Après m’être reposée pendant trois jours, j’ouvre la Bible.13 Je l’ouvre au hasard, juste pour lire quelque chose qui soit encore une parole venant de Dieu. Elle s’ouvre à la p. 769, et mes yeux tombent sur les versets 25-31 du psaume 17, livre 1er.14 Le Seigneur parle alors:
«N’est-ce pas ce que tu peux dire de toi?
A une époque, tu ne méritais pas ma récompense: je t’aimais avec toute ma perfection, mais toi, tu ne m’aimais pas avec ta perfection: si tu avais le souci de moi dans ton cœur, il y avait des affections plus fortes que celle que tu m’offrais. Tu te souviens de ce temps-là. Moi aussi, je m’en souviens. Tu étais sortie de ton institut d’éducation toute parfumée de Dieu, comme une vierge du Temple par les parfums de l’encens rituel. Et je t’avais déjà choisie.
Quand t’ai-je choisie? Tu veux le savoir? En réalité, ce fut lorsque ton âme fut créée, car aucune destinée humaine n’est inconnue de la Pensée éternelle. Mais la petite Maria, gardée en vie par ma volonté malgré les circonstances malheureuses dans lesquelles tu es née et qui t’ont accompagnée pendant les mois où tu étais un nourrisson angélique, fut mienne lorsqu’elle versa ses premières larmes devant le Dieu déposé de la croix. Il t’a demandée à moi. Et je t’ai donnée avec un sourire de satisfaction. Pour toi, il a répété au ciel, – comme il l’a dit au Père et au Paraclet – son: “Laissez les petits enfants venir à moi.”
Seules les lèvres des petits enfants soulagent la douleur de ses blessures. Celles des enfants par l’âge, comme des enfants par la volonté. Les lèvres de ceux qui, par amour et par obéissance envers le Maître “deviennent semblables à de petits enfants pour posséder le Royaume des Cieux”. Les Délices de Dieu, Marie Vierge et mère, est l’enfant parfaite qui jubile dans le Royaume des cieux. Les âmes des adultes qui sont “enfants” sont aussi rares que des perles d’une rondeur parfaite et d’une taille admirable. Mais les enfants par l’âge possèdent tous cette âme, comme si elle n’était pas encore profanée, qui fait les délices de Dieu et la consolation du Christ. C’est depuis cet instant que le Fils t’a voulue. Chaque larme innocente te valait un baiser, chaque baiser une grâce, chaque grâce des fiançailles avec l’Amour divin.
Il n’est pas mauvais de regarder en arrière pour pouvoir entonner le Magnificat et le Miserere. Ton Magnificat, tu as pu l’entonner jusqu’à la sortie de ton institut d’éducation. Tu appartenais totalement à Dieu, il y avait un seul autel en toi, et un seul amour. Le lys de la coupe à peine entrouverte ne contenait rien d’autre que de la rosée céleste et des rayons divins. Puis le monde est venu, et avec lui bien d’autres autels et bien d’autres amours: les usurpateurs de “ma” place. Ils durèrent aussi longtemps que je l’ai voulu. J’aurais aussi bien pu ne pas les vouloir. Certains diront: “C’était une expérience périlleuse.” Non, c’était nécessaire. Les apôtres furent humiliés par leur défection du Christ pendant laquelle chaque branche de l’humanité corrompue prit le dessus en eux, et ils furent de nouveau saisis, ébranlés et excités par tout ce qui trouble l’homme. Ils comprirent alors que, s’ils étaient devenus différents, ce n’était pas par leur seul mérite personnel, mais parce qu’ils étaient avec Jésus. A ce moment, l’orgueil, ce corrupteur de l’homme, fut écrasé en eux. Agir ainsi avec tous les élus à une destinée spéciale est nécessaire afin qu’ils ne perdent pas leur élection en déméritant de mon amour. Un à un, tous les usurpateurs de ma place en toi ont disparu. Et ton Dieu seul est redevenu ton Roi à qui tu chantais le miserere de ton sage repentir.
Maintenant, ma fille, penche-toi sur le passé et sur le présent. Vois cette époque de tes nombreux amours de l’homme, de la science, de toi-même, et vois le temps actuel, à partir du moment où, de nouveau, il n’y a plus qu’un seul amour: pour moi. Et réponds-moi, réponds-moi de toute ton âme, en n’écoutant qu’elle, la seule dont la voix soit vraie et précieuse: est-ce que tu ne possèdes pas tout, désormais? N’as-tu pas tout depuis que tu m’appartiens? Beaucoup diront sottement: “Mais elle n’a rien! Ni santé, ni joie, ni bien-être!” Mais ton âme, qui voit de ses yeux d’âme, dit: “J’ai tout, maintenant, même ce qui est un saint superflu.” Si tant est que l’on peut traiter de superflu ce qui sort du strict nécessaire pour s’élever vers Dieu.
Tu as la mission spéciale d’être un porte-parole. Mais, au-delà de ce don qui n’est pas nécessaire pour être bien-aimé, tu as l’assentiment de Dieu sur tes désirs. Pourquoi? parce que, comme dit le psaume: “Le Seigneur m’a récompensé selon ma justice, selon la pureté de mes mains à tes yeux.”
Je suis infiniment, divinement généreux à l’égard des justes et des purs de cœur. Bon avec les faibles, je suis parfaitement bon avec ceux qui savent être forts par amour pour moi. Et comme je suis l’Amour, je dois me faire force pour ne pas être faible envers ceux qui fautent également. J’accorde à mes enfants la multitude de mes dons. Je les sauve et les éclaire, je les libère, je les fortifie toujours plus, et je les tiens par la main pour les conduire sur mon chemin immaculé en les instruisant par ma Parole trempée dans le feu de mon amour divin.
C’est ainsi qu’il en va avec toi, mon âme qui a mis en moi ton amour et toute ta confiance. N’aie pas peur, fleur de Dieu. Il n’est pas une seule fleur, des plus microscopiques des pays glacés jusqu’aux géantes des régions torrides, que je laisse sans rosée, lumière et chaleur nécessaires à leurs délicates vies. Or ce sont des plantes! Par conséquent, quels soins les fleurs des âmes ne recevront-elles pas de leur Créateur? N’aie pas peur, fleur de Dieu, perlée du sang et des larmes du Fils et de la Vierge. Parée de ces joyaux et de ta fidélité, tu m’es très chère. Chante, pour toujours, ton Magnificat!
Le Père, le Fils, le Paraclet sont avec toi.»
Oh! Seigneur, Seigneur! Tu le dis, et c’est certainement vrai. Tout aura été nécessaire. Mais quel événement fut pour moi ton abandon de l’an dernier!15 Tu le vois. Tu n’ignore pas les sensations des cœurs. Il est des blessures qui, même après la cicatrisation, sont douloureuses dès qu’on les effleure. Quelquefois, elles font mal par simple sympathie nerveuse quand on fait seulement mine de les toucher ou que l’on touche le membre opposé. Les nerfs coupés font souffrir même une fois la blessure refermée. Et même maintenant que tu m’as reprise sur ton cœur, ton abandon demeure une blessure qui me fait toujours souffrir, parce qu’il a coupé le nerf qui m’unissait à toi. Je ne te demande pas: «Pourquoi l’as-tu fait?» Je te dis seulement: «Tu sais ce que ton abandon a représenté pour moi!»
Aujourd’hui, c’est en tremblant que j’ai écrit: le 10 avril. Voici un an, en effet, tu abandonnais ta misérable fleur sans rosée, lumière ni chaleur. Peut s’en faut que j’en meure. Car je t’ai tout donné, et si je possédais autre chose, je te l’aurais donné. Mais ne me fais plus jamais passer par une épreuve semblable. Tu vois que ma misère ne peut la supporter.
Je chante, oui. Je chante mon Magnificat! je dis aussi: «Je n’ai vraiment pas mérité que tu accomplisses en moi “de grandes choses”.» Mais mon chant se mêle de larmes car, comme un enfant qui a connu un temps d’abandon n’a plus ce visage serein des enfants heureux, je garde toujours à l’esprit ton abandon de l’an dernier. Jésus a raison! Marie a raison! Ce qu’on ne peut supporter dans “notre passion”, c’est ton abandon, Père…
Pendant que j’écris ceci, la petite lumière qui brûle continuellement devant Jésus se rallume. C’est la petite étoile qui resplendit en même temps que mon cœur devant mon Jésus crucifié. Voici un an qu’elle s’était éteinte… Ma cellule, mon tabernacle, mon paradis n’avait plus de lumière, et cela me peinait tant…
J’ai tout obtenu par ton amour. Mais beaucoup aussi par ta sévérité. Ténèbres, solitude, ce que ton Fils a appelé “enfer”… Je suis restée comme un oiseau qui, par pure chance, a échappé à ses bourreaux. J’ai peur… J’aperçois de tout côté filets, cages et tortures… Seigneur, prends pitié…