Gli Scritti di Maria Valtorta

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114. Le 3 juin

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114. Capitolo 114

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1944-06-03

Marie dit:

«Je suis la Mère. Ecris.

Tous les samedis, observe l’heure de ma Désolation. Je te bénirai de passer ainsi la nuit du vendredi au samedi. Le premier et le troisième point te sont faciles. Tu ne fais que relire les visions et les dictées que tu as reçues. Mais le deuxième te coûte parce que tu dois l’observer personnellement. Tu as écrit dans ta description: “Avec le groupe… Marie rentre à la maison, qui n’est pas bien loin.”[1] Or si cela suffit en ce qui concerne la description, cela ne suffit pas à ta prière actuelle. Pour ta propre conduite, écris donc ce que j’ai souffert alors.

Lorsque la pierre fut glissée dans sa cavité et ferma le Sépulcre, il m’a semblé qu’elle me passait sur le cœur, me le broyait et me l’arrachait de la poitrine. Je me suis agrippée à sa saillie par les ongles et la bouche pour la repousser, cette pierre qui me séparait de Jésus, qui me le faisait mourir une seconde fois, d’une mort plus profonde, d’une séparation encore plus grande dans laquelle même les membres de mon Fils n’étaient plus miens… Mais, hélas, je n’ai rien obtenu! Ongles et dents glissèrent sans faire bouger la grosse pierre. Mes doigts et mes lèvres saignèrent, mais il resta fermé, fermé et inexorable comme la mort. Alors les larmes coulèrent sur le sang. Et ce sang, ces larmes de sa Mère furent les premiers qui baignèrent ce lieu saint où un Dieu connut la mort pour arracher l’homme à la mort.

Ils me détachèrent de là, car, s’ils m’y avaient laissée, j’y serai restée: là, au pied de cette porte de pierre, comme une mendiante qui attend une obole. J’étais en effet la plus misérable des femmes et, pour vivre, j’avais besoin de cette obole: revoir mon Fils! J’étais encore moins qu’une mendiante. Je me serais blottie là comme une brebis qui a perdu son berger, qui est vagabonde, affamée, seule, et qui rentre à la bergerie fermée, à la bergerie qui n’a plus de maître, et se laisse mourir de faim là, contre le mur épais, car elle n’a plus personne et, dans ce monde rempli de loups, il lui semble être encore défendue si elle reste à l’endroit où se trouvait celui qui l’aimait… Est-ce que je n’étais pas, en effet, une brebis au milieu de loups féroces, et celui qui m’aimait n’était-il pas mort?

Ils m’arrachèrent donc de là… Oh! Que la pitié des hommes peut être cruelle, parfois! Qu’auraient été ces jours pour moi, à attendre la résurrection de mon Jésus dans ce jardin paisible? Beaucoup, beaucoup moins déchirants que ceux que j’ai dû vivre ailleurs.

Il n’y avait, à cet endroit, aucune trace de crime. Les plantes, bonnes et innocentes, continuaient à fleurir pour louer Dieu. Les oiseaux, bons et innocents, à faire leur nid et à chanter pour obéir au Seigneur. Eux, ils ne haïssaient pas, ils n’avaient jamais haï, maudit ou tué. Ils avaient entendu les cris de haine et les blasphèmes et, tout apeurés, s’étaient cachés au cœur [du feuillage] tandis que les plantes frissonnaient sous le vent de la colère. Ils avaient vu passer leur Seigneur ensanglanté, roué de coups, blessé, mourant, comme l’un des leurs à cause d’un épervier ou d’une bande de mauvais enfants; ils en avaient ressenti à la fois de la pitié et de la peur à la pensée que la fin de toute créature était venue si leur Créateur avait été conduit à la mort, lui qui, dans sa bonté, avait toujours eu pour eux des paroles d’amour, des bénédictions et des miettes de pain.

Dans une telle paix, j’aurais pu sentir ma souffrance s’engourdir et j’aurais pleuré, sans tressaillir de douleur, sous les étoiles et dans le soleil doré, jusqu’au moment où l’aurore dominicale m’aurait ouvert les portes et rendu mon Fils.

Et les gardes? Oh, je n’en avais pas peur! Je me serais recroquevillée dans un coin comme une esclave dans l’attente de son maître et je leur aurais paru si méprisable qu’ils m’auraient oubliée. D’ail­leurs, même s’ils s’étaient moqué de moi, qu’est-ce que cela m’aurait fait? Que de railleries ne m’avaient-on pas lancées au sommet du Golgotha? Je n’aurais pas pu en entendre de plus atroces. J’avais bu la lie des obscénités humaines et, depuis lors, aucune atroce imprécation qui me soit adressée, à moi, ne me surprend. Je les connais toutes… Je pouvais donc entendre aussi les plaisanteries de quelques gardes ensommeillés.

Mais on m’a arrachée de là… Et il m’a fallu revenir parmi les hommes. Les hommes!… Les hommes!… ces bêtes sauvages qui avaient tué mon Fils. Ce fut là le second calvaire de la Mère…

Voici la route!… Elle est encore détériorée par la foule qui l’a parcourue le matin à la suite du Condamné, et dans l’après-midi en s’enfuyant du mont. Pour rentrer à la maison, il me faut emprunter un sentier sur lequel ces gens cruels étaient passés.

Je vois les traces de leurs pas. Il y en a dans tous les sens, ainsi que des lambeaux de tissu et des objets perdus, comme toujours là où une foule se répand et où, dans la cohue, [les gens] s’oppressent les uns les autres. Chacun de ces signes, chacune de ces traces de pas me disait: “Je suis un bourreau de ton Fils.”

Voici ensuite le vrai chemin du Calvaire, là, à la passerelle après la Porte… Ici, les traces se font plus nombreuses, et ma douleur plus atroce… Je vois par terre des pierres et des gourdins… et je sais à quoi ils ont servi. Il y a certainement du sang de mon Fils dessus, car ils l’ont frappé sur ses membres déjà tellement lacérés!… Oh! Je voudrais rechercher le sang de mon Fils sur ces matériaux non coupables, mais que l’homme a rendus coupables. Mais on ne me laisse pas faire. La nuit tombe. On est vendredi, la veille du sabbat. Il faut se dépêcher.

Avant de tourner le dos au Calvaire pour prendre la route qui entre dans la ville, je me retourne et, dans le crépuscule du soir, je vois trois ombres noires sur un ciel déjà pris par la nuit: ce sont les trois croix. L’une d’elles a porté mon Fils! Mon Fils! Elle a été le lit de son agonie! Sa Mère, qui lui avait préparé un berceau si moelleux quand elle l’attendait et ne s’était pas donné un instant de paix pour que le premier sommeil de son Enfant n’ait pas à con­naître la dureté piquante d’une litière de paille, a dû le voir mourir sur la dureté du bois…

Oh! Vous, les mères, qui pleurez à la pensée de l’agonie de vos enfants morts, imaginez ma souffrance! Pensez-y toutes, vous les femmes au cœur tendre, même si vous n’êtres pas mères; pensez-y, vous les hommes bons et honnêtes, et vous aussi, les mauvais, si vous n’êtes pas tout à fait des bêtes sauvages ou des démons maudits, et ayez pitié de ma douleur!

Ils m’entraînent par-delà la Porte qu’on est sur le point de fermer. Voilà Jérusalem… la marâtre qui a tué le Fils de son Epoux! la meurtrière qui s’est précipitée sur l’homme sans défense pour le saigner! La voleuse qui l’a attendu au passage pour s’en emparer et le dépouiller de son unique trésor: la vie.

En tant qu’homme, mon Jésus ne possédait qu’elle. Il était pauvre, sans argent, sans bijoux, sans biens. Depuis qu’il s’était fait le serviteur de l’homme pour mener l’homme aveugle à Dieu, il n’avait plus rien, pas même sa petite maison maternelle, le lit fait par celui qui lui a servi de père, le pain cuit par sa Mère. Il couchait là où une personne miséricordieuse le recevait, mangeait là où quelqu’un de bon lui donnait un pain. Sinon, c’étaient les herbes des prés qui accueillaient son corps las, les étoiles qui veillaient sur son sommeil et les épis de blé mûr ou les mûres sauvages, cette nourriture des oiseaux, qui pourvoyaient à sa faim. Il n’avait rien de plus que le passereau qui cherche sa nourriture dans les champs et son repos dans les granges.

Mais il était jeune et en bonne santé. Il avait la vie… et on la lui a retirée! Jérusalem l’a dépouillé de sa vie. Comme un vampire, elle a sucé tout son sang, comme un vautour, elle l’a blessé de son bec par rancœur, comme un sadique rebelle, elle l’a torturé et crucifié en jouissant de ses spasmes, de ses tremblements, de ses sanglots, de ses convulsions. Oh! Je les vois encore!…

Il y a peu de monde dans les rues. Après leur crime, les coupables se terrent. Mais je tressaille d’horreur à la vue de ces rares personnes qui s’esquivent furtivement dans les ruelles étroites et disparaissent par de petites portes aussitôt refermées, comme si elles redoutaient l’irruption d’ennemis. Peut-être ce vieillard est-il son accusateur… il est possible que ce jeune homme ait blasphémé contre lui, que cet homme musclé et trapu l’ait malmené et frappé… Et maintenant ils fuient, se cachent, s’enferment. Ils ont peur. De quoi? D’un mort. Pour eux, ce n’est qu’un mort puisqu’ils ont nié qu’il soit Dieu. Que redoutent-ils donc? A qui ferment-ils leurs portes? Au remords. A la punition.

C’est inutile. Le remords est en vous et vous poursuivra éternellement. Quant à la punition, elle n’est pas humaine. Les serrures et les barres ne servent à rien contre elle. Elle descend du ciel, de Dieu qui venge son Fils immolé, elle entre par les murs et par les portes, et vous marque de sa flamme céleste pour le châtiment surnaturel qui vous attend. Le monde viendra au Christ, au Fils de Dieu et mon Fils, il viendra à celui que vous avez transpercé, mais vous, vous serez marqués pour l’éternité, vous serez les Caïn de Dieu, l’opprobre de la race humaine.

Et moi, qui suis née de vous, qui suis la Mère de tous, je dois dire que pour moi, votre fille, vous avez été plus que des beaux-pères; au nombre infini de mes enfants, vous êtes ceux qui me demandent le plus d’efforts pour vous accueillir, car vous êtes souillés par votre crime contre mon Enfant, et vous ne vous en repentez pas en disant: “Tu étais le Messie. Nous te reconnaissons et nous t’adorons.”

Une ronde romaine passe. Les dominateurs craignent la foule déchaînée. Oh! N’ayez pas peur! Ce sont de viles hyènes. Elles se jettent sur l’agneau sans défense, mais craignent le lion armé de lances et d’autorité. Ne redoutez rien de ces chacals rampants. Votre pas de fer les met en fuite et le seul éclat de vos lances les rend plus doux que des lapins.

Mais ces lances… l’une d’elles a ouvert le cœur de mon Fils! Laquelle? Les voir m’est une flèche dans le cœur. Je voudrais cependant les tenir toutes dans mes mains tremblantes pour voir quelle est celle qui porte encore des traces de sang et dire: “C’est celle-ci! Donne-la-moi, soldat! Donne-la à une mère, en souvenir de ta pro­pre mère qui est au loin. Je prierai pour elle et pour toi.” Aucun soldat ne me l’aurait refusée, car ce sont eux, les hommes de guerre, qui ont le plus fait preuve de bonté à l’agonie du Fils et de sa Mère…

Et voici la maison… Combien d’heures, combien de siècles se sont-ils écoulés depuis que j’y suis entrée, hier soir? Depuis que j’en suis sortie, ce matin? Est-ce bien moi, la Mère cinquantenaire, ou une vieille femme ancestrale, une femme des premiers temps, dont le dos courbé et les cheveux blancs portent des siècles? Il me semble avoir vécu toute la douleur du monde et que celle-ci repose entièrement sur mes épaules, qui plient sous son poids. C’est une croix immatérielle, mais si lourde! Elle est de pierres. Elle pèse peut-être plus lourd que celle de mon Jésus. Car je porte la sienne et la mienne, avec le souvenir de son supplice et la réalité de mon supplice.

Nous entrons. Il faut bien entrer. Loin de me réconforter, cela accroît ma douleur. C’est par cette porte qu’est entré mon Fils pour son dernier repas. C’est par cette porte qu’il en est sorti pour aller à la rencontre de la mort. Il a dû poser le pied là où le traître l’avait posé en sortant pour appeler ceux qui allaient arrêter l’Innocent. Contre cette porte, j’ai vu Judas… j’ai vu Judas!… Et je ne l’ai pas maudit, mais je lui ai parlé comme une mère torturée, torturée pour son bon Fils comme pour son mauvais fils… J’ai vu Judas!… J’ai reconnu le démon en lui! Moi, qui ai toujours maintenu Lucifer sous mon talon et n’ai jamais baissé les yeux sur Satan puisque je regardais Dieu seul, j’ai connu son visage en regardant le Traître… J’ai parlé au Démon… et il s’est enfui, car le Démon ne supporte pas ma voix…

Oh! Laissez-moi entrer dans cette pièce où mon Jésus a pris son dernier repas! Là où la voix de mon Enfant a dit ses derniers mots en paix! Ouvrez-moi! Ouvrez-moi cette porte! Vous ne pouvez la tenir fermée à une mère! A une mère qui désire respirer dans l’air l’odeur du souffle, du corps de son Enfant. ne savez-vous donc pas que c’est moi qui lui ai donné ce souffle, ce corps? Que c’est moi, moi, qui l’ai porté neuf mois durant, qui l’ai enfanté, allaité, élevé, soigné? Ce souffle est le mien! L’odeur de cette chair est à moi! C’est la mienne, encore embellie en mon Jésus. Laissez-moi la sentir encore une fois! J’ai encore dans les yeux la vue de son Sang et dans le nez l’odeur de son Corps en plaies. Je veux voir la table où il s’est appuyé alors qu’il était encore vivant et en bonne santé, je veux sentir le parfum de son jeune Corps. Ouvrez-moi! Ne me l’ensevelissez pas une troisième fois! Vous me l’avez déjà dissimulé sous les aromates et les bandes. Puis vous l’avez enfermé derrière la pierre. Maintenant pourquoi, pourquoi refuser à une mère de retrouver cette dernière trace de lui dans le souffle qu’il a laissé de l’autre côté de cette porte?

Laissez-moi entrer. Je chercherai par terre, sur la table, sur le siège les traces de ses pieds, de ses mains, je les embrasserai, je les embrasserai jusqu’à m’en user les lèvres… Je chercherai… je chercherai… Peut-être trouverai-je un cheveu de sa tête blonde, un cheveu qui ne soit pas couvert de sang. Mais savez-vous donc ce que signifie le cheveu d’un enfant mort pour sa mère? Toi, Marie, femme de Cléophas et toi, Salomé, vous êtes mères et vous ne comprenez pas?

Jean? Jean? Ecoute-moi. Je suis ta Mère. C’est lui qui m’a rendue telle. Lui. Tu me dois obéissance. Ouvre. Je t’aime, Jean. Je t’ai toujours aimé parce que tu l’aimais. Je t’aimerai plus encore, mais ouvre! Ouvre, je te dis! Tu ne veux pas? Tu refuses? Ah, n’ai-je donc plus d’enfants? Jésus ne me refusait jamais rien parce qu’il était mon Fils. Toi, tu refuses. Tu n’es pas mon fils. Tu ne comprends pas ma douleur!… Jean, pardonne-moi!… Ouvre-moi… Ne pleure pas… Ouvre…

Jésus, Jésus! Ecoute-moi! Que ton esprit accomplisse un miracle! Ouvre à ta pauvre Mère cette porte que personne ne veut lui ouvrir! Jésus, Jésus!… Je meurs… Je viens avec toi, Jésus… je viens…»

… Alors Marie, après avoir frappé la porte de ses petits poings en essayant de l’ouvrir, après avoir imploré Jean en s’appuyant sur les femmes, s’affaisse, plus pâle qu’un lys, et aurait glissé à terre si on ne l’avait soulevée pour la porter dans la pièce en face.

La vision qui m’a accompagnée tout au long de la dictée s’achève ainsi.

«Sais-tu, dit alors Marie, pourquoi c’est aujourd’hui seulement que je te dis ces mots? Parce que tu n’as plus le cahier où le désespoir de Judas se trouve décrit. J’en parle ici. cela constitue d’ail­leurs une preuve qu’il s’agit de choses vraies, car une personne qui les inventerait elle-même s’embrouillerait, puisqu’elle n’aurait pas le moyen de s’en souvenir, et mentirait. Or toi, faible et fatiguée comme tu l’es, tu ne te souviens pas d’une heure à l’autre. Fais-le remarquer à mon serviteur[2], ton père spirituel.»

Effectivement, il avait emporté ce cahier le 27 mai.

Jésus me montre une réunion de chrétiens aux tout premiers temps après la Pentecôte. Je dis “tout premiers” car les Douze – ils sont de nouveau douze et donc Matthias a déjà été élu – ne se sont pas encore séparés pour aller évangéliser la terre. Je pense par con­séquent que la Pentecôte doit avoir eu lieu peu auparavant. Toutefois, de nombreux disciples accompagnent maintenant les Douze.

Ils se trouvent tous au Cénacle. Celui-ci a subi une modification nécessaire à sa nouvelle fonction et imposée par le grand nombre de fidèles. La grande table n’est plus contre le mur de l’escalier, mais contre celui qui est en face, de sorte que ceux qui ne peuvent entrer dans le Cénacle – Jésus me fait observer que c’est la première église du monde entier – puissent voir ce qui s’y passe en s’entassant dans le couloir d’entrée, près de la petite porte, grand ouverte.

Il y a des hommes et des femmes de tout âge. Dans un groupe de femmes, près de la table mais dans un coin, se tient Marie entourée de Marie-Madeleine, de Marthe, de Véronique, de Marie femme de Cléophas, et de Salomé, la maîtresse de maison. Je les nomme comme cela me vient, et non pour les classer d’une manière spéciale. Il y en a encore une autre qui se trouvait elle aussi au Calvaire, mais j’en ignore le nom. Parmi les hommes, je reconnais Nicodème, La­zare, Joseph d’Arimathie et, me semble-t-il, Longinus aussi, mais il est… – disons – en permission, car il n’est pas en tenue militaire mais porte un vêtement long et grisâtre comme s’il était un habitant quelconque. Peut-être l’a-t-il mis pour ne pas être reconnu. Je ne sais pas. Je n’en connais pas d’autres.

Pierre parle pour instruire l’assemblée. Il raconte encore une fois la dernière Cène. Je précise “encore”, car il le dit lui-même: «je vous parle encore une fois de cette Cène pendant laquelle, avant d’être immolé par les hommes, Jésus de Nazareth, comme on l’appelait, Jésus Christ, Fils de Dieu et notre Sauveur – comme il faut le dire et le croire de tout notre cœur et de tout notre esprit puisque notre salut réside en cette foi – s’immola de sa propre volonté et par excès d’amour, en se donnant aux hommes en nourriture et boisson par ces mots: “Faites ceci en mémoire de moi.” Et c’est ce que nous faisons. Mais, ô hommes, vous devez croire ce que nous, ses témoins, nous croyons: que son Corps et son Sang – ce Corps et ce Sang qui appartiennent à un Dieu, Fils du Dieu très-haut, et qui ont été crucifiés et répandus pour nous – se trouvent en ce pain et ce vin, offerts et bénits, comme il l’a fait, en souvenir de lui et pour obéir à son commandement. Croyez, et bénissez le Seigneur qui nous laisse ce signe éternel de pardon, à nous qui l’avons crucifié. Croyez, et bénissez le Seigneur qui permet à ceux qui ne l’ont pas connu quand il était le Nazaréen de le connaître maintenant qu’il est le Verbe incarné retourné auprès du Père. Venez et prenez. Ecoutez les paroles qu’il vous dit. Il l’a dit lui-même: “Celui qui mange ma chair et boit mon Sang aura la vie éternelle.” Sur le moment, nous n’avons pas compris… (Pierre pleure). Nous n’avons pas compris parce que nous étions lents à comprendre. Mais maintenant l’Esprit Saint a enflammé notre intelligence, fortifié notre foi, infusé en nous la charité, et nous comprenons. Et au très-haut nom de Dieu, du Dieu d’Abraham, de Jacob, de Moïse, au très haut nom du Dieu qui a parlé à Isaïe, à Jérémie et à Ezéchiel, nous vous jurons que c’est la vérité et nous vous conjurons de croire pour avoir la vie éternelle.»

Pierre est plein de majesté quand il parle. Il n’a plus rien du pêcheur un peu rustre qu’il était il y a peu de temps encore. Il est monté sur un tabouret car, avec sa petite taille, il ne serait pas vu des plus éloignés s’il était resté les pieds au sol, alors qu’il veut dominer la foule. Il parle sur un ton mesuré, d’une voix juste et il a les gestes d’un véritable orateur. Ses yeux, qui ont toujours été expressifs, sont maintenant plus éloquents que jamais: amour, foi, autorité, contrition, tout transparaît dans son regard, annonce et renforce ses paroles.

Il descend maintenant du tabouret, passe entre la table et le mur, puis il attend.

Jacques et Jude (Jacques frère de Jude) étendent une nappe blanche sur la table. Pour ce faire, ils soulèvent le coffre large et bas qui est placé au centre de la table, et le recouvrent lui aussi d’un linge très fin.

Jean va vers Marie et lui demande quelque chose. Elle enlève de son cou une sorte de petite clé et la donne à Jean. Jean s’approche du coffre et l’ouvre, en rabattant la partie antérieure qui s’appuie sur la nappe et qui est recouverte d’un troisième linge.

A l’intérieur, une séparation horizontale divise le coffre en deux niveaux. Dans le compartiment inférieur, il y a un calice et un plat en métal. Dans le compartiment supérieur, au centre, se trouvent le calice dont Jésus s’est servi et le pain qu’il a rompu sur un plat précieux comme le calice. A leurs côtés se trouvent d’une part la couronne d’épines, les clous et l’éponge, de l’autre le suaire, le voile de marie qui ceignait les reins de Jésus, ainsi que le voile de Véronique.

Il y a d’autres choses au fond, mais je ne saisis pas de quoi il s’agit. D’ailleurs, personne n’en parle ni ne les montre. En revanche, celles que j’ai indiquées, à l’exception du calice et du pain qui restent à leur place, sont prises par Jean et Jude et montrées à la foule, qui s’agenouille.

Les apôtres entonnent ensuite des prières, des hymnes à mon avis, car elles sont chantonnées. La foule répond.

Enfin l’on apporte des pains qu’on pose sur le plateau en métal (pas celui de Jésus), ainsi que de petites amphores.

Pierre reçoit de Jean, qui est agenouillé de l’autre côté de la table – alors que Pierre est toujours entre la table et le mur, le visage tourné vers la foule –, le plat contenant les pains, il l’élève et l’offre. Puis il le bénit et le pose sur le coffre. Jude, lui aussi à genoux, tend le calice (pas celui de Jésus) et deux amphores dont Pierre verse le contenu dans le calice, qu’il offre. Puis il le bénit et le pose sur le coffre.

Ils prient encore, puis Pierre rompt les pains en de nombreuses bouchées, tandis que la foule se prosterne encore davantage, et dit: «Ceci est mon Corps. Faites ceci en mémoire de moi.»

Il sort de derrière la table, en portant le plat chargé de bouchées de pain, va d’abord vers Marie et lui en donne une. Il passe ensuite sur le devant de la table et distribue le pain. Il reste quelques bouchées qui sont déposées sur le coffre, toujours sur leur plat. Il prend ensuite le calice et le fait tourner dans l’assistance, en commençant par Marie. Jean et Jude le suivent avec les petites amphores et en versent [le contenu] quand le calice est vide.

Quand tout est distribué, les apôtres consomment les bouchées restantes ainsi que le vin. L’on chante ensuite un nouvel hymne, puis Pierre bénit la foule, qui s’en va peu à peu.

Marie, qui était toujours restée à genoux, se lève alors et s’approche du coffre. Elle se penche par-dessus la table et touche du front le compartiment du coffre tout en déposant un baiser sur le bord du calice de Jésus. Ce baiser s’adresse aussi à toutes les reliques qui y sont rassemblées. Puis Jean le referme et rend la clé à Marie.

Je crois avoir vu exactement la sainte messe, telle qu’elle était au commencement. Et, j’en suis certaine, avant la fin du temps de la Pentecôte, Jésus, selon sa promesse, me satisfait en m’éclaircissant la deuxième chose que je voulais savoir (29 mai). Il m’explique pourquoi je voyais les âmes être de couleurs différentes dans la dictée du 31 mai.

En outre, je sais maintenant ce que contenait le coffre si cher à Marie.[3] Il était tout à la fois reliquaire et premier tabernacle. Et il me plait de penser que c’était Marie qui le possédait et en gardait la clé. Marie est donc la trésorière de tout ce qui est Jésus, la Prê­tresse[4] de l’Eglise la plus véritable.

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Notes

  1. Dans la vision du 19 février. Voir la note 65. ↩
  2. Il s’agit du Père Migliorini qui appartenait à l’ordre des servites de Marie. Voir les notes 1 et 57. ↩
  3. Voir la vision du 28 mai. ↩
  4. Prêtresse et Mère du Sacerdoce (comme dans “Les cahiers de 1943” pages 280, 290, 527 et 568) en ce sens que Marie étant la véritable Mère de Jésus, Prêtre suprême et éternel, elle était la première à lui être intimement unie. Relire, dans la dictée du 18 mai, la p. 300. ↩