Sur le Notre-Père et le Je vous salue, Marie. Le 8 novembre 1944.
« Vous êtes si appesantis par votre humanité que vous ne savez jamais prier avec une élévation surnaturelle, et vous donnez aux mots de la prière un sens tout relatif. Mais l’oraison ouvre des horizons infinis, mes enfants, ces horizons qui seront votre demeure quand vous retournerez à Dieu, si vous avez su garder votre âme en Dieu et Dieu dans votre âme. Même lorsque vous réfléchissez à ce que vous dites — et c’est déjà beaucoup si vous le faites —, vous donnez à votre réflexion un cadre limité à la terre et à la chair. Il vous est difficile d’élever votre esprit au-delà du moment et des besoins de votre journée.
Vous ne vous plongez pas dans la Lumière. Elle est pour vous un reflet lointain et flou, comme celui du soleil dans les hivers nordiques. C’est une clarté qui n’est pas lumière, mais seulement crépuscule. Telle est celle qui luit en vous, car vous n’ouvrez pas les portes à la Lumière, qui demande à se précipiter en vous pour vous instruire et vous fortifier contre les Ténèbres. N’enfermez pas votre esprit dans l’opacité de la matière. Il est de Dieu et doit voir Dieu, le connaître, vivre de lui, en lui. Il est vie pour votre esprit et, si vous le séparez de Dieu par la faute, vous le tuez ; si vous le gardez loin de Dieu, vous l’affaiblissez et vous le laissez s’éteindre comme une lampe vidée d’huile.
Vous pouvez tout remplacer par votre progrès, mais pas ce qui est vie pour l’esprit. Rien ne peut garder votre cœur dans la sainteté s’il n’est pas en union totale avec le Saint des Saints. La science, la patrie, les affections, les œuvres deviennent viles et servies misérablement si vous leur enlevez l’élément qui rend parfaits vos sentiments et vos travaux : l’union à Dieu.
Quoi de plus admirable qu’un scientifique, un juriste, un gouvernant, un père, un époux, un enfant, un artiste, un soldat qui sont réellement chrétiens et sincèrement fils de Dieu ? Ah ! ne craignez rien ! Eux, ils ne sauront jamais trahir ni faire de mal. Tous leurs actes seront dignes de bénédiction.
Alors de quoi le monde pleure-t-il ? De sa société coupée de Dieu. Voilà la cause de votre débâcle mondiale, de votre ruine nationale, de tant de larmes dans les familles, de tant de hontes jusque dans les familles.
En tant qu’habitants de la terre, vous vous haïssez mutuellement alors que vous provenez tous d’un même tronc et d’un même Créateur. En tant que citoyens d’une même patrie, vous vous opposez les uns aux autres comme si vous étiez de races différentes. En tant que parents et époux, vous êtes égoïstes et infidèles. Et pourquoi ? Parce que vous avez oublié Dieu, qui ne vous écrase pas sous l’avalanche de vos innombrables lois humaines et de votre instruction humaine, mais qui récapitule toute sa loi et son instruction parfaite en ces simples mots : [Mt 22,35-40] “Aime Dieu de tout ton être et ton prochain comme toi-même.” C’est le résumé de toute la Loi divine et la source de tout bien terrestre et surnaturel, mais vous ne le mettez pas en pratique. De là proviennent les châtiments qui vous frappent.
Maria, toi qui aimes la lumière divine plus que toi-même et éprouves un bonheur toujours plus grand au fur et à mesure qu’elle pénètre en toi, je veux aujourd’hui que tu connaisses la signification surnaturelle d’une phrase que vous dites sans bien la comprendre.
De même que le Notre-Père doit être prié avec des références surnaturelles — bien sot serait celui qui se bornerait à y voir une simple signification humaine et des demandes humaines —, le Je vous salue Marie ne doit pas être récité en ne pensant qu’à la terre et à votre chair, qui est poussière et redeviendra poussière. Il doit être dit l’âme tournée vers le Ciel, plus loin que la vie, plus loin que la terre, là où Marie, ma Mère et la vôtre, vit avec son corps et son âme après avoir vécu sur la terre, l’âme planant toujours dans le Ciel.
Le Notre-Père est la prière adressée au Père. Le Je vous salue, Marie est la prière adressée à la Mère.
La première partie du Notre-Père est louange à Dieu, la première partie du Je vous salue, Marie est louange à Marie.
La seconde partie du Notre-Père est demande adressée au Père pour tous vos besoins d’enfants de Dieu en séjour provisoire sur la terre, mais destinés au Ciel. La seconde partie du Je vous salue, Marie est la demande adressée à Marie pour vos besoins de mortels et d’immortels dans l’esprit.
Votre Mère doit être invoquée comme le Père. Vous ne devez pas penser qu’elle manque de miséricorde et de puissance, et qu’elle ne peut pas venir à votre secours dans vos combats, vos peines, vos besoins et vos tentations.
Il faut savoir prier, en particulier dans les moments de paix, pour invoquer son aide lorsque viendront les luttes.
Il est bien sot, celui qui se dit : “Je le ferai quand ce sera le moment.” Savez-vous si vous en serez capables alors ? Et si Dieu vous en laissera le temps ? Les nécessités, les malheurs et même la mort arrivent souvent à l’improviste, comme l’éclair. La mort est parfois foudroyante.
La miséricorde de Dieu est infinie. Mais il est dit dans la Loi : [Dt 6, 16] “Ne tente pas le Seigneur ton Dieu.” Or, en vérité, vous le tentez lorsque vous menez une vie tout humaine, sans penser qu’un au-delà vous attend où vous serez jugés sur vos actions.
Il est dit, dans le Je vous salue, Marie : “Prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort.” Maria, lisons ensemble ces mots que bien trop de personnes récitent en ayant l’esprit à peine élevé au-dessus de la boue de la terre, et le cœur uniquement préoccupé par leurs derniers instants, ce moment inconnu que vous redoutez parce que vous n’êtes pas assez “enfants de Dieu”. Si vous l’étiez parfaitement, la mort ne vous ferait pas peur.
La mort est l’ultime épreuve ; elle mérite toute votre attention pour devenir une “mort dans le Seigneur” qui vous vaille le pardon de toutes vos fautes, vous procure la vie éternelle en Dieu et efface par son pouvoir les conséquences d’une vie, même marquée par le péché. Vous faites donc bien d’invoquer dès maintenant ma Mère, qui est aussi la vôtre, en vue de cette heure-là et à cet instant-là. Mais apprenez à mieux prier, non pas poussés par la seule peur de la mort, mais pour bien d’autres moments où une vraie mort planera au-dessus de vous.
Je t’ai expliqué à plusieurs reprises quelle est cette vraie mort. C’est celle de l’esprit, que vous tuez bien souvent, si ce n’est toujours. Même quand vous ne le voulez pas directement, cela tient à votre indifférence envers la partie la plus élevée de votre être : l’âme.
Dans le Notre-Père, je vous ai appris à demander : “Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.” Dans le Je vous salue, Marie, je vous fais dire : “Prie pour nous, maintenant et à l’heure de notre mort.”
L’heure, c’est le présent qui dure un instant d’éternité : la vie dans la chair minée par les maladies, par les accidents, ou tout simplement par le temps qui passe et vous mène à la fin de votre existence humaine avant de vous introduire dans l’éternité.
L’heure de la mort, c’est celle qui ferme votre cœur, cette mort toujours imminente qui paralyse votre esprit et le mène à la mort.
Quand vous invoquez Marie, je veux que vous pensiez à cette vraie mort, la mort éternelle. De la première, vous ressusciterez si vous êtes décédés dans le Christ, mais de la seconde vous ne vous relèverez jamais.
Ne laissez pas l’Ennemi infernal, le Serpent fascinateur, [1 P 5,8] le lion rugissant qui rôde autour de vous pour vous terrasser, ne le laissez pas prendre possession de vous comme une proie d’autant plus facile que, bien qu’étant encore en vie, vous êtes déjà morts spirituellement.
Marie est victorieuse de Satan, le rayonnement de son sourire suffit à le mettre en fuite. Contre les ruses de Satan, contre les faiblesses et les appétits toujours vifs de la chair, invoquez Marie.
Si vous la priez pour le “sommeil” qui aboutira à un réveil immédiat, soit dans la paix céleste soit pour la damnation infernale — toutes deux éternelles —, pourquoi ne devriez-vous pas la prier pour cet atroce sommeil que donne la mort, celui d’un esprit abattu, sommeil qui, s’il n’est pas vaincu, vous fait vous éteindre dans les bras de Satan ?
Quand la mort rôde autour de votre esprit, que les invocations que vous aurez adressées à Marie dans la plénitude de leur signification jaillissent pour vous défendre.
Chaque fois que l’heure de la mort spirituelle plane au-dessus de vous, la Mère universelle prie pour tous ses pauvres enfants, pour leur âme, pour cette âme créée et donnée aux créatures par le même Dieu qui a créé Marie et l’a choisie comme Epouse et comme Mère. Dieu a créé et donné l’âme aux hommes pour faire d’eux ses enfants et les sujets de son Royaume éternel.
Sur vous repose le sang le plus pur et le plus aimé : celui qui est issu de son cœur immaculé. Il a été le germe de la Fleur née de l’amour de Dieu avec la Vierge, grâce à sa parfaite obéissance à la volonté divine ; c’est le germe du Verbe fait chair — moi — pour devenir Maître et Rédempteur afin de pouvoir vous laver dans son sang, entièrement versé pour vous. Sur vous reposent aussi les larmes de Marie, votre Mère et la mienne, qui constituent une autre source de co-rédemption.
Par sa nature de Mère du Sauveur, Marie a un pouvoir de salut. Invoquez-la donc avec une vraie foi, et elle vous sauvera, maintenant et à l’heure de votre mort. »
[La lettre à la mère du docteur Lamberto Lapi, mort à la guerre, introduit le texte de Maria Valtorta à la mémoire de son médecin traitant.]
Viareggio,
113 Via Antonio Fratti,
le 5 mars 1945.
Madame,
Je me permets de vous écrire, bien que je n’aie pas le plaisir de vous connaître autrement que par les propos d’amour que votre cher défunt tenait sur sa mère.
Je me permets également de vous envoyer le texte que j’ai écrit en mémoire de mon inoubliable et excellent médecin. Je fais cela pour vous seule. Cela n’intéressera personne d’autre qu’une mère. Ce n’est d’ailleurs que la vérité et l’expression de ma reconnaissance envers cet homme sage et bon qui, pendant neuf années, m’a disputée à la mort.
Je ne peux pas lui dire merci autrement que par mes continuelles prières en suffrage pour son âme. Mais le dire à sa mère, qui a su élever un fils aussi bon, c’est le dire à lui aussi. C’est pourquoi je vous remercie en mon nom, au nom de tous les malades qu’il a soignés et qui regrettent avec une grande nostalgie leur bon docteur Lamberto Lapi.
Pardonnez-moi si je me permets d’entrer sans autorisation dans votre maison en deuil pour déposer un baiser sur votre cœur douloureux.
Chère maman de mon docteur, échangeons nos souhaits les meilleurs l’une pour l’autre.
Veuillez faire part de mes condoléances à toute votre famille.
Avec mes salutations affectueuses,
Maria Valtorta.