1944-04-24
La rébellion me reprend. Je devrais dire: la Rébellion, car c’est Satan qui me secoue avec rage pour m’arracher de Dieu et me conduire à la folie spirituelle d’abord, physique ensuite. Je quitte ma maison à 15 h 30[1]… et mon esprit, blessé à mort, reste ici. Maria le porte-parole n’est plus. L’instrument de Dieu a été brisé par l’inexorabilité de Dieu. Personne ne peut le comprendre. Personne. Tous répètent les mots d’usage, tous soutiennent des arguments sans aucun sens qui sont en réalité des “contre-arguments”, car la réalité brutale des faits les contredit et en fait briller plus que jamais l’irréalisme. Et pourtant, en cette heure terrible, au milieu des souffrances totales que seul Dieu connaît – si toutefois Dieu se soucie encore du ver qu’il a écrasé, du pauvre ver qui se croyait destiné à devenir papillon grâce à l’amour qui la nourrissait pour l’Amour, et qui fut au contraire rejeté avec dégoût par l’Amour –, et pourtant donc j’essaie encore d’élaborer une prière pour la paix, pour Paola, et pour obliger Dieu à avoir pitié de moi. Rien.