29 octobre 1950. Fête de Christ Roi.
Rm 11, 1-24.
«Cette réprobation d’Israël n’est pas totale, ni définitive. Dieu est juste, mais il est miséricordieux aussi. Preuve en est qu’il a fait de son Verbe l’Agneau destiné au sacrifice pour la rédemption des hommes.
Israël n’a pas été rejeté au complet, car il n’était pas tout mauvais. Comme dans n’importe quelle société humaine, Israël aussi comptait des justes parmi les siens. Les plus justes ont compris, suivi, et aimé le Christ dès leur premier contact avec Lui. D’autres, moins simples et moins justes, ont attendu d’avoir des preuves puissantes avant de croire qu’il était le Messie. D’autres encore ont été secoués seulement par les miracles extrêmes (résurrection et ascension). Enfin, d’autres encore se sont rendus à l’évidence seulement lorsqu’ils ont vu muer les Apôtres, d’abord rudes et incultes, en évangélisateurs pleins de dignité et de sagesse, devenus courageux, alors que d’abord ils étaient des peureux. Ils ont cru seulement lorsqu’ils ont vu qu’à l’image de leur Maître, ces Apôtres étaient devenus eux-aussi des thaumaturges; et surtout lorsqu’ils ont vu que ces mêmes Apôtres étaient devenus tellement sûrs de leur foi, qu’ils pouvaient tenir tête au Sanhédrin, coup sur coup, et répondre ainsi à toutes les injonctions injustes: “S’il est juste devant Dieu d’obéir à vous plutôt qu’à Dieu, jugez-le vous-mêmes. Pour ce qui nous concerne, nous ne pouvons taire ce que nous avons vu et entendu (Ac 4, 19-20). Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. Le Dieu de nos pères a ressuscité ce Jésus que vous avez tué en le suspendant à la croix. Ce Prince et ce Sauveur, Dieu l’a exalté par sa droite, afin d’accorder par Lui à Israël la rémission des péchés. Nous sommes témoins de ces choses, nous et cet EspritSaint que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent (Ac 5, 29-32)”.
Les plus justes parmi les chefs d’Israël, parmi lesquels Gamaliel, le plus éminent des rabbi de son temps, ont fini par se convertir alors au Seigneur Jésus, car l’homme n’est pas entièrement mauvais, même s’il n’est pas entièrement bon. Le péché originel et les péchés de la triple concupiscence ne détruisent pas tout ce que Dieu a mis dans l’homme: toutes les tendances bonnes de la partie incorporelle (esprit et intelligence). La raison, que seulement la démence totale peut annuler, est toujours capable d’ouvrir la voie à la vérité et à la justice. Elle peut toujours éclairer l’esprit des hommes pour qu’ils puissent faire bon usage de leur libre volonté, accueillir ce qui au départ ils ont ouvertement rejeté ou qu’ils ont eu du mal à accueillir en le reconnaissant finalement pour vrai et pour bon, comme chemin vers la Vérité.
Les autres du peuple d’Israël, de ce peuple à la “nuque raide”, depuis le temps de Moïse, ont persisté dans leur erreur. Ils ont rejeté la foi dans le Christ. Ils ont répudié sa doctrine, qui ouvre la voie au salut. Malgré une pré-connaissance du Messie, que Dieu avait pré-annoncé à ses enfants tant de fois, ils ne l’ont pas accueilli, et l’ont même rejeté comme un pécheur. C’est que leur cœur était vide de charité qui est vie en Dieu et vie de Dieu dans l’homme. Il y avait l’orgueil, qui n’est que dureté de cœur, et fumée qui empêche de voir la vérité.
Quant à Dieu, même si la faute d’Israël a été énorme, il n’a pas rejeté la totalité de son peuple. Comme déjà il avait dit àElie, il a mis à part un certain nombre d’hommes qui n’auraient pas fléchi leur genoux devant aucune idole, et qui tôt ou tard seraient venus vers le Roi des rois. La Grâce est pour ce petit reste du Peuple élu. La Grâce est un don que Dieu a prédestiné pour tous les hommes. Cela est vrai. Mais elle demeure un don chez ceux qui ne la repoussent pas, qui ne s’en débarrassent pas avec le péché. Les autres deviennent des fils sauvages même si au départ ils étaient des fils de la maison. Ils ne reconnaissent pas le Premier-né de tous les enfants de Dieu, le Premier-né par Nature et par Grâce.
Israël n’a pas atteint la gloire humaine qu’il cherchait, ni la gloire surnaturelle que l’orgueil lui faisait croire de posséder déjà. A l’exception du petit nombre de Juifs qui se sont convertis au Christ, Israël s’est plutôt mérité la punition du Ciel, l’aveuglement, l’étourdissement, le lacet, le filet, le piège, la punition humaine qui l’a contraint à se plier jusqu’au sol sous les coups des oppresseurs, et à se disperser dans le monde pour se faire détester par tous tout au long de l’histoire. Tout cela Israël l’a mérité pour avoir voulu être trop “au dessus de tout” selon ses propres vues, pour s’être assis (dans la personne de ses grands chefs) sur la chaire de Moïse, mais sans vivreselon la justice de Moïse; pour avoir voulu s’ériger en grand “maître” face au monde, en rendant la Loi impossible à pratiquer à force de minucieuses lois humaines ajoutées et superposées à la Loi; pour avoir voulu être celui qui juge même le Saint des saints venu du Ciel pour reconduire Israël à la Justice, et pour ramener la Loi à sa divine et parfaite simplicité. Car à tout homme juste il est possible d’observer cette Loi, qu’il soit juif, samaritain, grec, ou romain.
Les Juifs ont rejeté, nié, tué le Roi des rois, ce Roi qui leur aurait donné un royaume sans fin. Par punition et par humiliation ils ont eu des empereurs et des dominateurs humains tout au long de leur histoire.
Leur orgueil s’est vu offrir comme nourriture le pain que voici: se voir remplacés comme Peuple de Dieu par les Gentils. Voir la destruction de leur Temple, celle de leur autel et de leur cité. Ils en étaient fiers au point de manquer de charité envers tous ceux qui n’étaient pas citoyens de naissance, ou par élection à des charges suprêmes.
Ils ont méprisé, et ils se sont vus méprisés. Ils ont dominé avec dureté, et se sont retrouvés dominés avec des barres et des chaînes par ceux qu’ils avaient mésestimé pendant si longtemps. Ils ont été rejetés, et d’autres ont pris leur place. Il n’y a plus eu de Jérusalem et de Synagogue, mais Rome et l’Eglise. De “premiers”, ils sont devenus “derniers”, comme l’avait annoncé la Parole qui sait tout et qui voit tout.
Pourtant, là aussi, puisque Dieu fait sortir du bien de toutes choses, même de celles qui sont substantiellement mauvaises, là aussi, à partir du délit des Juifs est venu le salut des Gentils.
Ceux-ci n’étaient pas plus méchants que les Juifs envers le Christ, mais, bien que païens, ils respectaient en Lui l’homme savant et pacifique, l’homme qui ne les méprisait pas, qui n’enseignait pas aux foules à les mépriser, mais qui, au contraire, était bon même avec eux, les Gentils. Mais après le délit du Golgotha, leurs yeux se sont ouverts à la vérité. Dans l’homme bon, pacifique, savant, et capable de faire des miracles, ils ont reconnu “le Fils de Dieu”. Ils se sont tournésvers Lui, toujours vivant dans son Eglise, et ont trouvé la Vie.
Voilà donc que le délit des Juifs, un délit des gens avares par concupiscence de pouvoir, est devenu richesse de trésors spirituels pour les Gentils, qui en étaient privés. Par contre le volontaire refus de compréhension et d’intelligence de la part des Juifs vis-à-vis de la Lumière qu’ils ont obstinément repoussée, en lui préférant les ténèbres, a fait en sorte que cetteLumière, génératrice de charité, a été transférée aux Gentils avec tous ses bienfaits. Ce fut la cause initiale qu’ont suivi les autres: grâce à la charité, des hommes qui étaient citoyens de pays hostiles, ou qui se haïssaient parce qu’ils vivaient dans un rapport de dominateurs-dominés, se sont réconciliés au point de s’appeler “frères” au nom du très saint Frère venu mourir pour leur donner une Vie unique, sans égard au fait qu’ils étaient Juifs ou Gentils, Juifs de la Diaspora ou Grecs,Romains, Lybiens, Egyptiens, Partes, ou Syriens.
La première fut la charité à surgir ou a résurgir là où elle était morte. La charité qui est vie en Dieu. Elle a sanctifié les prémices, ensuite la masse toute entière, la totalité de la Vignemystique. La sanctification s’est faite à partir des racines, qui étaient d’Israël. Elle s’est faite par Marie, Mère de Jésus, vierge de la lignée de David, et par Jésus, son Fils unique. Elle s’est faite aussi par les Apôtres fils d’Israël et les disciples originaires des douze tribus d’Israël. Enfin elle s’est faite par les branches nouvelles données par les Gentils greffés au tronc de cet Arbre de Vigne à la place des branches qui, pour avoir refusé d’être unies au Christ, tronc de la Vigne mystique, en avaient été coupées et enlevées en étant branches mortes.
Tout le Corps mystique est saint, car sa Tête est sainte, et sainte est la racine qui a produit le très saint bourgeon d’où est venue cette Tête. Les branches aussi sont saintes, même celles qui y ont été greffées – peu importe si auparavant elles ne l’étaient pas – pourvu qu’elles ne refassent pas l’ancien péché par lequel Adam a perdu la Grâce, et par lequel Israël aperdu la Grâce et la bénédiction de Dieu dans la quasi totalité de son peuple.
La charité est vie pour les nouveaux bourgeons, elle est vie pour chaque nouvelle branche de la Vigne mystique. C’est la lymphe divine qui alimente ceux qui ne se détachent pas, par orgueil, du tronc. L’orgueil engendre le doute, tant sur les vérités que sur les devoirs. Or, ceux qui négligent d’accomplir leur devoirs deviennent exécrables à Dieu. Le doute engendre la tiédeur dans la foi, ensuite l’incrédulité, ensuite la perte de la crainte de Dieu, ensuite la conviction que Dieu est tellement bon qu’il ne peut en aucun cas être sévère.
Dieu est juste dans sa bonté. Sévère jusqu’à ce que l’homme persiste dans son mal, doux à chaque fois que l’homme regrette sa faute. Il est davantage prêt à réintégrer l’homme dans son amitié plutôt que le condamner. Dieu est heureux lorsqu’il peut faire ou refaire un être vivant d’un être spirituellement mort. Dieu est bon, oui. Mais sot, non.
Le Seigneur peut faire toutes sortes de miracles. Sa puissance et sa miséricorde sont infinies, et infinis sont les mérites du Christ Rédempteur. Mais pour obtenir chaque miracle, une chose est nécessaire: la bonne volonté de l’homme, sa foi en Dieu, son espérance dans le Seigneur, sa charité envers Dieu et envers le prochain. Surtout la charité. Elle est le terrain qui permet la croissance de toutes les vertus et l’union avec Dieu».