Les Écrits de Maria Valtorta

241. Le 4 octobre 1949

1949-10-04

Après si longtemps, je vois ma mère. Elle est dans les flammes du purgatoire. Je ne l’avais encore jamais vue dans les flammes. Je crie. Je n’arrive pas à réprimer le cri, que je justifie ensuite à Marta par une excuse, pour ne pas l’impressionner.

Ma mère n’est plus aussi sombre, grisâtre, elle n’a plus la même expression dure, hostile au Tout et à tous, que quand je la voyais au cours des trois premières années après sa mort: malgré mes supplications, elle ne voulait pas se tourner vers Dieu… Elle n’est plus morne et triste, presque effrayée, comme je l’ai vue les années suivantes. Elle est belle, rajeunie, sereine. On dirait une épouse dans sa robe qui n’est plus grise, mais blanche, très blanche. A partir de l’aine, elle sort des flammes.

Je m’adresse à elle. Je lui dis:

«Tu es encore là, Maman? J’ai pourtant beaucoup prié et fait prier pour abréger ta peine. Ce matin, pour le sixième anniversaire de ta mort, j’ai communié pour toi. Et tu es encore là!»

Pleine de joie et d’allégresse, elle me répond:

«Je suis encore ici, mais plus pour longtemps. Je sais que tu as prié et fait prier. Ce matin, j’ai fait un grand pas vers la paix. Je vous remercie, toi et la sœur qui a prié pour moi. Je vous récompenserai plus tard… Bientôt. J’ai bientôt fini de me purifier. J’ai déjà purifié les péchés de l’intelligence… ma tête orgueil­leuse… puis ceux du cœur… mes égoïsmes… C’étaient les plus graves. J’expie en ce moment ceux de la partie inférieure de l’être. Mais c’est une bagatelle en comparaison des premiers.

– Mais quand je te voyais si sombre et hostile… quand tu ne voulais pas te tourner vers le ciel…

– Ah, j’étais encore orgueilleuse… M’humilier? Je m’y refusais. Puis l’orgueil a disparu.

– Et lorsque tu étais si triste?

– J’étais encore attachée aux affections terrestres. Et tu sais que ce n’était pas un bon attachement… Mais je le comprenais déjà. C’est ce qui me rendait triste. Car je comprenais, maintenant qu’il n’y avait plus aucune faute d’orgueil, que j’avais mal aimé Dieu, en voulant le traiter comme mon serviteur, et vous tout aussi mal.

– N’y pense plus, Maman. Désormais, c’est du passé.

– Oui, c’est du passé. Et si je suis aujourd’hui comme cela, je t’en remercie. C’est grâce à toi que je le suis. Ton sacrifice… il m’a obtenu le purgatoire et dans peu de temps la paix.

– En 1950?

– Avant! Avant! Bientôt!

– Alors il ne sera plus nécessaire de prier pour toi.

– Prie de la même manière que si j’étais ici. Il y a tellement d’âmes oubliées, de toutes sortes, et beaucoup de mères. Il faut aimer tout le monde, penser à tout le monde. Je le sais maintenant. Toi, tu sais penser à tout le monde, aimer tout le monde. Je le sais aussi désormais et je comprends que c’est juste. Maintenant je ne bâtis plus (c’est le mot exact qu’elle a employé) de procès à Dieu. Maintenant je dis que c’est juste…

– Alors à toi de prier pour moi!

– Ah, j’y ai pensé avant toi! Vois comme j’ai gardé la maison en ta possession. Tu le sais, hein? Mais dorénavant je prierai pour ton âme et pour que tu sois heureuse, ou bien que tu viennes me rejoindre.

– Et Papa? Où est Papa?

– Au purgatoire.

– Encore? Il était pourtant bon. Il est mort chrétiennement, avec résignation.

– plus que moi. Mais il est ici. Dieu juge autrement que nous. D’une façon qui lui est propre…

– Comment se fait-il que Papa se trouve encore là?

– Ah…! (Je suis déçue, je l’espérais au ciel depuis un bon moment).

– Et la mère de Marta? tu sais, Marta…

– Oui, oui. je sais aujourd’hui qui est Marta. Avant… mon caractère… La mère de Marta est sortie d’ici depuis bien longtemps.

– Et la mère de mon amie Eroma Antonini? tu sais…

– Oui, je sais. Nous savons tout, ici au purgatoire. Moins bien que les saints, mais nous savons. Elle sortait d’ici quand j’y suis descendue.»

Je vois les langues de flamme danser, ce qui me peine. Je lui demande:

«Souffres-tu beaucoup de ce feu?

– Plus actuellement. Il y en a aujourd’hui un autre plus fort, qui me fait presque oublier celui-ci. Et puis… cet autre feu donne envie de souffrir. La souffrance ne fait alors plus mal. Moi, je ne voulais jamais souffrir… tu le sais…

– Tu es belle maintenant, Maman. Tu es comme je voulais que tu sois.

– C’est à toi que je le dois. Ah, l’on comprend tant de choses quand on est ici! Au fur et à mesure qu’on se purifie de l’orgueil et de l’égoïsme, on comprend toujours mieux. Et j’en avais tant…

– N’y pense plus.

– je dois y penser… Adieu, maria…

– Adieu, Maman. Viens bientôt me prendre…

– Lorsque Dieu le voudra…»

J’ai voulu noter ceci. Il s’y trouve des enseignements. Dieu punit d’abord les fautes de l’intelligence, puis celles du cœur et en dernier lieu les faiblesses de la chair. Il faut prier pour les âmes du purgatoire abandonnées comme s’il s’agissait de notre propre famille; le jugement de Dieu est bien différent du nôtre; les âmes du purgatoire comprennent ce qu’elles n’avaient pas compris pendant leur vie parce qu’elles étaient pleines d’elles-mêmes.

A part ma tristesse pour papa… je suis contente de l’avoir vue si sereine, joyeuse même, ma pauvre maman!