Les Écrits de Maria Valtorta

38. Leçon n° 38 — Rm 9, 1-13.

38

2 juin 1950. Premier vendredi du mois du Sacré-Cœur.

Rm 9, 1-13.

«Le point qui suit est très profond, soit pour la règle qu’il donne dans la pratique de la charité, soit pour la leçon qu’il donne à ceux qui renoncent aux biens du Ciel pour ceux de la terre.

En invoquant le Saint Esprit qui demeure dans les cœurs et dans les corps des justes, qui parle à la conscience, et qui devient pour elle enseignement, guide et loi, Paul dit: “J’ai une grande tristesse, une douleur qui persiste dans mon cœur. Je voudrais être moi-même séparé du Christ pour mes frères (pour le bien de mes frères), les Israélites, qui sont du même sang que moi selon la chair. C’est à eux qu’appartient l’adoption des fils (de Dieu), la gloire, l’alliance, la loi, le culte, les promesses, les patriarches. C’est enfin de leur race que le Christ est issu selon la chair…”.

Paul était juif et israélite, descendant d’Abraham. Il le dit comme celui qui est fier du sang noble qu’il a reçu de sesaïeux. Il le dit malgré l’expérience foudroyante qu’il a eu sur le chemin de Damas, par laquelle il a été arraché à la Synagogue aride et plongé dans le bain de grâces du fleuve aux sept sources jaillissantes du cœur de l’Eglise, jaillissantes de la Pierre établie par le Pontife éternel, le Christ. Saul s’étaitprécipité inutilement contre cette Pierre. S’il ne s’y était pas écrasé ce fut uniquement parce que Dieu en avait décidé autrement, en raison des grandes choses qu’il avait décidé de réaliser par lui.

Bien que détaché désormais de la Synagogue, Saul éprouvait toujours de l’affection pour ses frères dans le sang d’Abraham, et il ne faudrait pas considérer cette affection comme quelque chose de reprochable. Si l’être humain est tenu d’aimer chaque homme vivant sur la Terre car il est son prochain, à plus forte raison il doit aimer celui avec qui il partage la même descendance, la même patrie et les mêmes lois.

Paul était originaire de Tarse, en Cilicie, et puisque la Cilicie dépendait de Rome, il était citoyen romain. Mais il était juif de la tribu de Benjamin, et par sa naissance, et par la Loi.

Parmi les prosélytes, les habitants de la Diaspora, et même parmi les pharisiens de Palestine, il y en avait peu de si ardents dans les pratiques pharisaïques de la loi de Moïse. Saul, lui, était ardent jusqu’au fanatisme et à l’injustice.

L’attachement envers ses frères dans le sang et dans la foi ancienne persistait donc en lui même après qu’il eût embrassé la nouvelle foi et fût devenu le plus ardent des apôtres du Christ. Il s’est en effet transporté dans le nouveau temps avec toute son intransigeance et tout son fanatisme du passé.

Mais puisque le passage s’est produit par l’intervention extraordinaire de Dieu – le Verbe incarné – l’affection pour ses frères, de terrestre qu’elle était, s’est transformée en charité surnaturelle. Même son intransigeance et son fanatisme se sont transformés, sans le quitter. En effet, Saul l’ardent, Saul l’intransigeant, Saul le pharisien fanatique, Saul le lapidateur d’Etienne, lapidateur par ses paroles si ce n’est par sesactes, Saul le persécuteur des chrétiens, une fois devenu Paul, est resté ardent, oui, mais dans l’amour plutôt que dans la haine. Il est resté intransigeant, oui, pour l’honneur de Dieu et pour le bien des âmes, mais avec lui-même d’abord, et ensuite avec les autres, à partir de Pierre le pontife, jusqu’au dernier des fidèles.

Et voici pourquoi l’affection terrestre que Saul avait pour ses frères d’antan, s’élève, devient sublime. Elle devient un martyre de charité surnaturelle. Paul voudrait tous ses frères présents dans le Royaume, convertis, repentis, renouvelés par le Christ, pour le Christ et dans le Christ, Celui qu’ils ont repoussé et persécuté jusqu’à la mort lorsqu’il était parmi eux, qui ont clamé que son Sang retombe sur eux, non pas dans unbut de sanctification et de rédemption, mais par haine et par mépris.

Ce péché de déicide serre le cœur de Paul et le remplit de douleur. La grande tristesse de Paul c’est de voir que l’obstination de ses frères juifs les fait persister dans ce péché de la persécution du Christ qui deviendra persécution des chrétiens. Au point que Paul désire et demande presque d’être séparé du Christ – Amour de ses amours – si cela pouvait permettre à ses frères juifs de se convertir et d’aimer le Christ: qu’ils parviennent a être adoptés par Dieu comme fils, mais comme fils vivants, et qu’ils deviennent frères du Christ! Non seulement frères dans la chair – car Jésus de Nazareth, descendant d’Adam par sa mère, d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et, après la succession des générations, de Jesse et enfin de Marie de la lignée de David, est bien un israélite de la branche la plus pure du Peuple élu, – mais aussi par le co-héritage duRoyaume du Père céleste.

Ceux qui veulent être chrétiens, et chrétiens véritables, doivent avoir pour leurs frères séparés les mêmes sentiments que Paul a eu pour les juifs ses frères séparés. Fils prodigues de différentes espèces. Les uns qui croient au Christ mais ne sont pas membres du Corps mystique, puisqu’ils ne sont pas unis au tronc de la Vigne mystique, qui est l’Eglise de Rome. D’autres qui sont membres de cette Eglise de Rome, mais membres morts. Ils ont reçu le baptème et d’autres sacrements de la vraie Eglise, mais, par la suite, la mauvaise volonté les a fait tomber dans des fautes mortelles ou dans des habitudes de péché, ou bien ils ont été frappés par des sanctions ecclésiastiques étant devenus victimes d’hérésies de différentes espèces: superstitions, idolâtries, même envers l’homme, commerce avec le diable, appartenance à des sectes anti-chrétiennes, spiritisme, magie, ou autres choses du genre.

Se sacrifier pour ceux-là, pour qu’ils reviennent à la Vie, et pour qu’ils aient le Salut éternel, est une forme de parfaite charité envers le prochain. Or la règle est la suivante: aimer non seulement ceux qui sont semblables à vous dans la religion et la justice, et qui vous aiment en retour, mais aussi, et surtout, ceux qui sont différents, et qui vous traitent commedes ennemis. Les aimer soit parce qu’ils en ont le plus grand besoin, soit parce que le fait d’aimer vos persécuteurs, ceux qui vous haïssent vous, votre foi et votre manière d’agir, témoigne d’une parfaite formation dans le Christ. Le Christ a pardonné même à ses bourreaux, ceux qui l’ont crucifié. Il apardonné à ceux qui se sont moqués de lui. Le pardon est une monnaie dont la valeur est infinie dans le trésor que vous avez au Ciel.

La deuxième leçon, celle sur les différentes valeurs des biens terrestres et des biens célestes, est au verset 6, 7 et 8, et la conclusion est au verset 13.

“Les descendants d’Israël ne sont pas tous des vrais Israélites, de même que les descendants d’Abraham ne sont pas tous véritable postérité d’Abraham. ‘C’est par Isaac que ta descendance portera ton nom’. Cela signifie que ce ne sont pas les fils de la chair qui sont les vrais enfants de Dieu. Seulement les enfants de la promesse sont considérés les vrais descendants”.

Voilà. C’est toujours votre volonté d’hommes libres celle qui décide de votre sort futur et éternel. Comme en Adam,c’est sa volonté qui l’a fait chuter. Comme en Caïn, c’est sa volonté qui l’a rendu fratricide et fuyard. Et il a fini par donner origine aux enfants de la chair, ceux qui sont sortis de toute loi, même morale. Dans le cas d’Ismaël, c’est sa mauvaise volonté qui a fait qu’il soit expulsé de la tribu d’Abraham, et qu’il devienne père d’enfants de la chair plutôt que de Dieu, car il s’est accouplé avec une femme d’Egypte, donc une femme idolâtre.

Les siècles sont passés, et Israël a répété cette même erreur, puisque son Roi a épousé des femmes étrangères et idolâtres, et il a instauré le culte des idoles près du Temple du Seigneur. Il a ainsi créé un terrain propice au schisme politique et religieux, ce qui a entraîné la division d’Israël en Royaume de Juda et Royaume d’Israël, et pendant des siècles, jusqu’à après la mort du Christ, a mis les habitants de la Palestine – Juifs et Galiléens – contre les Samaritains.

Mais avant même que tout cela n’arrive, un autre encore avait perdu son droit d’aînesse au sein de la race élue, et ensuite, par mépris des choses vraiment précieuses et impérissables, par son attachement aux choses de la terre, il a perdu aussi la bénédiction paternelle, similitude de la bénédiction transmise par le Père Créateur au père naturel pour investir le fils aîné de pouvoirs extraordinaires. Enfin, le même personnage a perdu le droit d’appartenir au Peuple de la Promesse, en créant la race des Edonites ou Iduméens, qui n’était plus une race d’Israélites libres, mais une race d’esclaves comme celle d’Ismaël, peuple contre lequel le Seigneur est en colère (Ml 1, 4). C’est là le symbole de la différence future entre les fils de la Loi de la Synagogue et ceux de la Loi de l’Eglise du Christ, qui transforme les gens qui la suivent en fils de Dieu, frères du Christ, cohéritiers du Ciel.

Ce n’est donc pas une mutation capricieuse du Vouloir parfait et éternel qui conduit à la liberté parfaite et à la vie du Royaume, ceux-ci plutôt que ceux-là, comme le voudraient les églises réformées et hérétiques. C’est la volonté de l’homme, laissé libre de choisir, qui l’attire davantage: la chair, le monde, Satan, ou bien l’esprit, le Ciel, Dieu.

Toutefois, seulement ceux qui demeurent fidèles à Dieu, en croyant fermement au Christ, et qui pratiquent sa Loi et sa Doctrine – c’est-à-dire la Loi du Sinaï, achevée, dépouilléedes chaînes de la Synagogue et rendue à nouveau libre comme Dieu est libre, bonne comme Dieu est bon, simple comme Dieu est simple – seulement ceux-là demeurent fils de Dieu.

Ceux qui se sont crus “premiers-nés” du peuple de Dieu, du fait qu’ils sont arrivés avant, et qui ont persécuté ceux qu’ils ont considérés comme inférieurs, du fait qu’ils sont arrivé après, c’est-à-dire à la suite du “Fils du menuisier de Nazareth” dont ils se sont moqués, ceux-là, de premiers-nés et descendants d’élection qu’ils étaient, sont devenus esclaves de leur péché. Seulement pour l’avoir méprisé, lui, et pour avoir méprisé du même coup la prédilection que Dieu avait eu pour Israël en y faisant naître son Verbe incarné, ils sont devenus ceux qui restent en arrière, alourdis par leurs péchés, et surtout par le péché des péchés, le déicide. Puisqu’ils n’ont pas su accueillir et aimer l’Amour devenu Chair par amour, ils leur est arrivé ce qui est arrivé à Ismaël et à Esaü. Eux aussi sontdevenus les rebuts du Peuple élu, les détestés de l’Amour éternel.

Par contre, ceux qui n’étaient pas le Peuple élu (les Gentils de tous les temps et de toutes les nations) sont devenus peuple d’élection et citoyens du Royaume du Christ. Ils le sont devenus sur Terre, en étant soumis à l’Epouse royale du Christ, l’Eglise, ils le deviendront ensuite au Ciel, où ils monteront pour s’installer définitivement. Voilà ce que l’immuable Parole de Dieu a promis depuis les portes de l’Eden, encore par lesPatriarches et les Prophètes, jusqu’au Christ et puis encore par le Magistère de l’Eglise, aussi longtemps que l’Eglise existera.

L’ancienne promesse d’un Rédempteur, s’étant accomplie par sa venue, et sa mission dans le monde s’étant achevée, la promesse ancienne se trouve remplacée par la promesse nouvelle: “Quiconque croit en Jésus-Christ et l’accueille avec sadoctrine, devient fils de Dieu et hérite la vie éternelle”. C’estainsi que l’ancienne Synagogue est remplacée, et pour toujours jusqu’à la fin des siècles, par l’Eglise de Jésus-Christ. A l’Ancien Testament succède le Nouveau.

Seulement ceux qui croient au Christ et vivent au sein du Corps mystique, dont le Christ est le Chef sacré et dont les fidèles sont les membres, seulement ceux-là sont fils de la promesse, “vrais descendants”, donc cohéritiers du Royaume dela Jérusalem éternelle».