Gli Scritti di Maria Valtorta

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125. Le 23 juin

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125. Capitolo 125

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1944-06-23

Je devais écrire hier soir la vision que j’ai eue. Mais je le ferai plus tard.

Jésus dit:

«Celui qui a dessiné cette couverture qui te plaît tellement et dont tu vois seulement maintenant, après dix-neuf ans, la véritable signification, n’a pas fait simplement une œuvre jolie et symbolique, mais il a exprimé une vérité.

La petite Thérèse, appuyée sur des nuages célestes, qui ne cesse d’effeuiller des roses et que deux anges aident à jeter sur le monde sa pluie de roses, ressemblait vraiment à moi enfant. Il a donc bien fait de la représenter avec une telle ressemblance à un Enfant-Jésus qu’on pourrait les confondre. Tu vois maintenant qu’il s’agit d’elle, et non de moi.

Cela reprend en partie la dictée d’hier. Plus le mystique, poussé par son désir amoureux, s’approche de Celui qu’il aime totalement, plus son image spirituelle s’identifie à son Modèle.

Ma petite – mais grande – fleur était Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Ma Face douloureuse fut le soleil, gravé sur son cœur, qu’il a enflammé; mais, pour vous qui détestez la souffrance et que l’austérité effraie, son aspect spirituel extérieur ressemblait à ma tendre enfance, à sa douceur, à sa grâce et à sa simplicité. C’est ce que j’ai voulu et c’est ainsi que je l’ai guidée, par le biais de l’inspiration, pour vous donner un modèle que votre incapacité spirituelle actuelle puisse suivre.

Thérèse est pour tout un chacun. Tous peuvent s’efforcer de l’imiter, même ceux dont la vie spirituelle est à peine formée. Ne vous imaginez pas, cependant, que Thérèse ait été épargnée. Oh non! Elle vous montre un visage tout d’amour et de sourire, le paisible visage d’un enfant heureux. Mais, à l’intérieur, ma Passion la creusait à l’aide d’un scalpel de feu.

Je vous l’ai donnée par pitié pour votre faiblesse. Je donne mes saints pour toutes les personnalités spirituelles. Je donne des ascètes d’une sévérité à faire peur pour les tempéraments d’acier, pour les flammes qui ne connaissent aucune lassitude. Je donne des saints d’une joyeuse sainteté pour ceux qui ne savent pas se sanctifier par les larmes. Je donne des saints aux grâces d’enfant pour ceux qui ne peuvent m’aimer autrement que de leurs bien maigres forces – et c’est déjà beaucoup de pouvoir le faire –.

Remarquez aussi que la petite Thérèse, avec son cœur de héros, dut se forcer pour vous donner l’impression que je voulais, ce qui fut pour elle un martyre ajouté à tous les autres; en effet, son âme la portait à des vols d’aigle et aux héroïsmes les plus audacieux. Savez-vous ce que veut dire contrecarrer sa propre nature? Essayez et vous comprendrez quel fut son double mérite.»

Cette dictée a été provoquée par mon observation sur la couverture du livre: “Histoire d’une âme”.[1] Cela fait dix-neuf ans que je possède ce livre, mais j’avais toujours cru que le bébé qui répand des roses du haut des nuages était l’Enfant-Jésus.

Ce matin, mon conseiller intérieur me dit: «Non. Cet enfant du paradis est la petite Thérèse de l’Enfant-Jésus. Elle a choisi “l’enfance spirituelle” comme forme de sainteté, et elle y a acquis une telle perfection qu’elle était devenue un second petit Jésus.»

Ensuite, Jésus m’a dicté ce qui précède. Il me faut l’écrire tout de suite, car la dictée est une suite de paroles et je suis incapable de m’en souvenir exactement si je ne les note pas au moment où je les reçois, et je ne me permettrais pas d’y apporter quelque modification ou altération. En revanche, je peux me rappeler une vision dans ses moindres détails même des heures plus tard, tant elle s’inscrit dans mon esprit.

C’est pourquoi j’ai préféré écrire la dictée, et ensuite seulement décrire la vision que j’ai eue hier soir. J’ajoute d’ailleurs que, hier soir, je passais par les plus grands tourments qui m’arrachaient des gémissements, si bien que j’étais hors d’état de rester assise et d’é­crire. J’étais immobilisée par les souffrances vertébrales qui se diffusaient par les nerfs à mon corps tout entier. J’avais l’impression qu’on m’arrachait continuellement le cervelet, ou qu’on y enfonçait une gerbe d’épines. La douleur à la nuque était insupportable. Il en était de même de celle du cœur et des poumons. D’ailleurs, où n’étais-je pas torturée? Jusqu’à mes plus lointaines phalanges, il me semblait y avoir de minuscules scies et tenailles qui sciaient, tordaient, arrachaient. Ces douleurs sont encore fortes en ce moment. Mais, en dépit des vertiges et des nausées dues à un réflexe cérébral, j’arrive à écrire, avec effort mais j’y arrive.

Hier soir, avant que les premières souffrances, commencées à 15 h, ne deviennent atroces, je me proposais de faire l’Heure sainte. Mais je n’y parvenais vraiment pas. J’ai dit à Jésus: «Tu le vois. J’avais l’intention de passer cette soirée avec toi en mémoire de ton agonie au jardin des Oliviers. Mais je ne le peux pas.» C’est alors que Jésus m’a envoyé cette vision.

Je vais la décrire, même si cela peut ennuyer ceux qui n’aiment pas les répétitions. Mais si elle a déjà été vue dans ses grands traits[2], je n’ai pu tout décrire dans ses moindres détails en raison de ma condition particulière de l’époque, si bien que celle-ci semble plus précise parce que mon attention se fixe sur un seul point.

Voici donc. Il s’agit de la mort de Jésus.

Il est sur la croix, dans la pâleur d’une lumière de grande tempête, qui s’obscurcit petit à petit. Toutefois, cette lumière verdâtre et, pour ainsi dire, violette, permet de voir le Corps torturé du Mourant dans ses moindres détails. C’est ainsi que les halètements rapides et brefs du pauvre thorax qui lutte contre l’asphyxie sont tout à fait visibles. Le mouvement respiratoire se limite au sommet de la poitrine. Sa bouche est ouverte et légèrement tordue, sous l’effet soit de la contusion zygomatique droite, soit d’une contraction due à la douleur, et tente d’avaler avidement de l’air; sa langue gonflée est visible et semble frémir à cause du tremblement général du corps.

Je vois les zébrures du Corps lacéré par les fouets et par les coups, et strié de sang, qui coule des plaies des mains sur les bras, car les mains sont légèrement plus hautes que les épaules en raison du corps qui s’incline vers le bas, de cette manière:

[image: dis.%204%20(23%20giu.%201944)]

Il y a davantage de sang à droite qu’à gauche, car Jésus a aussi l’épaule tailladée par la plaie provoquée par le portement de croix; en outre, quand on lui a retiré son vêtement, qui collait à la plaie, celle-ci s’est rouverte et a laissé couler beaucoup de sang qui est même descendu au-devant et sur le côté, le long des côtes. De plus, Jésus a la tête – couronnée d’épines comme d’habitude – pliée vers la droite, et de là aussi le sang a coulé en fines rigoles le long de ses cheveux et de sa barbe.

Jésus est revêtu jusqu’à la ceinture d’un vêtement rayé très collant d’une couleur essentiellement pourpre mêlée de violet avec de rares tâches d’un blanc pâle, que la pourpre et la couleur bleuâtre des contusions et du sang font paraître d’autant plus pâle. Rares sont les endroits où sa peau apparaît nettement. Cette vue inspire une grande pitié.

A la ceinture, le voile de Marie a absorbé le sang qui colle et le voile semble changé en un cordon rouge autour de sa taille. Ail­leurs, il est blanc bigarré de rouge.

Ses jambes sont d’une blancheur lugubre, une blancheur de mort, contre le bois sombre et contre le ciel, lui aussi plus sombre, qui semble être devenu vraiment très bas. Mais, si l’on excepte les bleus dus à quelque coup de pierre ou de bâton et les contusions aux genoux provoquées par les chutes – le droit est très blessé et la rotule blanchissante au milieu du rouge livide apparaît entre la partie débridée des déchirements contre la pierre pointue –, le sang ne coule pas le long des jambes. Il y en a sur les pieds et il goutte des orteils à terre.

Marie, soutenue par Jean, regarde son Fils mourir. Elle se tient le tête levée vers la croix. Je les vois de dos, elle et l’apôtre. La Mère ne parle pas. Elle est muette dans sa douleur, toute sombre dans son vêtement et son manteau, immobile comme une statue. Elle est éloignée de la croix de deux mètres environ, pour bien voir son Jésus et en être vue, si toutefois il peut encore la voir.

Mais voici l’ultime convulsion… et Jésus meurt. A son dernier cri succède un grand silence de la part du Mourant. Il n’y a plus ni râle ni plainte. Le silence. Mais ce n’est pas le cas de la terre: la terre hurle et tremble, et la foule hurle et s’enfuit.

Marie ne s’occupe que de son Jésus. Elle l’appelle, car elle le distingue mal dans l’obscurité profonde qui est survenue. Elle l’appelle par trois fois: «Jésus! Jésus! Jésus!» Et lorsque, grâce à un éclair qui strie le ciel, elle le voit immobile, le corps qui pend en avant, la tête fortement penchée à droite et en avant, détaché de la croix des hanches à la tête, elle comprend. Elle tend les bras, les mains. Ce sont deux blancheurs qui tremblent dans l’air noir; elle crie: «Mon Fils! Mon Fils à moi! à Moi!» Puis elle écoute… elle ne veut pas se persuader qu’il ne l’entend plus, et elle attend une plainte en réponse.

Mais Jésus ne peut plus gémir. Alors jean, passant un bras autour des épaules de Marie – auparavant, il la tenait respectueusement par le bras – essaie de l’éloigner et de la convaincre en disant: «Il ne souffre plus!»

Mais Marie a compris avant même que Jean ne termine sa phrase et, tournant sur elle-même de sorte que, maintenant, elle me regarde, elle se penche, non pas à genoux mais pliée en deux, tout en portant les mains au visage pour se couvrir les yeux dilatés par la douleur. Elle hurle: «Je n’ai plus de Fils!» Je ne saurais décrire le ton de cette voix… mais il me déchire, parce que je l’entends encore.

Marie vacille et Jean la soutient, si penchée et chancelante, et il la serre contre son cœur. Comme elle ne tient pas debout, il l’assied doucement là où, auparavant, les soldats jouaient aux dés; il l’appuie contre sa poitrine jusqu’à ce que, dans la confusion générale, les Marie, qui enfin ne sont plus repoussées par les soldats, ac­courent et remplacent l’apôtre auprès de la Mère.

Je vois que, tandis que Marie-Madeleine prend la pose qu’avait Jean auparavant et donc que Marie est presque étendue sur ses genoux, une autre, n’ayant rien d’autre sous la main, saisit l’éponge plongée dans le vinaigre et le fiel puis lui fait sentir ces effluves et lui humecte les tempes et les narines avec le vinaigre.

Longinus s’approche de la croix et regarde. Il dit deux mots à Jean que je ne saisis pas. Puis il regarde le groupe de femmes. Quand il les voit tout occupées auprès de Marie, le dos tourné à la croix, le coup de lance vibre.

Seul Jean, debout entre la croix et les femmes, est tourné de côté pour regarder l’une et les autres, et voit l’acte. Voici pourquoi il a pu dire: «Et il en sortit du sang et de l’eau», alors que Marie ne s’aperçoit de rien jusqu’à ce qu’elle voie, plus tard, la blessure au côté en la touchant des mains.

Cet acte de Longinus, qui attend que la Mère ne regarde pas pour donner son coup de lance, me plaît. Il tempère son devoir par la pitié.

Voilà donc ma vision d’hier soir. Je l’ai décrite fidèlement. Cela paraîtra une répétition à beaucoup. En ce qui me concerne, je n’ai pas eu cette impression parce que j’ai pu méditer encore mieux sur la Passion de notre Sauveur. Si cela me fait souffrir par compassion, cela m’est surtout un réconfort dans ma propre passion. Je ne puis désespérer de la Bonté quand je voix combien il nous a aimés.

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Notes

  1. C’est le titre de l’autobiographie de sainte Thérèse de Lisieux (1873-1897). ↩
  2. Le 18 février et le 7 avril. La description définitive et encore plus détaillée de la Crucifixion sera datée du 27 mars 1945, et fera partie du cycle de la “Passion” de “L’Evangile tel qu’il m’a été révélé”. ↩