Les Écrits de Maria Valtorta

38. Le 21 juillet 1945

1945-07-21

Il est onze heures, et mon cœur ressent une nouvelle douleur. Je reconnais que, même si j’éprouve cette nouvelle douleur depuis plusieurs jours, j’ai pleuré aujourd’hui. Les larmes ont coulé alors que je mangeais sans faire d’histoires, parce que je n’aime pas faire des histoires qui n’intéressent personne.

C’est à propos de mon oncle.31 Il m’écrit, par l’intermédiaire d’un de ses amis, sa dernière salutation… voilà que ce parent est mort, lui aussi. Il m’était toujours resté dans le cœur, si malade, ayant besoin de tout et en premier lieu d’affection, de quelqu’un qui lui caresse ses grandes blessures pour leur retirer cette amertume que des malheurs vraiment trop douloureux lui avaient mise dans le cœur. Or j’y parvenais si bien! J’ai souffert pour lui aussi au cours de ces mois d’impossibilité à communiquer avec ceux du Nord. Et sa lettre de juin m’avait bien fait plaisir. J’avais aussitôt pensé à lui faire quelque petit cadeau… et puis j’ai senti que ce serait le dernier… Il l’a reçu… et cela aura été la dernière fleur affectueuse sur son lit de mort.

Les larmes me coulent des yeux… Seigneur! Je n’en dis pas plus. Tu sais. C’est avec ce nœud de douleur muette au cœur que je me couche, pour donner quelque repos à mon corps qui ne veut pas mourir alors que j’en ai tellement envie, et je pense à sœur M. Gabriella32. je sens qu’elle a besoin d’un petit sucre… Elle n’est pas convaincue qu’il y a davantage de fiel que de miel dans le calice de Jésus.

Comme je sens que l’arrivée de deux de ses sœurs est proche, pour me demander une parole en son nom, je dis à Jésus: «Il n’y a rien pour elle? Afin qu’elle ne me demande pas à chaque instant s’il n’y a rien.» Réponse sèche comme un coup de fusil: «Non!» Je suis anéantie par ce “non” sec qui exclut toute réplique… je me tourne de l’autre côté, et je pleure pour mon oncle tandis que marta sommeille. A 16 h, voici les sœurs: «Il n’y a rien à dire à la Supérieure?» Comprendre: à donner…

J’aurais voulu la remercier pour Cancogni. Mais je suis accablée par trop de choses, et je dis moi aussi: «Non.» Je pense qu’elle se sentira bien mal. Mais qu’y puis-je? Je lui écrirai une petite lettre de courtoisie dès que je le pourrai. Mais le “non” de Jésus était si tranchant que, à mon avis, sœur G. n’aura rien pendant longtemps. J’en suis désolée, car j’ai pitié des âmes qui ne savent pas se conduire toutes seules… sans douceurs… en se les gardant toutes pour l’éternité. Est-ce une pensée d’orgueil? Je m’examine, et il me semble que non. C’est la pure vérité.

Pourquoi, mon Père, le voile qui recouvre les âmes et les choses me devient-il de plus en plus léger? Je ne le voudrais pas… En quelques mois, c’est la quatrième fois que je dis: «Je sens qu’untel ou une telle est mort», et cela se vérifie. Mon docteur33, ma­dame Soldarelli, Annalina, mon oncle… Je pense à eux et je les sens vivants puis, un beau jour, je dis: «Inutile d’attendre plus longtemps ou de lui écrire. Il est mort.» Et effectivement, ils le sont. Voyez: pour sœur Giovannina, je sentais qu’elle n’était pas partie de Rome, qu’elle n’était pas morte, ni paralysée, hébétée ou autre chose, je savais quel vrai nom donner à ce silence. Mais les autres, alors que je pouvais, que je devais les croire vivants, j’ai senti qu’ils étaient morts. Ce n’est vraiment pas agréable…

… Jésus me reprend pour l’Evangile.


Notes