1949-02-25
Jésus dit :
« Je t’ai expliqué à bien des reprises que tout don de Dieu est un moyen de mettre l’esprit de l’homme à l’épreuve. C’est valable pour chacun, quel que soit le don, mais plus que tout autre les dons spirituels extraordinaires ont cette utilité.
En effet, le Seigneur est miséricordieux, et il est juste. Il y a toujours deux mobiles qui suscitent les dons de Dieu : un élan de miséricorde pour les âmes qui, se sentant davantage aimées par Dieu, peuvent grâce à ce don aimer mieux, et donc se sanctifier toujours plus, puisque l’amour est sainteté. Le feu de la justice qui passe au creuset l’âme bénéficiaire et éprouve la pureté du métal spirituel. Si l’âme contient des éléments impurs, si elle amalgame des métaux peu honorables, le feu de l’épreuve dévoilera sa véritable nature spirituelle.
Une âme qui a reçu un bienfait peut s’enorgueillir au point de s’imaginer qu’elle est nécessaire à Dieu, ou encore que celui-ci est obligé de la combler de bienfaits en tout, sous prétexte qu’il l’a fait une fois et qu’elle en a accepté le bénéfice avec une condescendance arrogante. Pire, elle peut en venir à penser qu’elle peut dicter à Dieu la voie à suivre en se croyant plus sage, plus juste, mieux éclairée que Dieu. Il arrive aussi qu’une âme, enflée par le levain qui lui provient de ses victoires matérielles dans la vie et dans le monde, ou de la responsabilité qu’elle assume, résiste à ma volonté, s’oppose à la justice et la foule aux pieds, et étouffe dans son cœur tout amour pour Dieu et pour son prochain, en dépit de mes inspirations et des tentatives des justes pour l’amener à changer, et demeure obstinément dans sa manière de voir injuste. Dans tous ces cas, j’abandonne une telle âme.
Sais-tu ce que veut dire mon abandon ? Cela veut dire se précipiter dans les péchés qui ne sont pas pardonnés. Dieu met du temps avant d’arriver à cette horrible mesure. Mais il le fait.
Après avoir tenté par tous les moyens, doux et amers, de toucher le cœur qui s’obstine à m’offenser, après avoir vainement parlé et fait parler à cette âme entêtée, Dieu se retire. Il ne force pas. Il la laisse libre d’agir. De même, il ne pardonne pas à l’âme, qui a librement péché contre l’Amour, a pris la voie de perdition pour sortir de l’ordre et entrer dans le désordre — car l’ordre, c’est l’obéissance de l’homme à Dieu, la fidélité à l’amour et à la justice, et le désordre est la désobéissance, l’amour idolâtre de son propre jugement —, Dieu ne lui pardonne pas avant qu’elle ne se repente tout aussi librement de son péché et revienne dans l’amour et la justice envers Dieu et son prochain.
Voilà la méthode de Dieu. Elle n’a jamais changé depuis qu’il a mis à l’épreuve le tout premier homme. Et elle ne changera jamais tant qu’un homme sera sur la terre, avec ses obligations de sujet et de fils envers son Seigneur et Père. C’est ainsi que Dieu-Justice a agi avec Adam. C’est aussi comme cela que Dieu-Miséricorde a traité Judas de Kérioth. Parce que c’est ce qu’il convient de faire.
Le don de l’Œuvre fut une épreuve qui t’a été proposée à toi avant toute autre personne, puis elle l’a été à Romualdo[1], puis encore à tout l’Ordre des Servites, enfin à l’Eglise enseignante. Chacun a répondu à la mesure de ses capacités et de son amour.
De vous quatre, tu es la seule à avoir surmonté cette épreuve avec perfection.
Le deuxième a fait un péché véniel de désobéissance à mes décrets. La vanité d’être le père spirituel du porte-parole l’a légèrement enivré. Mais comme il a commis ce péché de désobéissance dans l’intention de sauver des âmes, j’ai eu pitié de sa faute, et la souffrance de ses conséquences ont été son purgatoire.
Le troisième, l’Ordre, a péché, au début par manque de justice, puis par manque de charité, par envie, et surtout par la tiédeur qu’il a mise dans le service de Dieu. Il est resté passif. Il n’a pas montré aux autres et dernières personnes mises à l’épreuve[2] qu’il te protège par son amour.
Romualdo, Corrado et quelques rares autres religieux ne sont pas tout l’Ordre. L’Ordre, c’est le Supérieur et ses collaborateurs immédiats.
Ont-ils fait tout ce qu’ils devaient pour obtenir ce que, moi, je voulais ? Non. (C’est la raison pour laquelle j’ai tenu les propos du 6 janvier 1949). Non, vraiment pas. Ils ont eu peur de passer pour des imbéciles, ce qui prouve leur stupidité et leur vanité humaine. Car s’ils avaient eu l’esprit vif, ils auraient reconnu le véritable Auteur de l’Œuvre, et s’ils avaient été humbles, et donc justes, ils ne se seraient pas étonnés de ce que Dieu choisisse une femme de rien pour être son instrument au lieu d’une “grande” de leurs rangs, et ils ne t’auraient pas mal jugée comme il l’ont fait. Donc par crainte d’être pris pour des sots, ils sont restés inertes et dans l’ombre, ou bien ils ont agi dans l’ombre, mais mal, en attendant que le jugement du Tribunal de l’Eglise soit rendu pour conformer servilement leurs paroles à celles de ce Tribunal, qu’elles soient justes ou injustes, et leurs actes à leur moi.
Dans l’Ordre, beaucoup de membres s’imaginent que cette délicate affaire a été résolue, alors qu’il est comme jamais à l’épreuve, à l’épreuve à laquelle Dieu le soumet. Elle sera résolue par le jugement que je porterai sur l’Ordre, et qui sera soit un débordement de miséricorde et d’aides à son égard, soit par mon retrait, qui le laissera seul face à son destin. Avec douleur.
C’est l’Ordre de ma Mère, et je souhaite qu’il soit glorieux et parfait. Il a eu comme fondateurs sept justes. C’est le seul Ordre à avoir eu sept fondateurs. Sept, c’est un nombre sacré qui fait référence au chandelier à sept branches du Temple, qui elles-mêmes rappellent les sept dons divins de l’Esprit Saint. Là où ces dons sont vivants — car recevoir quelque chose ne sert à rien si l’on ne garde pas ce qu’on a reçu —, ils sont les vainqueurs des sept vices capitaux.
Le vingtième centenaire de l’Assomption au Ciel de leur Reine approche. Si cette Œuvre est destinée à m’honorer, elle honore aussi Marie. Mieux, j’affirme qu’elle honore tout particulièrement Marie, car je l’ai voulue pour que le monde connaisse ma Mère en préparation de son entrée vingt fois séculaire dans le Royaume dont elle est la Reine.
Moi, j’étais déjà suffisamment décrit dans l’Evangile, où se trouve le minimum suffisant pour le salut des cœurs. Mais Marie était peu connue ; sa figure n’était esquissée que par quelques lignes incomplètes qui laissaient dans l’ombre une trop grande partie de sa personnalité. Moi, j’ai voulu vous la révéler. C’est pourquoi je t’ai donné cette parfaite histoire de ma Mère, ô Ordre qui te pares du nom de Marie.
Pourquoi donc rester inerte et dormir ? C’est l’heure de ton épreuve. Pourquoi ton Supérieur n’intervient-il pas ? C’est son heure. Du fait de sa fonction, il en a le devoir. Car c’est la gloire de l’Ordre qui est en jeu, tout comme la protection de ses fils. L’Ordre risque de se couvrir de ridicule et d’être accusé de mensonge. Le Supérieur ne peut permettre cela ! Il doit veiller, agir, insister, convertir. Le fait que le porte-parole soit un membre subalterne de l’Ordre ne saurait en rien justifier l’inertie. Que l’on fasse pour elle ce que l’on ferait pour une grande personnalité de l’Ordre dont la personne et l’action seraient injustement condamnées.
Cela doit être fait sur-le-champ, et rien d’autre. Rien d’autre. Ne vous lancez pas dans de sombres tentatives, ou dans de stupides rébellions qui aboutiraient à de plus grandes sanctions, en particulier pour la plus innocente de tous, Maria, mon instrument. Ne faites pas preuve d’un optimisme sot concernant la fidélité des amis, leur silence, et ainsi de suite. Réfléchissez : moi, j’ai été espionné et trahi par Judas. Dans toute société qui s’unit pour agir, il s’en trouve toujours au moins un qui trahit, que ce soit par mauvaise volonté, par esprit de lucre ou par bêtise.
Cela, et rien d’autre.
Que toutes les forces religieuses et laïques se mettent en mouvement pour obtenir justice. Si l’on refuse de recevoir les religieux en audience — mais en vérité, on ne saurait refuser cela au Supérieur Général d’un Ordre —, envoyez les laïcs.
Il faut faire réfléchir à ceci : il est impossible de garder le silence devant ceux qui se demandent pourquoi l’Œuvre a été confisquée[3], ou devant ceux qui attendent avec impatience sa publication parce qu’ils la connaissent déjà. On ne peut apposer sur autant de lèvres le sceau qu’un tribunal, que je n’ai pas institué, a mis sur la bouche de quelques religieux. Pour chaque personne qui parlera, ce sont dix, cent, mille autres personnes qui s’élèveront pour juger la conduite de ce tribunal. Et parmi elles, beaucoup seront des ennemis de l’Eglise qui en profiteront pour accuser l’Eglise de méthodes dictatoriales d’oppression de la liberté de servir le Seigneur, soit exactement ce que l’Eglise reproche à ses ennemis.
Il faut y faire réfléchir. D’ailleurs, même en Italie, l’Eglise n’est pas en sécurité — c’est moi, Dieu, qui vous l’assure — et elle n’a pas besoin de certaines propagandes pour être détruite dans les consciences de beaucoup d’Italiens.
L’injustice suscite des vagues de mépris contre les injustes. Et la calomnie soulève des flots des plus cruelles calomnies contre les calomniateurs. Ici, la dénonciation a été injuste et calomnieuse, et la conclusion fut la négation de la vérité.
Je ne dis rien d’autre sur la dernière des quatre à être mise à l’épreuve par le don de l’Œuvre, parce que j’en ai déjà parlé ces derniers jours et les mois passés ; or il y a bien des mois que je parle ! Pour elle, l’Eglise, le moment est venu où, après avoir tout essayé pour la convertir à la volonté de son Dieu, qui est justice et amour, je me retire. Je laisse ses responsables libres d’agir, mais je les juge d’avance. Et mon jugement ne changera pas, à moins qu’ils ne se ravisent, reviennent à la justice et à la charité, et modifient leur manière de juger mon don et mon instrument, et d’agir envers lui. »