Les Écrits de Maria Valtorta

42. Leçon n° 42 — Rm 9, 30-33.

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24 juillet 1950.

Rm 9, 30-33.

«Si appartenir au Royaume de Dieu – Royaume d’Amour, de Justice et de Pureté – eût été le privilège exclusif des israélites et des hébreux de la Diaspora[1], il n’aurait pas été d’évidence éclatante que Jésus, l’Homme-Dieu est roi universel, de pouvoir infini et que par lui toute l’Humanité et tout homme pouvait aspirer, mériter et obtenir le Royaume de Dieu. D’abord en son intérieur, ensuite auprès de Dieu.

Si l’invitation à l’héritage de ce Royaume avait été réservée uniquement aux Juifs, comment aurait-on pu dire que Dieu est un Père infiniment bon pour toutes les créatures dotées d’une âme spirituelle? Les Juifs n’auraient jamais accepté de partager la Bonne Nouvelle du Royaume avec le reste de l’Humanité (à moins d’un miracle divin pulvérisant l’univers d’idées préconçues que ces mêmes Juifs entretenaient obstinément contre tout ce qui pouvait les menacer de destruction ou d’éparpillement). Dans ce cas, les autres créatures, toutes les autres créatures vivant sur des continents connus et inconnus, comment auraient-elles pu dire, à la fin des siècles, que Dieu est bon et paternel envers tout le monde? Elles ne sont pas coupables d’être nées en d’autres pays, en d’autres religions. Si on eût à parler d’un coupable, ce coupable aurait été le peuple Juifs, car ce peuple entretenait dans l’ensemble une haine furibonde et une répugnance farouche pour chaque incirconcis, même si la morale pratiquée par celui-ci était beaucoup plus juste que la leur.

A cause de cette répugnance injustifiée de la part des Juifs, répugnance contraire au commandement d’aimer tout prochain et non seulement le compatriote ou le co-religionaire, jamais Israël n’avait cherché de faire connaître le Dieu véritable aux adorateurs des nombreuses divinités païennes. Ni, non plus il ne l’a fait connaître à ceux qui, particulièrement vertueux parmi les païens, auraient pu être instruits. Car il y en avait qui devinaient tellement l’existence du vrai Dieu, – différent des fausses divinités, Unique, Saint, Créateur d’une façon bien autre des affabulations des mythiques légendes – qu’ils avaient édifié un autel à ce Dieu Inconnu, et que ce lieus’était conservé pendant des siècles en témoignage de leur culte. Sans l’odre précis du Verbe incarné: “Allez et évangéliseztoutes les créatures, en les baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et en leur enseignant tout ce que je vous aienseigné”, pas même les meilleurs de la Palestine, peuple des élus, gens formés pendant trois ans à sa parole et à son exemple, n’auraient su faire tomber les lourdes pierres de leur conceptions hébraïques qui taxaient tout ce qui n’est pas hébraïque “d’abominable et d’impur”, et qui avec mépris associaient les Samaritains aux Phéniciens, aux Romans, et à toutqui n’était pas la Synagogue d’Israël.

Les Actes des Apôtres montrent la profondeur des préjugés juifs, et combien persistante était l’obtusité et cette aversion, même chez les Apôtres. Pendant trois ans Jésus avait expliquéà ses Apôtres que son Royaume n’était pas de ce monde, etavait écarté toutes leurs insinuations visant à faire de lui un “roi” terrestre. Il les avait réprimandés pour leurs rêves degloire humaine, jusqu’à provoquer le volte-face de Judas, qui l’a trahi par déception de voir s’évanouir son délire. Et voilà le jour de l’Ascension. Au moment où Jésus doit quitter ce monde pour monter vers le Père, les Apôtres avaient déjà reçu une fois le Saint-Esprit (Jn 20, 22) pour pouvoir comprendre les choses surnaturelles et les choses spirituelles, et ainsi absoudre les péchés grâce à la compréhension des mystères des cœurs et des corps. Eh bien, après que Jésus ait donné sa bénédiction, juste au moment où il s’apprête à quitter la Terre, les Apôtres encore lui demandent: “Vas-tu restaurer maintenant le royaume d’Israël?” (Ac 1, 6). Ils étaient à tel point israélites vieux-genre qu’ils n’avaient pas encore compris que le Messie était Roi d’un royaume spirituel et éternel.

Des années plus tard, quand Saul était déjà Paul, et que Pierre, Pontife depuis longtemps, était de longue date rempli de l’Esprit Saint, les préjugés contre les Gentils sont encore si puissants que Dieu, pour convaincre Pierre à ne pas repousser le centurion Cornélius de Césarée, est obligé de donner une confirmation et de faire un double miracle (Ac 10, 11-16 et 10, 25-33) à la fois pour confirmer Pierre et pour éviter que les autres Apôtres et frères de la Judée ne se précipitent contre Pierre pour le réprimander sur ce qu’il faisait (Ac 10, 44-48 et 11, 2 et 15-17).

Ces épisodes sont authentiques parce qu’ils sont contenus dans une partie complémentaire des Evangiles, une partie que les Pères de l’Eglise ont acceptée comme étant digne de foi. Ils prouvent combien fortes étaient les préventions des Juifs à l’égard des Gentils, même chez les meilleurs du vieux Israël et chez les saints de la nouvelle Eglise du Christ.

Mais Jésus, Rédempteur de tous ceux qui nourrissent dans leur esprit le désir d’être justes, par son appel, adressé à tous les hommes qui cherchent son Royaume, a voulu donner une preuve que tous les hommes sont prédestinés au Ciel, pour cequi est de Dieu, car Dieu est un Père, une tendre providence pour tous les hommes.

Les Gentils ne cherchaient pas la justice, la vraie Justice, et ceci non par mépris envers elle, mais parce qu’ils ne savaient pas qu’elle existait, et qu’il n’y avait personne pour leur en parler. Une fois qu’ils l’ont connue, ils l’ont embrassée avec un héroïsme qui a émerveillé le monde et l’a rendu chrétien.

En vérité les boues du monde païen ont été lavées par des fleuves de sang, le sang des martyrs. Et la plupart de ces martyrs étaient des Gentils convertis au Christ. La fumée des bûchers sur lesquels ont brûlé les héros du Christ, a purifié le monde. Les fondations de l’Eglise ont été construites avec les os des confesseurs, cimentées par leurs cendres et leur sang. Leurs noms mêmes témoignent du nombre impressionnant de martyrs et de confesseurs que les Gentils ont donné au Christ.

De même que Jésus, en appelant au Royaume de Dieu tous les hommes, proclame que ce Royaume est ouvert à tous, et qu’il sera donné à ceux qui l’auront mérité par leur vertu, pareillement les Gentils, en choisissant de façon libre et spontanée de faire partie de ce Royaume, qui d’abord est dans l’homme et qu’ensuite on retrouve au Ciel, proclament par leur témoignage que tout homme peut y accéder, indépendamment de son passé, pourvu qu’il le veuille.

Par contre, Israël connaissait la Justice et la Sagesse depuis des siècles. S’il eût voulu, il aurait pu se compléter, se perfectionner, en accueillant la Sagesse et la Justice vivantes, car Jésus est l’incarnation de la Sagesse et de la Justice divines. Mais il n’a ni cherché ni voulu cet achèvement, cette perfection. Au lieu d’accueillir Celui qui venait le rendre vraiment juste, il l’a repoussé. Il a piétiné, puis tué le Christ, la sainteté et la sagesse même, et en persistant dans sa mauvaise volonté, il a aussi tué ses disciples et continuateurs.

Israël n’a pas voulu être juste. Jamais. Ni envers le Maître, ni envers le Thaumaturge, ni envers le Messie, ni envers le Verbe incarné, ni envers l’Innocent. Il a condamné les paroleset les œuvres du Maître et du Thaumaturge, en les qualifiant de blasphématoires et sataniques. Il a tourné en dérision leMessie en l’appelant simulateur et sacrilège. Il a refusé de reconnaître le Verbe en Celui dont la divinité était manifeste même aux yeux de ceux qui ne voulaient pas l’admettre. Il a donné la mort de croix à Celui qui méritait tous les honneurs, et comme Homme très juste, et comme vrai Dieu.

C’est ainsi qu’agit Israël, l’Israël de toujours, envers les justes. C’est ainsi que l’immortelle classe des pharisiens et des scribes se comporte envers les serviteurs de Dieu, les élus de Dieu. L’ennemi de toute sainteté et bonté, l’ennemi de Dieu et des serviteurs de Dieu, avec l’héritage du Péché d’Adam fabrique des poisons qu’il agite contre les hommes pour les rendre concupiscents, c’est-à-dire envieux, rancuniers, menteurs, injustes envers les saints qui servent Dieu dans la voie où Celui-ci les a placés.

Israël, l’ancien et le nouveau, possède la lettre mais pas l’esprit de la justice. Il ne le possédait pas il y a vingt siècles et il ne l’a pas maintenant.

La lettre? Une avalanche de lettres! Ce sont “les poids” insupportables placés sur les épaules des “petits”, tandis que sur leurs épaules de personnes “puissantes” ils ne mettentrien. Ce sont les “verrous” placés pour rendre impossible auxgens d’entrer au Royaume des Cieux. Ce sont les “dîmes”payées par obsèque à la Loi formelle, dîmes qui ne dérangent pas du tout les riches, mais qui sont mortelles pour les pauvres envers qui on ne pratique ni justice ni charité, les deux choses les plus essentielles de la Loi; et pour justifier sa propre dureté, son avarice et son égoïsme, on appelle “corban” des sommes d’argent qui seraient beaucoup mieux dépensées à secourir une misère. Voilà ce qui était et demeure encore la “lettre”de la Loi, et non son esprit. Toutes ces choses dont le Christ a parlé aussi bien avec ses amis qu’avec ses ennemis, avec l’impartialité de celui qui est véridique et détaché de toute considération humaine, étaient et sont la “lettre” de la loi. Elles ferment l’entrée dans la justice.

Israël n’est donc pas entré dans la justice. Il est resté ligoté et momifié dans les formules qu’il s’était données. Il s’est mis à l’abris sous des gravats de béton qui l’ont rendu intellectuellement aveugle et stérile. Semblable à un cadavre, il est devenu sans vie. Il s’est privé de la foi parfaite, celle qu’on vit avec le Christ et dans le Christ. Jésus Rédempteur, Celui qui pour Israël, surtout pour lui, aurait pu être “Lumière” et “Pierre angulaire”, est devenu sa pierre d’achoppement. Il s’agit de la pierre annoncée par le prophète Isaïe. Il s’agit dela pierre dont le prophète Siméon a parlé et prédit qu’elle serait “la ruine et la résurrection de beaucoup, et un signe decontradiction”. Il s’agit de la pierre dont le Christ lui-même a dit: “La pierre qu’ils ont rejetée est devenue pierre angulaire… quiconque heurtera contre cette pierre se fracassera, et ceux sur qui cette pierre tombera seront broyés”.

Qui sont-ils ceux qui se fracassent en heurtant contre cette Pierre-Jésus-Eglise? Ce sont les ennemis du Christ qui est la Pierre-Eglise-Chef de cette Eglise.

Jusqu’ici il ne s’est jamais vu qu’un vrai et grand adversaire de l’Eglise catholique, apostolique, romaine s’en est sorti victorieux. L’histoire de vingt siècles démontre que celui qui, de façon présomptueuse, s’est permis de lever la main avec haine contre l’Eglise, a vu brisés ses rêves perverses de gloire. Ceci prouve que les condamnations ecclésiastiques ne sont pas une “lettre”, mais une réalité à laquelle Dieu souscrit avec tout le poids de sa volonté, et que ceux qui en sont frappés, ne peuvent connaître que ruine dans le temps et dans l’éternité.

Qui sont ceux sur qui la pierre tombe en les broyant? C’est ceux qui ont appelé sur eux cette Pierre, en criant: “Que sonSang retombe sur nous et sur nos propres enfants”.

Et ce Sang est retombé. Et il a broyé le Temple, l’Autel, les prêtres, les puissants, comme les plus petits d’Israël. Il les a écrasés, eux, et il pulvérisa leur sotte fierté nationale, leur dureté impitoyable envers les plus petits, ainsi que leurs déductions et convictions erronées sur le Royaume prophétisé et le Messie-Roi. Il a tout broyé. Pendant des siècles. Et ce n’est pas achevé. Il ne s’arrêtera pas, aussi longtemps que de la fierté et de l’aveuglement têtu d’Israël – demeurés tels même si cette Pierre, en tombant sur lui, l’a pulvérisé, en dispersant partout sa poussière d’orgueil – ne sortira pas un humble cri invoquant le pardon, des larmes de connaissance et de reconnaissance, les larmes que l’Eternel attend depuis vingt siècles pour pouvoir enfin pardonner. Pardonner le péché terrible, inouï, de ceux qui ont tué son Fils-Dieu. Ce jour-là Israël sera à nouveau admis à la vision salutaire du Christ: “Béni soitcelui qui vient au nom du Seigneur. Hosanna au Christ, Fils de Dieu par génération éternelle, Fils de David par génération humaine à travers la Vierge, rejeton de la racine de Jessé,la fleur, le lis inviolé dérivé de cette racine. C’est par Elle que l’Emanuel est né, grâce à l’œuvre accomplie par l’Esprit duSeigneur sur sa corolle virginale et immaculée”.

Jusqu’à ce moment-là la condamnation pèsera sur Israël. Alors que tous ceux qui croient au Christ, quelle que soit leur patrie, seront confirmés dans leurs espoirs et récompensés pour leurs vertus. Cette même récompense ira aussi à tous ceux qui appartiennent au moins à l’âme de l’Eglise par leur bonne volonté, leur pratique de la justice, et par la charité qu’ils exercent envers leur prochain et envers Dieu, le Dieu qu’ils n’ont pas connu, mais dont il ont saisi intuitivement l’existence».


Notes

  1. On appelle ainsi les Juifs qui vivent à l’extérieur de la Terre promise (Jc 1, 1). ↩