1944-03-06
Jean dit:
«C’est moi. Ne me crains pas, moi non plus. Je suis charité. Je l’ai tellement assimilée et prêchée, au point de me fondre en elle, que je suis la charité même qui parle.
Petite sœur, nous pouvons le dire: “Ce que nos mains ont touché du Verbe de vie, car la vie s’est manifestée: nous l’avons vue, nous en rendons témoignage.”
Nous pouvons le dire, nous qui répétons les paroles que Jésus Christ, notre amour, nous dit dans sa bonté qui surpasse toutes choses et nous conduit sur les sentiers remplis de fleurs dont chacune est une vérité et une béatitude céleste.
Nous pouvons le dire, nous qui sommes comblés comme des ruches fécondes de la douceur qui coule des lèvres divines, de ces lèvres très saintes qui, après avoir rompu le pain de la doctrine aux foules de Galilée et de toute la Palestine, surent consacrer le Pain pour devenir Chair divine et se rompre soi-même pour nourrir l’esprit de l’homme. Ce sont ces lèvres très innocentes que tu as vues saigner, se contracter et devenir rigides au moment de la Passion et de la mort subies pour nous.[1]
Nous pouvons le dire: “Or voici le message que nous avons entendu de lui: Dieu est lumière, en lui point de ténèbres.” Sa lumière est en nous parce que sa Parole est lumière. Nous vivons dans la lumière et en entendons la céleste harmonie.
Viens, petite sœur. Je veux te faire entendre l’harmonie des sphères célestes, l’harmonie de la lumière, puisque le paradis est Lumière. C’est de la gloire de la Trinité qu’elle jaillit et se répand, pour envahir le paradis tout entier. Nous vivons dans et de la Lumière. Elle est notre joie, notre nourriture, notre voix.
Le paradis chante, et ses paroles sont paroles de lumière. Il est la Lumière. Cette lumière qui étincelle forme ces accords solennels, graves, puissants, doux où l’on retrouve des trilles d’enfants, des soupirs de vierges, des baisers d’amoureux, des hosannas d’adultes et la gloire des séraphins. Ces chants n’ont rien à voir avec ceux de la pauvre terre, où même les choses les plus spirituelles doivent se revêtir de formes humaines. Il y a ici une harmonie de splendeurs qui produisent un son. Ce sont des arpèges de notes lumineuses qui montent et descendent selon la variation des splendeurs, ils sont éternels et cependant toujours nouveaux, car rien ne se charge de vieillesse dans cet éternel présent.
Ecoute cette harmonie indescriptible et sois heureuse. Associes-y l’élan de ton amour. C’est la seule chose que tu puisses y unir sans profaner le ciel. Tu es encore humaine, ma sœur, et l’humanité n’entre pas ici. Sauf l’amour, qui te précède. Il précède ton âme. Il chante avec elle. Tout autre chant ne serait que stridulation d’insecte dans le grand chœur des cieux. L’amour est déjà un soupir harmonieux au sein de ce doux chant.
Que la paix de Jésus, notre amour, soit avec toi.»
Mon Père, je ne saurais décrire la luminosité chantante que je vois et entends. Je suis enivrée de cette beauté, de cette douceur.
Ce qui pourrait ressembler à ce que je vois et entends, ce serait une rose immense, illimitée, faite d’une lumière en comparaison de laquelle celle de tous les astres et planètes ne serait que l’étincelle d’un feu, et dont les pétales, s’agitant sous l’effet d’un vent d’amour, produiraient du son; cette rose, c’est le paradis plongé dans la lumière d’or de la sainte Trinité, avec ses habitants de lumière éclatante comme un diamant.
Assez, assez! Je me tais parce que les mots humains sont blasphèmes quand ils tentent de décrire l’éternelle beauté de Dieu et de son Royaume.