert d’abord le bon vin, et quand les gens sont ivres, le moins bon. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent.” En effet, j’ai gardé le meilleur pour la fin, moi, l’époux du grand festin. A la dernière Cène – le dernier acte du Maître – moi, l’Epoux, j’ai changé non pas l’eau en vin, mais le vin en mon Sang pour une nouvelle transformation destinée à vous aider à être heureux de mon bonheur, qui est saint et éternel. Trois années durant, j’avais rempli les jarres vides de l’Eau venue du ciel. Désormais, l’eau ne suffisait plus. Le temps du combat et de la joie était venu; or le vin est utile au combattant et il ne saurait être absent des festins. je vous ai donc donné l’eucharistie, mon propre Sang, afin que vous buviez ma force pour devenir forts, ainsi que ma joyeuse volonté de servir Dieu, pour que vous deveniez des héros à l’instar de votre Maître, et que ma joie soit en vous.

Ce miracle de la transformation d’une espèce en l’autre139 n’a pas connu de fin. Les jarres du banquet de Cana se sont rapidement vidées, laissant enivrés les invités aux noces. En revanche, mon eucharistie remplit toujours les calices et les ciboires de la terre entière depuis des siècles. Et jusqu’à la fin des siècles les affamés, les épuisés, les assoiffés, les fatigués, les affligés, les mourants et ceux qui commencent à peine à faire preuve de raison, les purs comme les repentants, les malades comme les bien-portants, les prêtres comme les laïcs, les hommes de toute race et condition, qu’ils habitent sur les sommets ou dans les plaines, dans les neiges polaires ou à l’équateur, sur les eaux ou sur terre, viennent boire, manger, se nourrir, se sauver, vivre de mon Sang et de mon Corps, de ce vin offert à la fin du Banquet, au seuil de la Rédemption, pour qu’il soit le Banquet perpétuel de l’Epoux pour ceux qui l’aiment et pour que se poursuive la Rédemption de vos faiblesses et de vos chutes.

Les noces de Cana voient la transformation de l’eau en vin. La Cène de Pâques, la transsubstantiation du pain et du vin en mon Corps et mon Sang. La première marque le début de ma mission de transformation des juifs de l’antiquité en disciples du Christ. La seconde marque le début de la transsubstantiation des hommes en enfants de Dieu par la grâce qui revit en eux. C’est le dernier miracle de l’Homme-Dieu, le premier et perpétuel miracle de l’Amour humanisé. Voilà, mon petit Jean, l’une des applications – et c’est la plus élevée – du miracle des noces de Cana.

Que mon Corps et mon Sang soient toujours, en toi et pour toujours, ces choses précieuses et incorruptibles par lesquelles, comme le dit Simon-Pierre, tu as été rachetée “pour proclamer les louanges de celui qui t’a appelée des ténèbres à son admirable lumière”. Que ma paix soit en toi, ma petite épouse qui aspire ardemment à l’Amour. La paix soit en toi. La paix soit en toi. La paix soit en toi.»


Notes