Gli Scritti di Maria Valtorta

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163. Le 11 août

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163. Capitolo 163

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1944-08-11

Je reste pensive à la suite d’une conversation avec une connaissance. Tous voient la situation comme bien noire et devant encore durer longuement… et j’ai hâte d’aller voir mon directeur spirituel.[1]

Jésus me dit: «Prends patience, prenez tous patience. Désormais, c’est une question de jours, pour tous.» Il n’a rien dit d’autre. Je n’écris rien de plus parce que je suis en train de “voir”, et Jésus veut que je voie.

Pendant une pause de ma vision, qui m’est certainement accordée par pitié, je pense à la manière de pratiquer les vertus de ce deuxième vendredi de Notre-Dame des Douleurs.

En ce qui concerne l’orgueil et la vanité, j’espère progresser assez bien après toutes les leçons que j’ai reçues. Mon obéissance aux inspirations progresse encore mieux, car il est rarissime de ne pas adhérer promptement et complètement à l’inspiration que je sens provenir de Dieu. Quant au détachement de tout… j’en suis loin! Il est vrai que Jésus y a pensé lui-même, à telle enseigne que je ne saurais plus quoi lui donner, puisqu’il m’a tout enlevé. Mais il me manque la sérénité d’avoir perdu certaines choses. Je ne regrette pas la santé, ma vie sans affections… mais je pleure ma maison…

Voilà les pensées que je rumine; et la douce voix de la Mère me dit:

«Ma fille, avant de monter avec moi au Calvaire, pendant que ta faiblesse te force à prendre du repos, écoute la leçon de ta Mère. Je veux t’enseigner la perfection du détachement.

Il te faut donner à mon Jésus ce qui est le plus précieux. Tu dois encore le donner. Ce qui est plus précieux que la vie, plus cher que les affections, plus aimé que ta maison. On ne peut tuer la mémoire… et l’on ne peut empêcher la nostalgie. Il convient cependant que la mémoire et la nostalgie soient empreintes de résignation. Dans ce cas, il ne s’agit plus d’imperfections. Elles se changent en mérites aux yeux de Dieu. Ce sont des épines que nous serrons sur notre cœur afin qu’elles s’ornent de larmes et de sang et deviennent des joyaux à offrir au trône divin. Je les ai connues moi aussi, et je sais.

Mais je veux t’enseigner la perfection du détachement. Une perfection qui n’est pas un événement unique qui, une fois dominé, ne se représente plus. C’est au contraire une perfection qui se représente des centaines de fois tout au long de la vie. Que dis-je? Tout au long d’une année, d’un mois de vie. Imagine la somme de grâces éternelles qui en proviennent. C’est savoir se détacher de sa propre façon de penser humainement.

De quoi cela se compose-t-il? Pour moitié de ressentiments, pour un quart de sensibilité excessive, et pour l’autre quart d’égoïsme. Quelqu’un vous frôle-t-il d’une fleur ou d’une plume? Pour votre amour-propre humain si sensible, cet effleurement est plus blessant qu’un coup de fouet, plus que le pointe d’un glaive qui pénètre et sonde le corps! L’égoïsme se déchaîne alors: “Je suis roi et je n’accepte aucune offense. Je domine et je ne veux aucune résistance à ma volonté.” C’est là qu’apparaissent ensuite, entre cette sensibilité excessive et cet égoïsme impitoyable, les ressentiments qui ne meurent jamais, les attachements à ses idées personnelles.

“Si tu veux être parfait, vends tout ce que tu as”, a dit mon Fils. Et moi je te dis: si tu veux être parfaite, viens, mets dans ma main ta façon de pensée, ton attachement à elle et surtout tes ressentiments. Je les jetterai dans le brasier de la Charité. Te paraissent-ils fabriqués dans une bonne matière? Tu verras que ce ne sera pas de l’or qui brûlera, mais du foin qui s’embrase et ne laisse que cendres. Pense en fille de Dieu.

Vois-tu mon Fils? Il est sous la croix, la couronne [d’épines] sur la tête. Pourtant, il ne pense pas à lui-même. Il dit: “Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais sur vos péchés.”

Mais cela suffit. Continue à le suivre jusqu’au sommet.»

Et voilà encore quelque chose que “la pauvre Maria ne doit pas faire”[2]…

Je peux maintenant décrire ce que j’ai vu. Ou du moins je vais dire ce que j’ai revu sans en faire une description détaillée, puisque je l’ai déjà faite en son temps.[3]

Hier soir, je voulais faire l’Heure de l’agonie à Gethsémani, puisqu’on était jeudi. J’avais préparé, près de moi, le cahier où se trouve celle que Jésus m’a dictée le 6 juillet. Je l’aurais lue à minuit, à la lumière d’une bougie, puisqu’on ne peut pas utiliser la lumière électrique. Or, à 21 heures, alors que j’étais restée seule pendant que les autres dînaient au rez-de-chaussée, Jésus est apparu à ma vue spirituelle, qui s’efforçait en vain de voir quelque chose du martyr Laurent – je l’avais désiré et j’y pensais depuis le 9 au matin –. Jésus marchait au milieu de ses disciples, sur ce chemin qui m’est désormais bien connu et qui mène du Cénacle à Gethsémani en traversant le Cédron par un petit pont.

Le début est identique en toutes choses à la première vision que j’ai eue, en février. Elle continue comme cela. Comme à l’époque, je souffre de voir la tristesse de Jésus, d’abord solennelle, puis agitée, puis angoissée, selon les trois phases de la prière. Je l’observe at­tentivement. Comme je connais la suite de la vision, je suis plus à même de remarquer les moindres détails des gestes, des vêtements, des souffrances.

Jésus se tient debout, les bras ouverts, et est plutôt calme pendant la première partie de la prière. Mais quand il revient, après avoir trouvé les trois [apôtres] assoupis, il l’est déjà moins. Son visage a déjà changé. On dirait que des rides se sont déjà creusées de chaque côté du nez, et sa bouche tombe en faisant un pli triste, tandis que son regard est découragé. Il prie, d’abord à genoux puis debout, enfin en étant très agité pendant la seconde partie: il va et vient, comme quelqu’un d’énervé. A son retour, après avoir trouvé les trois [apôtres] rendormis, il est si découragé qu’il marche même en étant courbé, sous le poids d’une croix morale qui l’écrase… l’indifférence.

J’observe bien, ensuite, comme il tombe face contre terre et comme, lorsqu’il relève la tête, ce visage est devenu un masque de sang. Je remarque que l’ange est précisément une simple clarté posée sur lui et je comprends, par un avertissement intérieur, que l’ange lui est apparu comme Jésus à moi: à l’esprit. Cette lumière est là pour me faire comprendre à quel moment Jésus reçoit le réconfort de l’ange, immatériel.

L’agonie de Jésus est toujours tragique. Le fait de l’avoir vue plusieurs fois n’enlève rien à cet aspect tragique, mais l’augmente plutôt parce que, plus on la connaît, plus on est en mesure de la suivre aisément.

Lorsque, après avoir réveillé les trois [apôtres], Jésus se dirige vers la sortie de Gethsémani pour retrouver les huit autres et rencontre Judas et les gardes, je revois le regard de Jésus et j’entends ses paroles comme en février. Mais je peux aussi remarquer l’atti­tude des apôtres. Pierre est devant tout le groupe, qui se trouve à la gauche de Jésus.

Le visage de Pierre est angoissé, apeuré et irrité tout à la fois. Les autres apôtres se pres­sent derrière lui comme un petit troupeau de brebis apeurées. Ce sont vingt-deux yeux écarquillés et onze bouches bées sur onze visages que la surprise, la douleur et un rayon de lune rendent pâles.

J’observe également que Pierre et Matthieu sont les deux plus petits, que l’honnêteté de Pierre se lit avec limpidité sur son rude vi­sage d’homme du peuple. Je vois encore quand son sang s’échauffe et le porte à faire un bond de panthère et à donner un coup de tranchant à Malcus.

Je vois que le geste tout de bonté de Jésus, trop doux selon le désir de ses disciples et l’idée qu’ils avaient de lui, est ce qui provoque la fuite générale. Ils doivent avoir pensé qu’il est inutile de combattre pour un lâche qui, alors qu’il a pouvoir sur tout et même sur les éléments, se laisse prendre comme une brebis par une poignée de mercenaires, des plébéiens déguisés en soldats. C’est une grande déception…

Puis, en route, tout est identique.

Dans la salle du sanhédrin, j’ai l’occasion d’encore mieux observer la figure simiesque et furieuse de Caïphe, ainsi que le calme de Jésus. Puis le regard douloureux qu’il pose sur Pierre, qui se réchauffe près du feu. Le visage de Pierre, déjà rouge sous l’effort de mentir à la servante qui le questionne, vire au pourpre lorsque Jésus, passant sur le haut trottoir du portique, le regarde. Les flam­mes du feu me permettent de bien voir.

Je suis ensuite Jésus dans ses allées et venues du prétoire au palais d’Hérode et vice-versa, et je distingue son regard quand il rencontre Judas. Un tel regard m’apprend à pardonner… Après cela, je suis les interrogations de Pilate, assis sur son siège placé sur l’estrade surélevée. Et ces hommes méprisables d’Hérode, puis la flagellation, atroce… Pour moi, c’est toujours l’un des moments les plus difficiles à regarder. Je vois la manière dont il tombe, en s’affalant sur le sol, tel un sac sanglant et vivant… Je vois son regard posé sur les soldats quand ils le tournent en dérision après l’avoir déguisé en roi. Il semble leur dire: «Aimez-moi! Pourquoi me faites-vous du mal, à moi qui vous aime?»

Ensuite, je vois l’Homme présenté au-dehors, sur les trois marches de la demeure de Pilate. Jésus est calme et solennel face à la foule ivre, droit bien qu’il doive avoir les membres brisés sous les coups de fouets, très majestueux. Enfin, Pilate qui se lève de son siège et, debout sur l’estrade, étend le bras droit, paume en avant et tournée vers le bas, comme quelqu’un qui jure, puis ordonne: «Qu’il aille à la croix», puis: «Allez, soldats. Je l’envoie à la croix.» Il dit cela en latin et je crois l’avoir compris.

J’observe ensuite la marche de Jésus, précédé par les soldats à cheval et entouré par les autres, à pied. Toute une centurie pour escorter un innocent! A moins que ce ne soit pour le protéger de sévices, qui ont paru excessifs même aux soldats de Rome!

Enfin, enfin, ce dont l’on ne peut parler sans en avoir le cœur encore brisé: la Mère, la mise en croix et l’agonie. Sa mort est enfin un soulagement. Ce qui est insupportable, c’est sa souffrance…

Voilà. J’ai écrit sur l’ordre de Jésus, qui a voulu que je décrive la fin pendant que je la voyais, à l’heure exacte: il est 15 h 15 à l’heure solaire, ce vendredi. Cette contemplation, tellement nette, dure depuis hier soir avec des intervalles non voulus et des reprises non recherchées.

Je vous fais observer ce qui suit, parce que cela me paraît important. Ce sont des choses si extérieures à ma volonté que je ne peux ni les provoquer ni les éloigner, ni les rendre plus claires en me con­centrant, ni en souffrir moins en m’en écartant par l’imagination. Si c’est quelque chose que j’aime voir et que je ferme les yeux et les oreilles du corps pour être plus concentrée, je peux la perdre de vue, ou bien elle se brouille, alors qu’elle est nette, si Dieu le veut, même si, en apparence, je fais ou regarde des choses ordinaires. Seule l’expression de mon visage change et Paola s’en aperçoit parfois. Le 2 de ce mois, par exemple, même mon cousin Joseph[4] m’a dit: «Qu’est-ce que tu as? Tu as le visage ensommeillé et tu es toute pâle.»

Pendant les pauses, j’ai reçu deux courtes dictées de Jésus et de Marie. C’est fini maintenant, du moins pour l’instant. J’ignore si je verrai plus tard, comme tous les vendredis soir, la Mère pleurer sur Jésus au Sépulcre.

La dictée de Marie fut provoquée par une pensée de ce matin. Je pensais que, puisque je dois me montrer sereine pour ne pas causer de souci aux autres, il serait juste que les autres en fassent autant à mon égard, alors que tous viennent déposer ici leur petit paquet ou leur gros fardeau de plaintes; ils s’en vont ensuite plus joyeux, eux qui sont en bonne santé, tandis que moi, qui suis malade et si triste, je reste avec mon poids de douleur augmenté du leur. J’avais donc une forte envie de dire: «Eh, les amis! Tous et chacun, gardons un peu nos malheurs pour nous-même. Tellement…» et, à cet instant, le petit diable du ressentiment et du souvenir a bondi au dehors de moi, quoique silencieusement.

Seconde tentation: celle de river son clou à Marta en lui disant: «Jusqu’ici, j’ai fait ce qui arrangeait les autres, sans en retirer d’a­vantages, mais de nombreux inconvénients. En voilà assez. J’agis pour moi. Tellement…», et autre apparition du diablotin.

La Mère m’apaise cependant et me dit que «je ne dois pas le faire». C’est le saint refrain de mes Maîtres! A force de ne pas faire, Maria n’existera plus. Mais pourvu qu’ils m’aident et m’aiment…

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Notes

  1. Le Père Migliorini, resté à Viareggio durant la période d’évacuation de l’écrivain. Voir la note 139. ↩
  2. Elle fait référence à ce qu’elle écrivit en guise de commentaire de la première dictée du 10 août. ↩
  3. Le 11 février. ↩
  4. Il s’agit de Giuseppe Belfanti, cousin de la mère de l’écrivain et père de Paola, citée plus haut. ↩