Pour Emma Federici, de Jérémie 31, 21-22.
Le Seigneur dit:
«Il est pénible de devoir dire des paroles sévères quand on ne voudrait que de l’amour. Mais je l’ai dit: “Ne pas permettre que certaines déviations de la justice aient lieu, c’est faire preuve d’amour.”
Ecoute-moi donc. Lorsque l’humanité fait de vous des naufragés – l’humanité extérieure, c’est-à-dire celle de son prochain, et l’intérieure, c’est-à-dire la sienne propre – pour revenir à la surface, au rivage, au salut, il n’y a pas d’alternative: il faut sortir de la mer insidieuse, en furie, soumise à des vents contraires. Comment? En s’isolant. L’isolement permet de comprendre Dieu et de discerner le bien du mal; grâce à l’isolement, l’on arrive à distinguer ce qui est bon de ce qui ne l’est pas; en somme, cela signifie travailler, et travailler sur soi-même. La dissipation n’est jamais bonne, c’est toujours un désordre. Et le désordre n’a jamais la faveur de Dieu.
Comment t’isoler? Comme le fait le marin lors des grandes tempêtes, [en te réfugiant] dans une baie tranquille. Cela sort-il de la route que tu t’étais fixée? Qu’importe! Il n’est d’ailleurs pas dit que la route que tu t’étais proposée était bonne. C’est toi qui l’assures. Et tu l’as suivie, non pas en regardant la boussole mais selon ton inclination, de sorte que tu es mal sortie du port dès le premier instant; c’est donc en vain que tu as été remise sur la bonne route par plus d’un pilote. Et parce que tu veux suivre l’aiguille de ta propre boussole, tu en dévies toujours plus. Retire-toi du monde et de ses voix pour écouter Dieu.
Quelle valeur as-tu accordée aux conseils de ceux qui parlaient en mon nom? ne sais-tu pas que Dieu est sur les lèvres de ses serviteurs? Et quelle valeur as-tu accordée à ce qui t’a été donné en mon nom? Un, deux, trois, mille conseillers: Babel. Une, deux, trois désobéissances: la Rébellion. Inutile d’appeler à l’aide si, ensuite, tu n’écoutes pas la voix! Reviens donc aux premiers conseils que tu as reçus, réfléchis, et répare si tu le peux. Mais tu ne le peux plus, car il est tard et tu te détruis. Tu erres à la recherche de réconforts. Mais si ce ne sont pas ceux que tu désires, tu les laisses de côté. Et alors? Pourquoi me désobéis-tu? Qu’est-ce que le Père Migliorini t’avait conseillé au tout début? Tu ne t’en souviens même plus, et tu vous mets inutilement dans l’embarras, lui comme toi. Quel est le sens de mes paroles? es-tu incapable de les lire? Tant que tu ne lis pas les signes et que tu recommences à te tromper même quand je remédie providentiellement à ton stupide envoi de lettres comme si chercher des vocations revenait à chercher des vivres, tu vas de l’avant. Mais mes paroles! Mes paroles!
Isole-toi! Mets fin à tes relations! Ne te fais pas d’illusion. Fais le silence sur toi, autour de toi, en toi. Laisse le vent tomber. Puis, une fois humble et soumise, obéissante, patiente, recommence tout, en prenant d’autres voies. Veux-tu être victime? brise-toi toi-même. L’obéissance dure même après le dégagement des vœux. L’obéissance à moi. Si mon œuvre devait faire naufrage pour toujours, mon Cœur en souffrirait, ainsi que le tien et celui d’autres personnes, mais ton âme en tirera profit si tu sais tirer de cette torture une sanctification. Plie ton âme, plie-la. Cela te donnera des ailes plus fortes. Tu as la liberté pour savoir bien l’utiliser. Sache faire preuve de patience pour être en mesure de conclure, et d’héroïsme pour savoir t’humilier. S’il le faut, tu te purifieras dans un autre ordre religieux, ou même – cette vie ne plaît pas moins à Dieu – dans le secret d’une maison, dans le monde.
Que la Lumière soit avec toi, âme obscurcie par la confusion.»