Les Écrits de Maria Valtorta

98. Annexe — Maria Valtorta, La Tombe de saint Pierre

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Rome, le 11 juillet 1948

Chère consœur,

[…]

… un prêtre de la Secrétairerie d’Etat m’a appelé pour me demander, d’urgence, une copie intégrale [des fascicules dactylographiés] de l’Œuvre, parce qu’une “haute personnalité” la désirait. Il a ajouté qu’il n’était pas sûr qu’on la lui rendrait. Entre temps, il ne fallait pas bouger, et attendre.

[…]

Fr. C. M. Berti, osm

P.S. Vous savez à quel point je déteste faire certaines demandes. Mais ce prêtre de la Secrétairerie m’a prié de vous demander d’interroger un ange — ou n’importe qui d’autre — pour savoir OU EST LE CORPS DE SAINT PIERRE. On a fait beaucoup de fouilles à Saint-Pierre de Rome, mais jusqu’ici on n’a rien trouvé… Evidemment, cela ne plaît guère. J’attends une réponse. Il est certain que cela serait très utile à l’Œuvre, où l’on parle tant de saint Pierre (je me souviens d’avoir lu une homélie de saint Pierre à une messe). Merci d’avance. Ils sont pressés ? Moi je n’aurais jamais demandé cela… Ce n’est pas moi qui demande…

Le 14 juillet 1948

Paix à vous.

Très révérend Père,

[…]

… Ou cet autre qui désire savoir où se trouve le corps de saint Pierre ? Mais laissez donc ces pauvres ossements en paix ! Nous les verrons recomposés à la fin du monde ! Ne suffit-il pas que le corps du pauvre Simon, fils de Jonas, se soit tellement fatigué et ait tant souffert durant sa vie terrestre ? Maintenant que Pierre repose en attendant sa résurrection, vous voulez le déranger pour répandre ses os ici et là, sûrement pour mal finir ? Jésus sait où se trouve son Pierre-pierre sur laquelle est bâtie son Eglise. Mais je ne pense pas que Jésus obéisse et satisfasse les curiosités ; elles resteront inchangées car, une fois la réponse obtenue, les gens diraient : paroles de femmelettes hystériques ! Or Jésus est las que son petit Jean soit meurtri par d’incessantes blessures…

[…]

Maria Valtorta

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Sur la tombe de saint Pierre :

Au début de l’année 1952, les conclusions ont confirmé ce que j’avais écrit en 1948-1949…

L’ange, sur saint Pierre :

Le 25 juillet 1948 : « Ils sont sûrs qu’il a été enseveli sur le Vatican ? Au milieu des païens, à un endroit impur, à la merci des païens ? »

Le 1er août 1948 : « Souviens-toi que, pour les martyrs, il y avait l’Ostrianum[1]. »

Le 7 août 1948 : « Saint Pierre évangélisait à l’Ostrianum, et c’est là que se trouvait sa chaire. »

Le 27 août 1948 : « La nuit venue, les chrétiens vinrent chercher son corps, et ils le portèrent au premier cimetière chrétien, qui était l’Ostrianum, là où Pierre avait évangélisé, dans la première catacombe creusée à Rome pour y réunir les chrétiens, les enseigner, leur conférer le baptême et les autres sacrements.

Sur saint Pierre, le 26 août 1948.

Je vois deux hommes marcher du sud-est vers le nord-est sur un chemin champêtre qui relie deux voies consulaires, pavées de pierres équarries selon la façon de faire romaine caractéristique. D’autres voies, plus éloignées, sont disposées en éventail, avec la via Appia Antica au loin (voir l’esquisse).

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De haut en bas : l’Ostrianum / la via Normentana / le chemin parcouru par saint Pierre / la via Tiburtina / la via Prenestina / la via Casilina / la via Tuscolana / la via Appia antica - Metella.

Je reconnais que je suis à l’est de Rome, parce que la dernière des voies que je peux apercevoir, en direction du sud, est celle où se trouve la tombe de Caecila Metella. Il s’agit donc de la via Appia.

En revanche, les deux hommes marchent sur ce chemin champêtre, semblable à un raccourci, pierreux, parsemé de touffes d’herbes ici et là, et qui a été tracé par les pas de l’homme entre des terres désertes et incultes.

La ville est éloignée de quelques centaines de mètres, mais au fur et à mesure que le chemin s’en éloigne, il prend la direction du nord, pour déboucher sur l’autre voie consulaire, la plus au nord.

L’un des deux hommes est jeune (de 30 à 35 ans), robuste, grand, glabre, d’aspect noble, vêtu de laine blanche. Il porte l’habit caractéristique des Romains de l’époque, avec un manteau. Il a passé un sac bien rempli en bandoulière.

Le second est un homme âgé (de 75 à 80 ans), courbé par les ans et comme par une vie de fatigues, chauve, les joues pâles et émaciées, une barbiche blanche aussi clairsemée que ses cheveux, qui forment une couronne autour de sa tête, d’une oreille à l’autre. Il a les yeux creux avec un regard voilé, fatigué, un regard de vieillard et de vieillard affligé. Il porte un vêtement de laine grisâtre, pas très long, peut-être pour ne pas trébucher. Un vêtement d’homme du peuple. Il avance lentement, en s’aidant d’un long bâton avec lequel il tâte le sol, en particulier aux endroits recouverts de touffes d’herbes, comme s’il y voyait peu et voulait éviter des ob­stacles, par exemple des pierres déplacées cachées par l’herbe, qui pourraient constituer un danger pour ses pieds fatigués. De la main gauche, il tient un sac à moitié vide qui pend sur son épaule.

Mon conseiller intérieur me dit : « Vénère l’apôtre Pierre. »

Il a bien fait de m’avertir. Jamais je n’aurais reconnu dans ce vieillard croulant et décharné, épuisé par l’apostolat, le vigoureux Simon, fils de Jonas, du temps de Jésus. Il a déjà dépassé la nature humaine. Dans sa maigreur, ses traits sont devenus nobles, son regard doux ! Il s’est spiritualisé.

Il me lance un regard fatigué, très doux, maintenant, très paternel, un regard qui n’est déjà plus terrestre. Il ne dit pas un mot. Jamais. L’autre aussi, visiblement plein de respect pour le vieux Pontife, garde le silence.

Saint Pierre s’arrête en me regardant, quand il atteint les deux tiers du chemin. Il laisse son compagnon avancer. Mais lui descend dans le champ non cultivé qui se trouve à gauche de ceux qui vont vers le nord, et il s’y enfonce en diagonale sur 100 à 150 mètres. Il s’arrête là. Il me regarde fixement comme pour bien attirer mon attention. Puis il frappe trois fois la terre de son bâton, au milieu des mauvaises herbes. Il passe le bâton à gauche, me fait un signe de salutation, puis, coupant de nouveau en biais à travers le champ, il revient sur le chemin champêtre et rejoint son compagnon, qui s’est arrêté pour l’attendre à côté de la voie consulaire la plus au nord. Ils la suivent pendant quelques dizaines de mètres et, lorsqu’ils sont à un kilomètre de la ville plus ou moins, ils descendent dans d’autres champs en jachère au nord de la voie. Je pense que le terrain est en déclivité, parce que je les vois disparaître peu à peu. Ils marchent toujours en direction du nord-est, mais en angle par rapport à la voie consulaire.

Je les perds de vue totalement quand ils passent derrière une touffe d’arbrisseaux. Mais je ne voyais déjà plus que le haut de la tête de saint Pierre, ainsi que les épaules et la tête de l’autre. L’endroit où ils ont disparu se trouve à un bon kilomètre et demi de la porte d’où sort la voie consulaire, si je calcule bien. Cette voie me semble se diriger vers Monterotondo, si j’en juge à mes souvenirs quand je suis passée en train.

Après leur disparition, mon conseiller spirituel me dit, sur le même ton que s’il lisait un livre : « La nuit venue, les chrétiens vinrent chercher son corps, et ils le portèrent au premier cimetière chrétien, qui était l’Ostrianum, là où Pierre avait évangélisé. C’est là qu’ils avaient déposé les corps de ceux qui avaient confessé par leur sang leur foi en Jésus pendant les premières persécutions. » (16 h)

La même vision se répète à 19 h et à 22 h 30.

Le 27 août 1948 : saint Pierre, seul, me réapparaît au même endroit. Il se penche avec difficulté vers le sol et, de la main, il frappe à trois reprises le sol au même endroit qu’hier.

Le 29 août 1948 : à 22 h, mon conseiller intérieur me dit le nom des deux voies consulaires reliées par le petit chemin. La plus au sud est la voie Tiburtina. Près d’elle se trouvent les arches d’un acqueduc. L’autre, plus au nord, sur laquelle saint Pierre marchait avant de descendre dans l’autre champ et d’y disparaître, est la via Nomentana[2].

Le 7 septembre 1948, la voix de l’ange dit : « Souviens-toi de l’Ostrianum. »

Le 18 septembre 1948, à 15 h 30 :

La demi-obscurité de l’intérieur d’une catacombe. C’est tout juste si on en distingue les grands traits. Je ne sais pas comment elle est orientée parce que, là-dedans, je n’ai aucun point de repère.

Je me trouve dans une pièce d’environ six mètres de large, et longue au moins du double. Du côté étroit — je pense que c’est le nord —, une représentation de Jésus est esquissée sur la… paroi. Mais comme c’est un travail en élaboration, il est très incomplet. Seul le visage est assez clair et… pas beau. Dessous, il y a une table très simple, soutenue par quatre colonnes. J’ai l’impression que cet endroit a été creusé récemment et que sa transformation en chapelle ou en église catacombale est encore en voie d’achèvement.

Au tiers de la paroi longue, à droite quand on regarde l’autel, il y a une ouverture. Une galerie, sombre comme une cave, débouche là. Etrangement, elle se dirige vers le nord-est, comme si elle venait de l’endroit où Pierre a disparu vers celui où il a frappé le sol.

Sur le reste de cette paroi, des tombes sont creusées ou en cours d’excavation. Certaines sont déjà murées sur le corps qui y a été déposé. Si je vois bien, cinq ou six sont ainsi bouchées par une pierre. Face à l’autel, au fond de cette chapelle, j’aperçois le trou noir d’une autre galerie qui part vers le sud.

Soudain, cet endroit désert s’illumine d’une lumière mystérieuse, qui me permet de voir, à 1,50 mètre du sol et près de l’arrivée de la galerie du nord-est, un corps étendu dans un loculus. Sous les traits du vieillard qui y est déposé, je reconnais l’apôtre Pierre vu le 26 août.

Des mains pieuses l’ont arrangé, lui ont peigné ses rares cheveux et sa barbe clairsemée, et l’ont revêtu des habits conformes à sa dignité : une longue tunique de laine blanchâtre, presque complètement recouverte par un drap d’étoffe précieuse d’un rouge qui s’approche du violet. Tel un étrange manteau, ce drap descend recouvrir les membres raidis jusqu’au niveau des genoux approximativement. Il cache les mains que l’on devine, aux plis du manteau, croisées comme celles de Jésus dans le Sépulcre. Mais je ne vois pas ces mains. Je ne distingue pas non plus les pieds, dissimulés par la longue tunique et par un suaire que l’on voit apparaître de dessous le corps, en attendant d’être étendu sur lui.

Il me semble que saint Pierre a dans les mains un objet de la forme d’un rouleau, d’un tube ; je ne sais pas pourquoi il est recouvert.

Sur le violet pourpre du précieux manteau — ou étoffe de grand prix disposée comme un manteau —, je distingue quelque chose de blanc, comme un ruban. Mais je vois mal, parce que le corps est à la hauteur de mes yeux. Il est plus beau que de son vivant. Serein. Il repose en paix après s’être tellement fatigué…

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Mon conseiller intérieur m’avertit : « C’est ici la crypte catacombale des martyrs Titus et Marcellianus, les premiers qui furent déposés ici. Il a reposé auprès d’eux. »

Peut-être l’homme qui accompagnait saint Pierre était-il l’un des deux ? L’ange ne m’a rien dit d’autre. La lumière mystérieuse s’éteignit, je ne vis plus rien, et tout s’arrêta là.

Plus tard, le Seigneur me demanda de ne pas parler de cela pour le moment ou, mieux : de ne pas le communiquer — c’est le mot exact — par écrit, mais de le raconter de vive voix quand il me le dirait. J’obéirai, comme toujours.

… Comme la vision s’est répétée, j’ai pu décrire avec plus d’exactitude les vêtements de l’apôtre, de sorte que j’ai recopié et collé le récit le plus précis sur celui que j’avais écrit la première fois. Ceci pour expliquer la raison du feuillet superposé. J’ai voulu être rigoureuse, car je pense bon d’indiquer les moindres détails très fidèlement.

Le 19 septembre 1948, à 16 h :

Saint Pierre m’apparaît, toujours à l’endroit où il avait frappé le sol. Il est en vêtements pontificaux (mais sans mitre), tel qu’il reposait, mais il tient une crosse et il a la beauté des bienheureux.

Je vois ensuite l’entrée de l’Ostrianum. En forme de fer à cheval, elle s’ouvre vers le nord-ouest.

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Elle se trouve au fond d’une cuvette ou d’un affaissement, à la manière des rebords de terrassements que l’on voit sur les collines, dans les oliveraies ou dans les vignobles. Elle est presque dissimulée par un enchevêtrement de ronces et d’arbrisseaux sauvages. L’ouverture mène aussitôt dans les profondeurs. Il n’y a pas d’entrée.

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Cet amphithéâtre naturel est recouvert de tas de détritus, de pierraille, de sable, qui apparaissent ou disparaissent sous des touffes d’orties, de plantes toxiques ou de buissons de ronces. Un seul sentier reste dégagé, tout en tournants pour la garder caché à la vue des passants de la via Nomentana.

L’entrée de l’Ostrianum est couverte de branches de buissons qui tombent du rebord. Ces petits arbres que j’ai vus le 26 août et derrière lesquels Pierre est disparu sont au début du fer à cheval, comme pour servir de rideau.

Le 19 septembre 1948 : de nouveau saint Pierre dans sa première sépulture…

Le 23 septembre : saint Pierre dans la gloire à l’endroit de la première vision.

Rome, le 14 septembre 1948,

Chère consœur,

J’ai tardé à vous répondre, dans l’espoir d’être en mesure de vous donner de bonnes nouvelles, précises et sûres. Je le puis aujourd’hui.

[…]

Le Père Bea a beaucoup apprécié les réponses […]. Il en est fort satisfait.

Mais la nouvelle sur le corps de saint Pierre est une vraie bombe atomique… Il assure que, quand il aura des renseignements précis, il fera certainement des fouilles.

Quant à ce qui concerne vos indications sur le corps de saint Pierre, tout concorde.

a) On n’a rien trouvé dans la basilique Saint-Pierre (même si Mgr Belvederi pense que le corps, sans la tête, se trouve dans l’autel même de la basilique, tandis que la tête serait à Saint-Jean-de-Latran) ;

b) Les archéologues ont beau assurer unanimement que les corps de saint Pierre et de saint Paul s’y sont trouvés un certain temps (peut-être de la moitié du IIIe siècle au VIe siècle), on n’a rien trouvé non plus (des corps eux-mêmes). Néanmoins les fouilles n’ont pas été aussi complètes qu’il l’aurait fallu.

c) D’anciens textes mentionnent le cimetière de l’Ostrianum, qui se serait réellement situé aux alentours de la via Nomentana, bien que personne jusqu’à ce jour n’ait déterminé son emplacement avec exactitude. De même le souvenir de saint Pierre est lié au cimetière de l’Ostrianum, car c’est là qu’il aurait baptisé. C’est ce que rapportent les “Acta Liberii et Damasi” publiés par Constant et dont on parle dans la Patrologie latine, tome VIII (colonnes 1388-1393).

Même les archéologues les plus modernes assurent qu’on a vénéré la mémoire de Pierre dans la région de la via Salaria et de la via Nomentana (O. Marucchi, Le catacombe romane, 1933, p. 523, 533). Il est certain aussi que toute la zone délimitée par le triangle que vous dessinez contient des cimetières. Par exemple, sous la Villa Torlonia il y avait un cimetière juif, bien connu, sur lequel on a écrit des volumes. Et les archéologues admettent qu’à cette première lueur de l’Eglise romaine (Pierre fut martyrisé en 64, à ce qu’il paraît), les corps des martyrs étaient cachés jusque dans des cimetières non chrétiens.

Conclusion : c’est vrai que le corps de saint Pierre ne se trouve vraisemblablement pas au Vatican ni dans les murs de la Rome antique ; c’est vrai que Pierre a frappé le sol à trois reprises de son bâton, et ce qui est indiqué sur l’Ostrianum est encore vrai.

Néanmoins, étant donné la grande déception causée par les fouilles au Vatican, étant donné que le cimetière de l’Ostrianum n’est pas identifié avec précision et que cela est extrêmement difficile à faire, puisqu’il se trouve dans une zone où les cimetières abondent, il serait NECESSAIRE, pour pouvoir procéder à des fouilles en économisant, sans détruire et sans s’exposer à toutes sortes de conséquences, que vous vous arrangiez pour nous dire AVEC LA PLUS GRANDE PRECISION l’endroit exact, je dirais presque les mètres carrés, où creuser.

Le Saint-Père, comme tout le monde au Vatican, a été très peiné par l’issue négative des fouilles à la basilique Saint-Pierre. Là où j’ai apporté la nouvelle, et bien qu’elle soit encore incomplète, elle a suscité de la joie, de l’espoir, de l’estime pour l’Œuvre… et elle a mis les choses en mouvement.

A l’Antichambre pontificale, on m’a fait remplir un formulaire pour demander une audience privée au Saint-Père, et le même monseigneur, en me rencontrant ce matin, m’a salué d’une manière toute nouvelle, et m’a laissé espérer que ce serait pour ce mois ou pour le prochain ; le Père Béa, comme je l’ai dit, a été des plus satisfaits, et il a ajouté que, dès que l’on obtiendrait l’indication précise, on procèderait sûrement à des fouilles. […]

J’ai remué ciel et terre pour trouver une carte exacte de Rome. Celles de la Rome antique sont des reconstructions, et on ne peut guère s’y fier. Celles de la Rome actuelle… sont de la Rome actuelle et, même si elles sont exactes, ce ne sont pas des prodiges de précision. En attendant, je vous envoie une bonne carte largement utilisée. Si nécessaire, je vous en procurerai une de l’Institut Géographique Militaire (topographique). Mais je pense que le plus simple serait que vous indiquiez exactement l’endroit sur la carte, et peut-être indépendamment de la carte, comme vous l’avez fait si souvent dans l’Evangile (description du lieu, emplacement, distance kilométrique des autres endroits, etc).

Je vous en demande trop ? J’espère que non. Faites cela pour de nombreuses raisons, mais aussi un peu pour celui à qui l’on reproche d’être trop occupé. Au point où nous en sommes, toutes les difficultés sont surmontées et l’on progresse rapidement et hardiment.

Le Père Migliorini vous salue. Priez pour tous, donc pour nous également. Je vous bénis de tout cœur.

Fr. C. M. Berti OSM

Très révérend Père,

Pour vous satisfaire le mieux possible, j’ai suivi votre conseil de copier sur du papier sulfurisé la partie de Rome qui vous intéresse, en signalant dans la zone les lieux que, moi, j’ai vus. Il vous suffit de superposer le papier sulfurisé sur le plan de Rome que vous m’avez envoyé, et vous verrez ceci :

1°) Les modifications apportées en vingt siècles dans le périmètre de Rome et dans les voies consulaires. J’ai vu la via Tiburtina quasiment rectiligne (en direction du nord-est), dans l’immédiate proximité de la ville. Sur votre plan, j’observe qu’elle fait une courbe importante. Mais peut-être ai-je vu le tracé le plus proche de Rome, qui est rectiligne.

2°) Près de cette route, il y avait un aqueduc. Il devrait en rester quelque chose, même à l’état de ruines.

3°) D’après ma manière de voir, ce que le plan nomme “Porte Pia” marquait, au premier siècle de l’ère chrétienne, la limite de la ville. De là partait la via Nomentana, qui traversait une région déserte puis prenait la direction du nord-est, vers Monte Rotondo.

4°) Je n’aurais pas pu voir le tombeau de Caecilia Metella (point d’orientation qu’il m’a été accordé de voir pour que je comprenne de quel côté de Rome je me trouvais) si les édifices de la ville de l’époque étaient aussi étendus qu’aujourd’hui. Au contraire, je voyais très bien ce tombeau et le ruban blanc de la via Appia s’étendre dans les Marais Pontins vers le sud-est ; elle était flanquée d’autres voies, qui rayonnaient autour d’elle en éventail.

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5°) En observant le plan, je m’aperçois qu’une route proche de la via Salaria porte le nom d’Ostriana. Peut-être l’appelle-t-on ainsi parce qu’on suppose l’Ostrianum proche ? Dans ce cas je dois dire que le pré en pente où j’ai vu marcher saint Pierre et son compagnon, et dont j’ai compris qu’il menait à l’Ostrianum, est beaucoup plus près de la via Nomentana que de la via Salaria. Je ne voyais pas cette dernière, près de Sainte-Agnès, mais plus au nord-est, et loin de l’Aniene[3], que je n’apercevais pas.

6°) Comme vous pouvez le remarquer, on dirait que l’endroit où saint Pierre a frappé le sol de son bâton et de la main se trouve dans la zone comprise entre la Villa Torlonia et la Villa Massimo. Peut-être y a-t-il là des embranchements de l’Ostrianum ? Si c’est le cas, on pourrait penser que saint Pierre a été déposé là-dessous, à l’origine.

7°) Enfin, vous verrez que, si vous les comparez, l’esquisse topographique que je vous ai confiée la dernière fois que nous nous sommes vus — et que, je l’espère, vous avez bien gardée, même si c’est un mauvais dessin — correspond à ce qu’il ressort d’un plan bien établi de l’agencement des voies consulaires.

Mais je vous fais remarquer ceci, que je vous prie de garder bien présent à l’esprit, afin qu’en suscitant de faux espoirs on ne tombe pas plus tard dans des déceptions et, par voie de conséquence, on en vienne pas à jeter l’anathème sur moi, qui n’y suis pour rien :

1°) Je n’ai pas eu l’indication de l’endroit où saint Pierre est enseveli actuellement, mais du lieu où le corps du 1er Pontife fut déposé, la nuit qui suivit son martyre. (« la nuit venue, les chretiens vinrent chercher son corps, et ils le porterent au premier cimetiere chretien, qui etait l’ostrianum, la ou pierre avait evangelise. c’est la qu’ils avaient depose les corps de ceux qui avaient confesse par leur sang leur foi en jesus pendant les premieres persecutions. » — Ce sont les paroles de l’ange, qui semblait lire quelque chronique chrétienne du temps de saint Pierre. Celle-ci existe-t-elle encore ou s’est-elle perdue ?)

2°) Ni saint Pierre, ni son compagnon, que je pense être un Romain de noble famille, ni mon ange n’ont ajouté un mot à ce que j’ai rapporté fidèlement.

Moi-même, je n’ajouterai rien qui soit suggéré par ma propre pensée. Ce serait certainement faux, réprouvé par Dieu, et source de tromperie pour les hommes. La première chose que Dieu demande à ceux qu’il a voulu prendre comme instruments sans aucun mérite de leur part — c’est certain —, c’est de répéter ou de transmettre ce qu’ils voient ou entendent avec une absolue fidélité. Nombre d’entre eux se font ennemis de Dieu en voulant y insérer ce qui vient d’eux, pour se donner de l’importance et, à leurs yeux, pour embellir ce qu’ils voient ou entendent… Comme si la créature humaine pouvait faire mieux que Dieu !

C’est leur ruine, non seulement comme instruments, mais aussi comme simples chrétiens. Car c’est toujours le vieux péché d’orgueil, de désobéissance et d’envie qui a provoqué la chute de Lucifer et d’Adam, et abat tous les superbes, les désobéissants et les avides.

Pour ma part, et quitte à décevoir ceux qui attendent de moi plus que je ne peux offrir, peut-être en m’attribuant faussement des pouvoirs extra-naturels que je n’ai vraiment pas, je ne me permets pas d’ajouter ou de retirer ne serait-ce qu’une virgule ou un détail insignifiant à ce que je vois et entends ; c’est tout ce que je peux donner, parce que ça m’est donné.

C’est pourquoi je répète qu’il ne faut pas se laisser entraîner par des songes personnels, suscités par une mauvaise interprétation de ce que j’ai pu dire, qui est encore très partiel. Si Dieu veut, il complètera les informations. Pour l’instant, il a daigné nous faire savoir où le corps de saint Pierre a été porté après son martyre, et la région où il a été déposé.

Prions beaucoup, prions tous, et demandons au Seigneur où se trouve actuellement la tombe de saint Pierre. Si Dieu, dans sa bonté, accède à notre demande, nous le saurons. Sinon… Il est le Seigneur et nous sommes ses sujets.

En ce qui me concerne, s’il m’indiquait clairement l’endroit, je le transmettrais aussitôt, et je serais tout heureuse de servir le Seigneur, son Vicaire et ceux qui veulent honorer l’apôtre Pierre.

Mais si Dieu ne le fait pas, cela m’est évidemment impossible.

Prétendre que je pourrais indiquer les mètres carrés, c’est comme attendre de moi un miracle tel que la multiplication des pains et des poissons !

On m’a toujours fait remarquer le manque de clarté de mes dessins topographiques joints à l’Œuvre, et avec raison, parce que j’ignore tout de la topographie et de la cartographie. Comment donc peut-on exiger maintenant que j’indique le lieu mathématiquement exact ?

Le Seigneur devrait me prendre la main et la guider pour marquer une belle croix à l’endroit précis.

Personnellement, si Jésus, qui est lumière et connaissance, ne me guide pas, je suis ténèbre et ignorance.

Je ne prétends aucunement être récompensée de mes fatigues et de mes peines, mais je souhaite que ce que j’ai écrit ci-dessus soit rapporté, peut-être en montrant cette lettre à Sa Sainteté ou à quelque personnage de haut rang, un intime du Saint-Père. Et cela dans le but suivant : ce que je vous ai dit de vive voix et qui est passé de personne en personne ne doit pas être défiguré en arrivant à Sa Sainteté : ce serait pour lui source de désillusions.

N’ayant rien à ajouter, je vous salue respectueusement,

Maria Valtorta

Le 21 septembre 1948

Le 3 octobre 1948

Jésus dit […] :

[…]

Il ajoute : « Révèle sur saint Pierre ce qui a été porté à ta connaissance (mais ne le donne pas !), en ajoutant ceci : les siècles passant, le nom de Marcellianus s’est changé en Marcellin, à cause de l’erreur de celui qui a gravé la deuxième pierre tombale, celle du martyr Marcellianus ». (C’était l’homme qui marchait avec saint Pierre sur le sentier… note personnelle : je le sais parce que Jésus me le fait revoir).

Je demande : « Mais où ? »

Il me répond : « A l’endroit qui t’a été indiqué. »

« Et maintenant ? Il est [enterré] là ? »

Il reprend :

« Même les cendres des chefs sont flamme pour les disciples, mais objet de haine pour leurs ennemis, qui cherchent à les disperser, afin qu’il ne reste rien de ce qui garde vivante l’ardeur des fidèles. Il est donc nécessaire de faire disparaître les traces et de cacher les reliques… C’est une nécessité de tous les temps… »

« Seigneur, parle, je t’en prie : où est-il ? »

Jésus sourit et s’en va.

S’il n’avait pas souri en levant la main pour me bénir, j’aurais pensé qu’il était contrarié de mon insistance. Mais son visage était si doucement lumineux tandis qu’il me bénissait, que je pense que son départ n’était pas dû à la contrariété, mais parce que l’heure n’est pas venue pour moi de tout savoir.

Plus tard… je vois l’intérieur des catacombes, et les mêmes vues de l’extérieur, à l’air libre. Les galeries de l’Ostrianum passent sous la via Nomentana et vont vers l’enceinte de la Rome antique entre la via Nomentana et la via Tiburtina. Elles mènent à l’église des catacombes que je vois aujourd’hui. Celle-ci se trouve, si je ne me trompe pas et si je me souviens bien du plan de la ville du Père Berti, non loin des murs de… près de la voie ferrée. J’ai du mal à calculer, parce que la carte indiquait les bâtiments et les rues de maintenant, or je vois des surfaces vides.

Le Seigneur dit :

« Dis au Père qu’il doit savoir se taire. Qu’il dise seulement que tu as vu, mais que pour l’instant tu ne peux rien dévoiler. Il doit apprendre à m’obéir, car si je donne un ordre, c’est parce que je sais quand il est utile de parler pour empêcher que, une fois pressé le fruit nommé Maria-Petit Jean, on le jette comme une ordure. Moi, je sais. »

Je déduis de ce que j’ai vu :

I) Que, après sa mort, saint Pierre fut porté dans un premier loculus près de la tombe de Titus et de Marcellianus (ou Marcellin).

II) Que cette église souterraine correspondait à l’endroit que saint Pierre a frappé de son bâton.

III) Que, de là, avec ou sans ses compagnons, il fut transporté dans une autre crypte beaucoup plus proche de la ville (voir carte). Peut-être avaient-ils étendu les galeries de l’Ostrianum jusque-là.

Ce qui est sûr, c’est que je vois dans cette seconde église une pierre portant l’inscription “Marcellinus”, mais je suis surprise d’en voir une autre avec les symboles chrétiens

([image: simbolo%20cristiano.tif], etc), mais sans nom. Est-ce par prudence ? Ou le loculus n’est-il pas terminé ? Je l’ignore, et personne ne le dit.

Le 26 octobre 1948

Jésus me dit, toujours sur la tombe de saint Pierre :

« Le disciple n’est pas plus grand que le Maître. Si, par impossible, le corps du Verbe fait chair pour devenir le Rédempteur n’était pas ressuscité, il se serait produit avec lui ce qui s’est passé avec le corps de mon Céphas : une pérégrination sans paix due à la haine des ennemis, et à l’amour ou au fanatisme des amis : ceux-ci, pour défendre les reliques de mon corps contre les mains sacrilèges des ennemis du Christ et de son Eglise, auraient dû dissimuler les restes ici et là, toujours plus loin, toujours plus cachés, pour désorienter les ennemis profanateurs, au point de ne plus savoir combien de lieux avaient accueilli ses ossements.

C’est ainsi que le corps de mon Simon Pierre n’a pas connu la paix, même après sa mort. Son esprit était en paix. Mais pas sa dépouille.

Lorsqu’il évangélisait, il a parcouru une grande partie du monde de l’époque. Mort, il a sanctifié par ses ossements une grande partie du sous-sol de Rome.

Mais pour ta paix et pour celle des personnes qui cherchent, je parle.

De l’Ostrianum à proximité de la via Nomentana jusqu’à l’autre cimetière près de la via Tiburtina, et ensuite à celui sur la via Labicana, que de transferts a connus mon Pierre !

De l’Ostrianum à la via Appia, et de là vers Preneste, Tibur, Ariccia et Nomento, tout n’est qu’une grande catacombe, constituée des nombreuses commencées ici et là et rassemblées en une seule lorsque, à cause de la férocité des persécuteurs, le sol de Rome a contenu autant de martyrs que de grains de blé dans un vaste champ.

Mais les personnes qui cherchent devraient bien savoir — oui, elles le savent — qu’il y a là un lieu appelé cimetière des saints Pierre et Marcellin.

Saint Pierre : Par prudence respectueuse, le lieu où repose le corps du premier Pontife ne sera pas mieux identifié.

Qu’ils n’insistent pas davantage. Qu’ils n’insistent jamais. Moi, je sais s’il convient de le dire, et quand, avec justice.

Mais je souhaiterais que le cœur de mon Eglise se soucie moins fébrilement de rechercher des ossements — certes saints, mais qui restent toujours des ossements — que de retrouver l’esprit qui animait Pierre et de se l’approprier. Voilà qui honorerait Pierre et Celui qui a fait de Céphas le prince des apôtres, le Pontife, la Pierre sur laquelle l’Eglise indestructible du Christ est fondée.

C’est ma puissance et ma volonté qui la rendent indestructible, mais je voudrais qu’elle le soit aussi en tant que bloc d’or constitué par la perfection de tous ses membres, successeurs de Pierre et de tous les Douze. Ce serait un amour de moi plus ardent, qui seconderait ma puissance et ma volonté contre les éléments de désintégration de Satan et des satans.

Quant à toi, sois en paix comme un oiseau sans plumes dans son nid. Ne t’inquiète pas. Ne souffre pas de ne pas pouvoir en dire plus.

Ces reliques ont beaucoup d’importance, mais elles ne sont rien par rapport à l’essentiel. Pour les croyants, la foi suffit. Pour les incrédules, rien ne servirait, pas même de revoir Pierre vivant, conduit au martyre sur la colline et, de là, transporté à l’endroit où il évangélisait depuis sa chaire de maître de la foi chrétienne. Quant à toi, tu dois te suffire de ce que tu as écrit, en coopérant avec patience, souffrance, fatigues à ce que les hommes aient une nouvelle connaissance de moi, plus ample, une connaissance qui les sauve, les sauve, les sauve.

Tu peux lire cela à qui tu sais. Mais, pour tous, l’important est de posséder l’esprit de Pierre… »

[Suit le croquis que nous reproduisons. Voici une aide pour déchiffrer les légendes : Nomentana / L’endroit où saint Pierre a frappé le sol / 2e endroit (Pierre et Marcellin) / Tiburtina / Prenestina / Saint Pierre et Marcellin 3e endroit, à environ deux milles de l’ancien périmètre de Rome / Casilina / Tuscolana / Appia / C. Mettela].

[image: 3_s.pietro.TIF]

Toute cette zone, ainsi qu’au nord-est de la via Normentana, n’est qu’une catacombe. Les plus simples sont celles que tu as vues la première et la deuxième fois (la première est vraiment rudimentaire). Plus tard, elles deviennent plus ornées, plus spacieuses, et ainsi de suite. Il y en a une très belle qui débouche sur la via Appia.

Le troisième endroit, si je m’oriente bien d’après le plan topographique actuel que le Père Berti m’a montré, se trouve à la hauteur de Santa Croce in Gerusalemme et de Saint Jean de Latran. Mais elle est dans une campagne ouverte, à deux milles environ — peut-être davantage — de l’ancienne enceinte des murs de Rome. A cette époque, il y avait dans le voisinage une maison de campagne (pour les bergers) qui, à mon avis, a été édifiée dans cette région déserte pour masquer l’entrée de la catacombe, et sans doute aussi pour loger les prêtres discrètement.

Les dernières catacombes, les plus belles, ont des autels fermés comme les nôtres. Je suppose que des corps de martyrs doivent reposer dans l’urne sous l’autel. Mais je ne vois rien.

Le loculus sans nom, toujours près de celui qui porte le nom de saint Marcellin, est le troisième sur la paroi de droite, quand on regarde l’autel, et près de l’entrée de la galerie.

Par rapport aux quatre points cardinaux, les églises des catacombes étaient orientées de la manière suivante :

[image: 5_s.pietro.TIF]

Les 13, 14, 15 novembre 1948 ainsi que les jours suivants :

Encore saint Pierre, mais dans un lieu solitaire, peut-être une dépendance des catacombes. Du moins, si ce n’est pas une dépendance, un endroit caché, comme pour dissimuler encore mieux les vénérables dépouilles.

Je vois une pièce de 3 m ou 3,50 m de large, et de 5 ou 6 m de long tout au plus, pas très élevée : je dirais 3 m de haut environ, avec un autel très simple sur l’un des côtés étroits, et aucun graffiti ni peinture, ni quoi que ce soit d’autre. Les quatre colonnettes de marbre qui soutiennent la table eucharistique en forment l’unique note claire. A côté de l’autel se trouve la porte habituelle, et près d’elle un loculus (ouvert, sûrement pour me laisser voir ce qu’il contient). A l’intérieur, une dépouille intacte, mais réduite à une peau semblable à du parchemin sombre étendu sur le squelette.

Alors que, dans la vision de la première déposition, le relief qui apparaissait sous le drap pourpre (voir la vision du 18 septembre 1948) laissait deviner que les mains recueillies sur le ventre étaient jointes, le corps est maintenant si desséché qu’elles se sont enfoncées dans la cavité de l’abdomen décharné et ne soulèvent qu’imperceptiblement le précieux manteau.

Pierre ne repose plus sur un suaire blanc, mais sur un drap précieux rouge cuivré portant symboles et frises — j’ignore si elles sont tissées ou brodées —, ton sur ton. Il y a peu de lumière, ni de lampe ni d’autre origine : c’est une lumière surnaturelle qui me permet de voir dans cette pièce souterraine où ne pénètre aucune luminosité.

Il est vêtu de blanc et porte, au-dessus, le manteau pourpre disposé comme je l’ai décrit le 18 septembre 1948. Au cou, le pallium. Je le vois bien, maintenant que le corps est tellement décharné.

La tête, jointe au corps par un cou réduit aux vertèbres couvertes d’une peau semblable à un vieux parchemin, s’appuie sur un petit coussin bas et couvert de lin fin. Elle ressort sur le fond de la paroi obscure avec la finesse d’une tête sculptée dans un marbre couleur sombre.

Le front de Pierre semble plus haut et plus convexe que de son vivant, car l’orbite est très profonde et les tempes réduites à l’os nu. Le nez, ou plutôt la cloison nasale, effilé comme une lame, dépasse de la légère couverture de peau desséchée, un nez réduit à quelques millimètres d’épaisseur, même à la pointe.

Les pommettes, plutôt hautes et fortes chez Simon, fils de Jonas, aux temps de la Galilée, sont encore plus marquées, de même que la partie inférieure de la mâchoire. Entre elles, il n’y a plus que le trou des joues, qui ne sont plus qu’une couche de parchemin.

Le menton paraît pointu, tandis que les lèvres, réduites à un trait, sont tombées, là où, en raison de l’âge, les incisives n’étaient peut-être plus là pour les soutenir.

Je n’aperçois pas d’autres loculi, ni même l’autre sortie au fond de la salle, en face de l’autel.

Je ne sais pas où je suis, puisque je ne vois que ce qui est souterrain.

Chaque fois que cela m’est montré, le Seigneur me dit : « Ainsi, tu ne pourras pas en dire plus. »

Et en effet ! N’ayant aucun point de référence en superficie, je suis bien incapable d’en dire plus.

Le 29 novembre 1948

Après avoir reçu de Bianca Bracci Bottai l’entrefilet sur la tombe de saint Pierre (Tirreno du 24-11-48).

[image: 1art]

Pendant que je le lis, et très précisément à l’endroit où il est écrit : “la basilique constantinienne érigée, comme l’établit désormais la tradition, sur la tombe du premier successeur du Christ”, la voix puissante de Jésus éclate fortement, sur le ton qu’il prend quand il combat une thèse erronée, quand il veut imposer sa propre volonté, quand il fait des reproches ou accomplit des miracles :

« Non ! Constantin lui-même avait compris qu’il n’était pas opportun de construire la basilique sur le lieu (le Cirque de Néron et les Jardins de Néron), encore puant des dépravations de l’empereur, du martyre de mon Pierre. Et pas de “tombeau”, pas même là où s’élève aujourd’hui l’église.

Mon Pierre avait été sanctifié par sa volonté parfaite et par son martyre, après avoir été consacré par moi, et purifié et possédé par l’Esprit de Dieu avec l’absolue plénitude des feux du Paraclet. Il ne pouvait donc pas être déposé là, jusque sur le matériel de construction des mausolées, la profession des cultes les plus repoussants du paganisme était reconnaissable.

Mieux valait la pauvre crypte nue de la catacombe de l’Ostrianum : elle était pauvre et nue comme la grotte de ma Nativité. Elle doit tenir sa richesse de sa conformité à l’esprit évangélique, qui est fait de charité, de foi, d’espérance, et des quatre vertus cardinales, ainsi que des autres vertus mineures. Tout le reste est de la paille, sans valeur, quand encore cela n’a pas valeur de péché aux yeux divins de Celui qui, bien qu’étant le Roi des rois et le Seigneur de l’univers, Fils du Père et Dieu comme le Père, voulut être pauvre et enseigna la sainte richesse royale, qui consiste à être pauvre et saint. Il enseigna la pauvreté d’esprit, le détachement des honneurs du monde et de l’esprit du monde, pour être libre de me suivre et de parvenir avec moi à la Jérusalem céleste.

Non. Pas de tombe de Pierre, de mon Simon, fils de Jonas, que j’ai fait “Pierre”. Pierre intacte, équarrie, angulaire, inattaquable par la corruption et les flatteries des hommes et des temps.

Les persécuteurs de Pierre voulurent jeter l’opprobre sur lui, et ils le traînèrent dans un lieu infâme pour qu’il y rende l’esprit (« ils te conduiront là où tu ne voudrais pas »).

Mais pour servir de fondation à l’Eglise romaine, les saintes reliques reposent dans les entrailles du sol romain, à un endroit où la saleté païenne n’avait pas apporté ses puanteurs, un endroit où gisaient des corps consumés par l’amour de moi et non par les débauches païennes.

Non, je vous le dis à tous : non.

Les “morts” (les païens) pouvaient bien ensevelir leurs morts dans les mausolées de la colline du Vatican. Mais les “vivants” (les chrétiens), ceux qui vivaient pour être à moi, qui suis la Vie, déposaient leurs vivants là où le sommeil était enveloppé de pureté et de sainteté, en attendant d’être dissous dans la gloire de la bienheureuse Résurrection finale pour tous mes saints.

Non, je vous le dis, non : après son martyre, Pierre n’a pas été enseveli ailleurs qu’à l’endroit où il s’était déjà martyrisé lui-même en évangélisant. »

En même temps — c’est moi qui parle —, il continue à me montrer l’intérieur du dernier lieu de déposition ainsi que le corps desséché mais non corrompu de l’Apôtre. Toutefois, il ne me précise pas où c’est, et il ne me fait pas voir l’extérieur, de sorte que… je suis obligée de me taire, et aucune enquête abusive dans mes écrits ne pourra éclairer personne à ce sujet…

Et tandis que je pense à tous ceux qui descendent dans les grottes vaticanes en croyant se rendre dans un lieu sanctifié par la présence de la tombe du Prince des apôtres… Jésus me dit :

« Des corps de saints se trouvent là-bas. L’endroit est donc saint. Pour le rendre tel, il suffirait, il suffit de la présence de la tombe de Pie, dixième du nom, qui fut un vrai Pierre, ma Pierre, l’honneur du pontificat comme de toute l’Eglise. »

[image: 2art]

[image: 3art]

Le 3 février 1949 :

Jésus dit :

« Même si quelque individu malhonnête ayant des visées impures faisait passer des os pour les ossements de Pierre, ou découvrait occultement le loculus catacombal de Pierre, sur la base de tes indications sur les dépositions successives de son corps, s’emparait de ses restes et les apportait à la basilique Saint-Pierre en prétendant qu’ils se trouvaient là, pour nuire à mon porte-parole et induire en erreur mon Vicaire et le monde entier, moi qui suis la Vérité, j’affirme ici que cet acte serait une tromperie que Dieu condamne. Pierre est là où tu sais. Tout autre reste n’appartient pas à Pierre. »

En la fête de saint Michel Archange, 1949

[le 29 septembre]

Chère Mademoiselle

[…]

… à propos des écrits, on m’a dit que vous savez où repose le corps de saint Pierre. Comme je prépare en ce moment un rapport sur les fouilles effectuées dans les grottes vaticanes, sous l’autel central, je vous prie de communiquer au Saint-Père ce que vous savez : je présenterais volontiers au Saint-Père ce texte, qui apporterait quelque lumière sur ce thème si important pour toute la chrétienté.

[…]

Que Dieu vous bénisse.

En union de prière,

+ A. Carinci

En la fête de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus 1949

[le 1er octobre]

A son Excellence Mgr Carinci,

[…]

En ce qui concerne le corps de saint Pierre, je peux vous dire ce qui suit :

Le 5 février, le Père Berti m’a persuadée de lui confier un carnet de notes où étaient inscrites les translations successives du premier Pontife martyr. Il y a mis beaucoup d’insistance et a fait appel à beaucoup de noms d’Excellences et de Monseigneurs ainsi qu’à d’autres prêtres importants — et même au vôtre — ; il m’a aussi poussée à écrire une lettre à Sa Sainteté, lettre dont il m’a préparé lui-même le schéma, que j’ai conservé. Cette lettre comme le carnet de notes devaient être remis au Saint-Père.

Notre Seigneur m’avait donné l’ordre d’en parler uniquement au Père Berti, et celui-ci devait garder le silence aussi longtemps que Dieu le voudrait. Je ne devais pas remettre le carnet de notes, sous peine qu’il m’arrive du mal. Mieux, au sujet du dernier lieu — je n’en ai plus vu d’autre ensuite —, le Seigneur m’a imposé de garder le secret, et un terme à celui-ci.

J’ai désobéi en donnant mon carnet de notes. Mais on m’avait dit que Sa Sainteté souhaitait le voir, autant pour mettre un terme à des travaux coûteux que pour faire cesser les disputes avec les protestants, etc.

Il m’est effectivement arrivé du mal, come Jésus l’avait annoncé. Le 7 février, j’ai envoyé la lettre, qui a été remise avec le carnet de notes le 9 ou le 10. Cinq jours plus tard, l’Œuvre était bloquée, à la suite de cette lettre — à ce qu’on m’a dit. Cette lettre n’avait pourtant rien d’irrévérencieux, croyez-moi. J’en ai encore relu le brouillon le 1er de ce mois.

Comment donc pourrais-je être encore tentée de désobéir à Notre Seigneur et d’écrire à Sa Sainteté ?

Cette lettre et ce carnet de notes contenaient déjà suffisamment de matière pour pouvoir affirmer, sans crainte d’erreur, que saint Pierre a été martyrisé à Rome sur la colline du Vatican. Cela aurait déjà été suffisant pour contredire les personnes qui nient que saint Pierre ait jamais vécu à Rome, et par conséquent que le siège de la Papauté soit à Rome. Cela suffisait à rendre très vénérable le Temple érigé sur la colline du martyre de Pierre.

A la fin du mois d’août dernier, Notre Seigneur m’a fait écrire un mémoire dans lequel (comme si j’étais sur le point de comparaître devant le Tribunal divin et donc sans vouloir aggraver mon cas par un mensonge) je répète les translations successives et les raisons pour lesquelles le corps de l’apôtre-pontife ne fut pas enseveli à un endroit infâme, qui paraît être la colline du Vatican.

Je ne sais pas pourquoi, parce que je n’ai aucune connaissance en archéologie antique, et j’ignore aussi les raisons pour lesquelles on pense, depuis dix-sept siècles, que le lieu du martyre est aussi le lieu de sépulture, et cela en partie à la suite d’une erreur de Constantin, et en partie parce que, les siècles passant, la tradition altère la vérité des faits.

Je me demande : cette lettre et ce carnet de notes ont-ils réellement été remis à Sa Sainteté, et sans altérations commises par d’autres personnes ?

Si oui, je ne peux pas dire plus que ce que j’ai déjà dit, jusqu’à ce que Dieu m’autorise à dire le reste, si à l’inverse la lettre n’a pas été donnée. Croyez-moi, Excellence, il ne me paraîtrait pas conforme à la vérité de me décharger de ce trésor secret. Devoir me taire à cette occasion, alors que je connais et comprends le juste désir de Sa Sainteté, est l’unique obéissance à la volonté de Dieu qui me coûte véritablement.

Lorsque, au printemps, je vous ai écrit que j’aurais bien souhaité pouvoir vous parler, c’était justement pour aborder ce sujet. Naturellement, autant que je peux en parler.

[…]

Maria Valtorta

Le 28 juin 1953. Saint Pierre.

« Je parle aujourd’hui, sans attendre demain — jour de ma fête —, parce que d’autres me commémorent aujourd’hui.

Je veux te dire ceci : le monde est toujours plus corrompu, le communisme croît comme un gigantesque baobab et s’étend comme du chiendent tenace, ou comme des lianes qui tuent les bonnes plantes.[4] Une grande partie de l’Eglise elle-même est décadente : si elle ne l’a pas oublié, elle a du moins négligé ce que le divin Maître et Fondateur de l’Eglise, qui m’a lui-même élu pour être son premier Pontife, avait enseigné à ses successeurs : nous les apôtres, les disciples, les papes et les prêtres. Tout est trop coupable pour que la relique des reliques, qui suit directement celles de Jésus et de Marie, la plus grande de toutes les reliques de saints, puisse être exposée, certes à la vénération des vrais chrétiens, mais aussi au risque, toujours plus menaçant, de profanations et de dispersions par les antichrétiens. Si le monde ne change pas, en particulier cette région du monde qu’est l’Italie, on ne verra jamais arriver l’heure à laquelle les restes de la “Pierre sur laquelle le Christ a édifié son Eglise” seront tirés des ténèbres où ils se trouvent, pour venir à la lumière, de la négligence — puisque je suis caché — à la vénération des fidèles.

Jésus a enseigné : « Donnez et il vous sera donné. Plus vous donnerez, plus il vous sera donné, en surabondance. »[5] La découverte de mon vrai corps, sa translation dans la basilique qui m’est dédiée — c’est le vrai cœur de la chrétienté, car elle a été édifiée à l’endroit où j’ai confessé héroïquement mon amour et ma fidélité au Christ, c’est l’église mère de toutes les églises catholiques — serait vraiment un don surabondant de grâce. Mais il faut pour cela faire preuve d’amour héroïque pour Jésus, pour Marie, et pour toute l’Eglise. Renaître pour obtenir, s’embraser pour obtenir, s’élever pour obtenir. Dieu donne aux personnes qui savent mériter son don, et à elles seules. A celles qui n’ont montré aucune justice envers l’Œuvre, rien ne sera donné. »

Pierre, qui m’apparaît dans son corps glorifié, est bien plus beau qu’il ne l’a jamais été, mais aussi beaucoup plus triste qu’il ne l’a jamais été de son vivant.


Notes

  1. Les catacombes de l’Ostrianum se trouvent sur la via Nomentana (c. majus, ad Nymphas, Petri, Fontis S. Petri). On y conserve une chaire de saint Pierre. Celle de sainte-Agnès communique avec les précédentes. ↩
  2. ) la via Nomentana est une ancienne voie romaine reliant la ville de Rome à Mentana (ancienne Nomentum) située à 23 kms au nord-est de la capitale. Initialement appelée Via Ficulnensis en raison de son tracé original s’arrêtant au village de Ficulnea, cette voie secondaire fut prolongée jusqu’à Nomentum où elle finit quelques kilomètres plus loin par fusionner avec la via Salaria. Le pape Pie IV décide vers 1560 de l’initier à la porta Pia nouvellement construite par Michel-Ange. ↩
  3. L’Aniene est un affluent du Tibre. ↩
  4. En juin 1953, les troupes soviétiques réprimèrent une insurrection à Berlin. La répression provoqua la fuite à l’Ouest de trois millions d’Allemands de l’Est, qui aboutit à la construction du mur de Berlin quelques années après. ↩
  5. Lc 6,38. ↩