Les Écrits de Maria Valtorta

41. Le 4 août 1948

1948-08-04

Jésus dit :

« Certains messieurs prétendent que moi, qui suis la Vérité, moi qui me connais et sais tout sur ma Mère, j’aurais donné d’elle et de moi une version dénaturée, calquée sur la pauvre trace à peine visible de la réalité que nous étions, mais conforme à celle, irréelle, délavée, loin de la vérité, qu’en vingt siècles les hommes se sont créée et qui est parvenue à effacer le vrai Jésus-Christ et la vraie Marie de Nazareth ; cela aurait provoqué l’apparition de toutes les hérésies et ouvert la voie à tous les détachements des chrétiens du Corps mystique — je dis bien toutes les hérésies et toutes les mutilations de ce Corps mystique et à l’intérieur de lui. Je leur demande de préciser d’une manière qui soit acceptable, non par toi, pauvre néant que tu es, mais par moi, le Maître des maîtres, les raisons sur lesquelles ils fondent leur dédain scandalisé devant la demande que j’ai faite à ma Mère de m’aider par sa prière ; devant l’intensité de notre amour mutuel ; devant ses souffrances déchirantes ; et devant bien d’autres choses, telles que mes contacts avec les païens, mes manifestations irritées de puissance, et ainsi de suite.

Allez-y ! Je répondrai. Voici un avant-goût de ces réponses :

Je commence par réprimander ceux qui ont constamment foulé au pied mes directives, ma volonté.[1] Ignorent-ils que moi seul, je sais ce qui est bien, et que personne n’est aussi pressé que moi que cette Œuvre parvienne à ceux à qui je la destine : les petits du troupeau, puisque les “grands” ont, dans le menu de leur orgueil quotidien, de quoi remplir leur ventre ?

J’ai donné à la fin de l’Œuvre sa raison d’être, et j’ai d’a­vance répondu aux objections actuelles. Cette raison d’être, et pas autre chose, devait être mise en lumière. Pas les détails de tel ou tel passage, une tesselle de la merveilleuse mosaïque qui représente ma vie et celle de ma Mère, tesselle qui, prise ainsi au hasard, n’est qu’un petit morceau de couleur et de valeur relatives, parfois incompréhensible ou considéré comme tel, alors qu’il est nécessaire et beau dans le tableau général. Mais l’on a voulu juger par soi-même ce qu’il convient de faire et censurer les lignes données par le Maître.

Je demande maintenant à ceux qui considèrent que la demande de Jésus à sa Mère de l’aider par ses prières n’est pas loin d’être hérétique : “Comment expliquez-vous donc que je me sois retiré en prière aux moments les plus graves de ma vie (au désert, à Gethsémani) ? Comment se fait-il que j’aie demandé à trois hommes (Jean, Pierre et Jacques) de veiller et de prier en union spirituelle avec moi ? Et pourquoi ai-je toujours eu recours à la prière avant d’accomplir mes principaux miracles, ou encore lors des combats les plus rudes contre mes ennemis (à l’occasion de la résurrection de Lazare, ou encore avant et après la conjuration visant à me tenter d’accepter le trône) ? Pour quelle raison ai-je prié que cette coupe s’éloigne de moi, et pourquoi ai-je hurlé sur la croix mon ‘Eloï, Eloï, lamma shebactani’” ?

Dans la bouche de tout autre que moi, cette phrase aurait eu le ton du désespoir, et en aurait été un aveu. Dans la mienne, elle fut “une infinie désolation”, bouleversante au point que ma torture a provoqué la rupture des vaisseaux de mon cœur déchiré par l’abandon de mon Père.

Pourquoi ai-je pleuré ? Pourquoi ai-je crié ? Pourquoi donc ?

Parce que j’étais “l’Homme”. Dieu ne pouvait être abandonné par Dieu, l’éternelle union qui fait du Père et du Fils une seule entité ne pouvait être effacée. Mais j’étais “l’Homme”. Et l’homme devait être saint par sa volonté propre, et subir le supplice rédempteur — certes pas limité aux dix-sept heures qui se sont écoulées du jeudi soir à la neuvième heure du vendredi ! —, subir ce supplice en tant qu’homme pour racheter l’Homme : l’humanité entière.

La prière de ma Mère était puissante, parce que Dieu l’aime de toute éternité et pour l’éternité. Je l’ai demandée d’avance, pour soutenir ma souffrance humaine.

Ne pouvez-vous pas comprendre cela, vous les docteurs chicaneurs, dignes descendants des familles d’Hanne et de Caïphe, de Sadoq, d’Eléazar, de Chanania et de leurs consorts ? Vous me repoussez, vous me méconnaissez comme eux, alors que je me présente à vous en vous adressant mon cri douloureux et plein d’amour : “J’ai pitié de ces foules.”

Pouvez-vous m’expliquer pour quelle raison il devait être interdit à ma Mère de réciter la prière que j’ai moi-même enseignée aux pécheurs et aux mourants, et qui a sa place sur toutes les lèvres, dans tous les cœurs des pécheurs ? Car si elle convient pour eux, c’est un vrai cri qui pénètre les Cieux et obtient miséricorde pour les pécheurs si elle est prononcée par un innocent ! Or, de tous les enfants des hommes, lequel est plus innocent que Marie, ma Mère ?

Qui étions-nous, ma Mère et moi ? Le nouvel Adam, la nouvelle Eve, qui engendrent le nouveau peuple des enfants de Dieu. En tant qu’autels d’offrandes dignes d’être acceptées, en tant que prêtres de prière parfaite, c’est à juste titre que nous avons pu et que nous pouvons encore prier pour toute l’humanité, pour tout le peuple de ceux qui sont nos frères de par leur nature commune à Adam, et demander la rémission de “nos” péchés d’hommes — étant entendu qu’ils ne sont pas les nôtres comme si c’étaient des péchés individuels, mais parce que nous sommes membres de la société des nations.

Vous étiez, vous aussi, compris dans cette prière. C’est même davantage pour vous que pour d’autres que nous priions, en vous regardant tels que vous êtes aujourd’hui. Nous priions pour qu’il vous soit pardonné de ne pas me reconnaître et de me repousser, en manquant à l’amour pour moi, votre Dieu. Nous priions pour que vous soient pardonnés votre manque de charité et votre injustice à l’égard de mon instrument, qui est votre prochain, et qui ne vous a jamais causé de tort. Vous ne respectez aucun des deux commandements d’amour.

Dites-moi donc, vous les messieurs qui cherchez, comme les anciens, de bons prétextes pour nuire et faire souffrir, comment vous jugez le Magnificat, par exemple, vous qui appelez hérésie le fait que ma Mère et moi nous nous aimions et nous nous demandions le soutien de la prière mutuelle ? Si mon porte-parole avait écrit, sous ma dictée, “désormais toutes les nations me diront bienheureuse, car le Tout-Puissant fit pour moi des merveilles”, vous auriez hurlé : “Cette folle donne à Marie, la très-humble, l’air d’être bouffie d’orgueil.” Oui, c’est ce que vous feriez.

[Lc 1, 46-55] Mais vous ne pouvez pas le dire, parce que c’est l’évangéliste qui le rapporte et il vous faut vous incliner. Mais vous ne céderiez pas si c’est le petit Jean qui l’avait écrit, après l’avoir entendu des lèvres de Marie. Prétendez-vous que c’est différent ? Non, c’est la même chose, car ces paroles que vous censurez dans l’Œuvre sortent de ces mêmes bouches que vous admirez quand elles parlent dans les quatre évangiles : la mienne et celle de ma Mère.

Dites-moi : comment devions-nous nous aimer, pour ne pas vous incommoder ? Qui a donné comme commandement l’amour réciproque entre parents et enfants ? Qui, si ce n’est Dieu ? Et nous, seulement parce que c’était nous, nous n’aurions pas dû nous aimer ? Cet amour intense nous aurait-il fait sortir de la perfection de la vie ? Ma Mère m’a-t-elle retenu d’accomplir ma dure tâche à cause de son parfait amour pour moi ? Et moi, l’ai-je donc épargnée en fuyant la souffrance, la fatigue et la mort par quelque amour désordonné pour elle ?

Dites-moi encore : la douleur de Marie pendant les jours de ma passion et de ma mort vous semble-t-elle “impossible” ? Dans ce cas, Syméon était-il un sot lorsqu’il a prophétisé qu’une épée lui transpercerait l’âme ? [Lc 2,34-35] C’est dans l’évangile de Luc, or vous lui accordez les louanges les plus poétiques.

Expliquez-moi encore votre hérésie, pour que je puisse l’accepter. Car si Marie dit être, dans le Magnificat, “l’humble servante de Dieu”, n’aurait-elle pas pu prier pour moi ? Elle a toujours prié, pour l’humanité comme pour le Messie, depuis qu’elle a su balbutier ses premiers mots, et même encore avant, son âme pleine de grâce, et donc remplie par l’Amour, priait déjà pour l’humanité et pour le Messie.

Si j’ai enseigné ma prière aux apôtres, et même à Judas — je la lui ai fait répéter à maintes reprises —, n’aurais-je pas dû la faire dire à la Reine des apôtres, à la Mère de toute l’humanité ? Ne devait-elle pas prier sous prétexte qu’elle était pleine de grâce ? Alors pourquoi ai-je moi-même prié, moi qui suis la Grâce même ?

Et ma colère contre Judas, ce voleur avant d’être traître, ne vous scandalise donc pas ? Il est pourtant écrit dans les évangiles que, moi qui suis le Doux, mais aussi le Juste, je savais être fort. Ne connaissez-vous pas ma double colère contre les marchands et les usuriers du Temple ? Ignorez-vous mes invectives contre les Pharisiens ?

Pourquoi faites-vous obstacle à l’Œuvre, en ces temps où une armée inconnue d’âmes victimes attire, par le poids de leur holocauste silencieux, les séparés vers le tronc de vie, en ces temps où je viens apporter mon aide par la vérité de ma vie, amplement racontée pour faire tomber mille barrières d’erreurs, de malentendus, de hargnes ?

Je suis venu combler les lacunes des quatre évangiles, et remplacer par des mots justes et acceptables les traductions trop strictement littérales qui ont permis que s’instaure un terrain propice aux plantes de la mauvaise foi, des schismes, des hérésies, des séparations, des négations. Voici vingt siècles que vous n’avez pu combler ces lacunes d’une manière qui soit acceptable par des esprits toujours plus ouverts et toujours plus tentés par Satan, qui me hait, et que vous n’avez su rectifier des expressions impropres comme [Mt 1, 25] “Joseph ne la connut pas jusqu’au moment où elle enfanta”, ou plus loin : “Le Premier-né de Marie, les frères de Jésus, les sœurs de Marie”, qui créent la confusion chez les bons et provoquent la négation des mauvais. Ces lacunes que vous n’avez pas su combler ou ces mots impropres que vous n’avez pas su remplacer, avec audace mais saintement, pour sauver la foi et empêcher schismes et hérésies, moi, après vingt siècles et à la veille du temps de l’Esprit, du grand combat entre les ténèbres et la Lumière, je suis venu les faire disparaître. Je suis venu à la défense de la vérité, de la vie de l’Eglise et de la voie de Dieu, que trop de personnes ont oubliées.

Et vous mettez des entraves ! Comme les anciens qui se sont toujours opposés à moi et ont empêché mon action dans les cœurs, vous regardez les grains de poussière et vous laissez la poutre. Or les faibles dans la foi trébuchent sur les poutres, et ils s’en servent comme bêliers pour détruire la foi, et vous abattre.

Quand ai-je donc été aimé en esprit et en vérité ? Quand l’orgueil de la vie, caractéristique de la quasi-totalité des grands du Temple, a-t-il fait accepter ma parole comme la seule qui soit vraie ? »


Notes

  1. Cette réflexion vise en premier lieu certains pères servites, ainsi que les anciens supérieurs de l’Ordre à Rome. ↩