Les Écrits de Maria Valtorta

154. Le 18 avril 1947

1947-04-18

Pendant que j’attends le Père qui doit m’apporter la communion, je réfléchis sur elle. Je pense à la forme tellement simple que Jésus a prise pour se donner lui-même: un morceau de pain que quelques mots suffisent à transformer en Corps de Jésus Christ. Et je pense à ce que j’éprouverais, si j’étais prêtre, en prenant la place de Jésus pour prononcer ces paroles et changer le pain en Corps divin. Appeler du ciel Dieu, le Dieu incarné, pour le faire descendre ici avec sa chair, son sang, son âme et sa divinité, non pas une fois seulement mais tous les jours… et le toucher, ce doux Jésus Eucharistie qui s’abandonne aux mains du prêtre comme à celles de Joseph et de Marie quand il était nouveau-né. Mon cœur se briserait d’amour! Et mon corps, mes pensées, mon esprit désireraient être plus purs qu’un lys qui éclôt, pour pouvoir toucher dignement le Seigneur. Je pense qu’il daigne se poser sur une langue, dans une bouche, pas toujours propre ni parfumée, descendre dans un estomac parfois encore encombré de nourriture mal digérée. Combien de fois n’ai-je pas vu Jésus poser la main sur des lépreux et sur d’horribles plaies! C’était déjà beaucoup. Mais ici, il ne s’y pose pas un instant seulement: il descend, se mêle à nos puanteurs et à nos régurgitations. Je plonge dans des abîmes d’humilité devant l’humilité de Jésus Dieu, dans des abîmes d’amour reconnaissant devant l’amour généreux de Jésus Eucharistie.

Il me vient ensuite une pensée et une question à mon Seigneur présent: «Si l’homme n’avait pas péché et si lui et tous ses descendants n’avaient pas connu le péché par héritage, l’eucharistie n’aurait-elle jamais existé, pas plus que la communion entre Dieu et l’homme, intime et réelle comme nous l’avons en tant que pécheurs?»

C’est un Jésus étincelant d’amour qui me répond:

«Au contraire! Ce n’est pas la communion particulière du Verbe incarné à ses fidèles que vous auriez eue, mais la communion plénière avec la sainte Trinité. Car si, en descendant en vous sous forme d’Hostie, je vous apporte l’Amour trinitaire et inséparable, c’est de moi tout particulièrement que je vous nourris. J’ai dit: “Voici mon Corps, voici mon Sang”, et l’Eglise dit: “Voici le Corps de Notre Seigneur Jésus Christ. Qu’il te garde pour la vie éternelle.” Mais si vous étiez restés innocents, sans avoir besoin de morceaux de pain, vous auriez été en communion avec Dieu. La substance est destinée à votre humanité devenue prédominante après le péché d’Adam. Auparavant, la spiritualité était reine. Or la spiritualité n’a pas besoin de substances matérielles pour comprendre qu’elle reçoit et possède un objet, dans notre cas: Dieu.

L’homme demeuré innocent, déjà juste par don gratuit de Dieu, aurait évolué vers une perfection toujours croissante, car toute sainteté, hormis la divine, est susceptible de perfection. Elle est bien haute, l’échelle qui conduit de la perfection relative indispensable pour posséder un jour le Royaume des cieux à la perfection qui n’est inférieure qu’à Dieu seul. Il te faut remarquer, mon âme, la grande différence entre la perfection qu’une âme atteint après s’être purifiée au purgatoire, des années ou des siècles durant, de ses imperfections non éliminées pendant son séjour sur terre, et celle qu’une âme atteint en un temps mortel très bref, non par quelque action par le biais d’un moyen créé par Dieu, comme celle du purgatoire – ce laboratoire miséricordieux où les âmes imparfaites deviennent ce que doivent être les habitants de la Cité céleste, où rien d’impur ni de laid ne peut entrer –, mais par une volonté personnelle héroïque.

Les hommes innocents eux-mêmes auraient pu tenter d’atteindre une perfection très élevée par leur propre volonté. L’es­pèce humaine aurait évolué vers une spiritualité croissante. L’homme aurait pu en arriver à la possession de Dieu à partir de la béatitude de pouvoir connaître et aimer Dieu, et en ayant avec lui les relations familières d’un Père envers ses chers enfants, comme en témoignent ces passages: “Et Dieu dit à l’homme et à la femme…” (Gn 1, 28-30) et: “Le Seigneur modela encore du sol toutes les bêtes sauvages… et il les amena à l’homme” (Gn 2, 19), et encore: “Puis, de la côte qu’il avait tirée de l’homme, Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme”, ou encore au chapitre 3 la voix du Seigneur “qui se promenait dans le jardin à la brise du jour”, appelle Adam et engage avec lui et la femme le dernier dialogue qui s’achève par la condamnation. Car Dieu donne toujours cent pour un à la créature qui l’aime. Dans ce cas précis, il se serait donné lui-même en possession, lui l’Esprit d’Amour qui se mêle à l’amour spirituel de la créature devenue parfaite. ç’aurait été la communion des innocents, dont l’âme se serait affinée au point d’entendre Dieu et de croire qu’elle reçoit Dieu, non par l’intermédiaire de la foi et d’une substance, mais par l’exacte perception de la venue de Dieu avec tous ses dons, pour étreindre une nouvelle fois son fils aimant.

Ç’aurait été un aller et retour de l’Amour à l’homme, comme une vague divine de l’océan de Dieu sur la plage qui l’invoque et se tend vers lui pour en être baignée et recouverte en un baiser continuel, une nouvelle virginisation toujours plus élevée de l’âme déjà vierge; celle-ci serait devenue toujours plus vierge, d’une blancheur qui n’est plus couleur mais feu, la même blancheur incandescente et virginale que Marie Immaculée, ce Miroir de Dieu qui resplendit en elle et se réfléchit parfaitement à l’extérieur.

Voilà quelle aurait été votre communion si vous étiez demeurés purs comme l’Eternel vous avait créés. Dieu en vous, un et trine. Vous en lui. L’Esprit Roi dans votre esprit roi. La différence actuellement si sensible entre le lieu de votre existence et celui de l’éternité se serait réduite à un très fin diaphragme; il aurait suffi d’un battement de cœur un peu plus ardent pour le faire tomber, de sorte que la créature, du paradis terrestre où elle aurait communiqué avec Dieu dans un amour spirituel, se serait trouvée au paradis céleste sans effort ni souffrance, et elle y aurait demeuré en Dieu, avec le double pouvoir d’en jouir et d’aimer.

Toi qui sais ce qu’est l’Amour qui vient se communiquer avec ses feux trinitaires, tu peux te faire une vague idée de l’extase perpétuelle, de la plénitude de vie, de la sécurité, de la sagesse, de la paix que l’homme innocent aurait eues pour compagnes permanentes par cette perpétuelle communion de Dieu à l’homme. “Voici mon Corps et mon Sang” aurait été remplacé par “me voici, mon enfant! Accueille-nous et prends en toi le Père, le Fils et l’Esprit saint pour devenir parfait en union avec nous”.

Ah, l’union avec nous! Votre union avec nous! C’est le désir ardent qui a inspiré ma prière ardente du soir de Pâques! Ma gloire pour vous afin que vous ne fassiez qu’un avec nous!

Maria, tu connais bien l’Amour, mais rien encore de l’immensité de l’Amour. Aucun être mortel ne le peut. Mais tu verras où je suis et tu la connaîtras. Tu verras quels degrés d’intensité dans ses dons Dieu voulait atteindre pour récompenser ses fidèles. Ce sont là des mystères que le ciel te révèlera.

Sois en paix.»