Je reçois une lettre grossière de mon cousin37: comme il ne peut se justifier et qu’il se sent piqué au vif par la vérité que je lui ai exposée, il m’agresse. J’en souffre, moins à cause de l’offense que parce que, une fois de plus, je retrouve en lui le vieux
Giuseppe tel que je le connais depuis vingt-cinq ans. Ni Satan ni Dieu ne l’ont fait changer. Ce jugement, s’il pouvait le lire, le mettrait en fureur: il est en effet convaincu qu’il est la perfection même… Or il ignore, le malheureux, que mon jugement a été le dernier à tomber! Même après les mots sévères du Seigneur sur eux38 pour stigmatiser leur manière d’agir, je leur ai gardé une affection douloureuse, mais toujours une véritable affection. Les branches de cet arbre affectif sont tombées une à une sous les coups de hache méthodiques de leur comportement sournois et bizarre, égoïste et méchant à mon égard, et cet arbre est aujourd’hui mort, à l’instar de l’arbre désseché dont parlait Jésus.
Est-ce que j’ai souffert? Oui. J’ai aussi pleuré. J’ai toutefois décidé de ne pas répondre de la même manière. Ne dites pas que c’est par vertu que j’agis ainsi. C’est tout simplement que j’ai atteint ce niveau de nausée et de fatigue qui empêche toute stimulation de l’appétit ou de mouvement. Dans mon état particulier, est-ce un dérangement? Tout à fait. Pour ma pauvre santé physique déjà torturée, et plus encore pour la partie supérieure [de mon être], qui n’est pas bouleversée – ce serait exagéré – mais qui se trouble sous le choc de la méchanceté. Mais, je vous l’ai dit et je vous le répète: si cette affection meurt elle aussi, tant mieux.
Désormais, je ne vis que pour l’amour surnaturel et c’est seulement pour leur âme que j’aime ma parenté, mes amis, ou simplement mon prochain, qui viennent battre contre mon lit comme une vague, et mon seul désir est de venir en aide à ces âmes. Tout le reste, visages, actes, habillage, bien-être, misères matérielles, est effacé à mes yeux. Je vois, j’entends les âmes. Seulement les âmes. D’ailleurs, cela aussi est une souffrance. C’est pourquoi je vous disais ce matin: «J’ai dit à Jésus que, si je suis un obstacle pour que les âmes boivent à ta fontaine, lève cet obstacle en m’ôtant la vie.» Mais oui! Ce serait si beau de s’en aller et de laisser ouvertes les citernes que Jésus a données à tous et qui stagnent là, sans que les assoiffés n’en boivent.
Comme je ressens la soif des âmes! Car il y en a tellement qui sont mortes, mais aussi tellement, tellement, tellement qui ont soif… Jésus me le fait comprendre. D’ailleurs, il ne s’agit pas seulement des âmes qui connaissent le porte-parole et l’œuvre dictée. Mais aussi des âmes enfermées en des êtres qui en ignorent tout et qui, chargées de leurs souffrances, vont néanmoins à la recherche de la parole qui serait leur Simon de Cyrène…