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1 septembre 1950.
Rm 10, 1.
«On ne peut donc dire que Dieu ne soit pas juste et miséricordieux envers Israël aussi. Dieu attend. Il attend depuis des siècles. Pendant des siècles Dieu a préparé Israël à recevoir le Christ, à le reconnaître en tant que tel. Maintenant il attend depuis des siècles qu’Israël revienne sur le chemin de la Vérité et de la Vie de façon à pouvoir lui ouvrir les bras et son Royaume.
Envers le peuple coupable, Dieu est bon; comme l’Apôtreaussi est bon, lui qui est venu de cette nation, qui l’a aimée letemps qu’il a été avec elle, fidèle jusqu’au fanatisme à sesidées, puis raillé et détesté comme un renégat de la Loi juive, comme un déserteur de la Synagogue et de sa race.
Il est bon Paul, parce qu’il est vrai disciple, serviteur etapôtre du Christ, dont il a accepté tout l’enseignement, surtout celui sur la charité, qui était en contraste si flagrant avec son tempérament ardent et dur, mais qu’il a pratiqué et prêché avec héroïsme. Il s’est lui-même plié, brisant son propre moi à un point tel que cette lutte entre sa nature et sa volonté est devenue pour lui un martyre. Un martyre intime, non moins douloureux que s’il avait été sanglant. Il dit: “Le désir de mon cœur et la prière qui je fais est qu’ils puissent être sauvés, parce que je sais qu’ils ont le zèle de Dieu, mais pas selon la connaissance de la vérité. En ignorant la justice de Dieu et en essayant d’établir leur propre justice, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu”.
Paul connaît bien le péché des israélites, et les causes qui sont à l’origine de ce péché. Les israélites n’ont pas voulu se soumettre à la justice de Dieu, et Paul avait lui-même commis ce péché avant d’être renversé par la lumière sur le chemin de Damas. Les passions mauvaises qui font dévier Israël sont bien décrites par Paul, même s’il ne les leur attribue pas explicitement. Il reconnaît que ces passions sont les mêmesque celles qui ont fermé l’Eden et le Paradis à Adam pendant des siècles, et qui pendant des siècles vont fermer le Paradis au juifs. On reconnaît une fois de plus les fruits du poison répandu par le Serpent pour corrompre les deux Innocents, etqui sont l’orgueil, la désobéissance, et l’avarice.
“Celui qui est” avait dit au prophète Moïse: “Je suis le Seigneur ton Dieu. Vous n’aurez pas d’autres dieux, parce que je suis un Dieu jaloux”. Pendant des siècles et par le biais de sesprophètes, Dieu avait invité son Peuple à reconnaître le Messie dans sa vérité de Sauveur, de Roi céleste, du Roi de rois, du Seigneur des seigneurs, du Verbe du Père et de Vérité éternelle, digne donc d’être adoré comme Dieu, vénéré comme le Saint des saints, écouté et obéi dans ses enseignements. Mais ces enseignements, et l’humilité même de l’apparence et de la condition du Christ, blessaient le concept que les Juifs orgueilleux s’étaient fait de lui, et offensaient surtout leurs mœurs.
Ils se considéraient des “dieux”, non par une sainteté de vie mais par la puissance de leur pouvoir. C’étaient eux les Princes de la caste sacerdotale, Pharisiens, Scribes, Hérodiens, Sadducéens. Jésus était seulement “le charpentier deNazareth”. C’est eux qui donnaient des leçons dans le Temple.
Suivant l’expression du Christ reportée au verset 2 du chapitre 23 de Mathieu: “Ils s’étaient assis sur la chaire de Moïse”, alors que la chaire d’enseignement de Jésus pendant trente ans avait été le banc du charpentier de Nazareth, qui s’appelait Joseph. Pendant trois autres années, exception faitepour quelques apparences brèves dans le Temple à l’occasion des fêtes prescrites et de quelques rares leçons dans des synagogues, il avait eu pour chaire d’enseignement, pour Temple et pour synagogue les chemins publics, les bois, les rives des lacs et des rivières, les places des marchés, les cours des maisons, surtout celles des pauvres, et quelquefois celle du riche Lazare, de Joanne, ou celles de quelques autres amis haut placés.
Pour ceux qui faisaient tout consister dans l’apparence extérieure et dans l’opulence, un personnage aux origines aussi humbles, aux vêtements aussi humbles, aux endroits d’en- seignement aussi humbles, constituait une très bonne raison, ou plutôt un très bon prétexte, pour ne pas reconnaître le Fils de Dieu, le Messie promis, dans le fils du charpentier de Nazareth.
Jésus avait enseigné l’humilité, et par sa parole, et par sonexemple. Aussi par le choix qu’il avait fait de ses apôtres, tousd’origine humble. Un apôtre seulement, sur les douze choisis, avait une pensée, des goûts et le caractère semblables à ceuxdes personnages qui siégeaient sur la chaire de Moïse. Et c’est justement lui qui a trahi. Le plus ignorant et rustique, maisbon dans sa volonté, est devenu le Chef, le Roc, le Continuateur, le premier Pontife.
Dans le chapitre 18 de Mathieu, dans les chapitres 9 et 10 de Marc et de Luc, Lui, le Maître, la Sagesse infinie, avait dit, en présentant un enfant à ses choisis: “Si vous ne devenez pas humbles comme cet enfant, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Le plus petit (le plus humble) d’entre vous, c’est lui le plus grand aux yeux de Dieu. Dieu cache les choses sublimes aux sages et aux intelligents, et les révèle aux petits à cause de leur humilité”.
Avant Jésus, divine Parole de Dieu, incarnée, la Pleine de Grâce et du Saint Esprit, déjà rendue, même physiquement, “une seule chose” avec Dieu, ayant été enceinte du Verbe divin, avait chanté: “Dieu a dispersé les superbes, détruit le trône des puissants, exalté les humbles”. En vérité, c’était Dieului-même qui s’exprimait par les lèvres de Marie. C’était le Verbe éternel devenu petit embryon de chair et renfermé dans son sein virginal, qui avait placé ces mots sur les lèvres de sa Mère, Siège de la Sagesse. Cette vérité est la même que celle que plus tard, une fois devenu Homme et adulte, il aurait lui-même prêchée tant de fois.
C’est avec ces leçons qu’il avait montré comment les hommes peuvent devenir sages, et maîtres en sagesse, en même temps qu’enfants du Royaume, fils de Dieu, saints du Ciel.
En d’autres circonstances (voir le chapitre 22 de Mathieu, et les chapitres 14 et 18 de Luc), il avait enseigné que les appelés ne sont pas tous élus, si par orgueil ils manquent de respect envers leur Roi bienveillant. Que les premières places dans le Royaume et au banquet céleste sont réservées pour ceux qui sur la Terre sont humbles, et charitables envers les pauvres. Que la prière de l’humble est précieuse aux yeux de Dieu, mais que la prière de l’homme orgueilleux qui se juge parfait seulement parce qu’il possède l’extériorité de la Loi est méprisée par Dieu.
Le Maître parlait pour tous. Mais qui avait-il à l’esprit? qui visait-il sous le voile des paraboles et des leçons? Il visait Pierre, l’humble qui a été exalté à cause de son humilité, sa droiture et sa bonté. Il visait Judas Iscariote, qui a été abaissé pour sa morgue, sa triple concupiscence, sa fausse fidélité à laLoi et au Christ, ses calculs d’adulte – et d’adulte rusé – chez qui même un soupir était fait avec duplicité. A Pierre: un enfant même si adulte, a été donné le Royaume spirituel: la Papauté, et le Royaume céleste: la sainteté. Judas, lui, l’intelligent vaniteux, devenu malveillant envers le Roi infiniment bienveillant, a fini par être exclu du Royaume de Dieu et jeté dans l’obscurité et les tourments de l’enfer.
Il serait nécessaire de méditer sur les Evangiles et sur les caractères des Apôtres bien plus profondément que généralement vous ne le faites. Vous recevriez des réponses éclairantes, et profiteriez de leçons aptes à guider les esprits de bonne volonté sur la voie de la vraie Sagesse, la voie qui conduit au Ciel.
Mais les Pharisiens, les Scribes et les Prêtres, à cause de leur orgueil ne pouvaient faire cela. Ils ne voulaient pas le faire non plus, car ils se considéraient parfaits en Sagesse. J’ai déjà dit[1], et ici je le répète: “Ils possédaient la connaissance parfaite de la lettre de la Sagesse, mais ils étaient absolument dépourvus de l’esprit de cette Sagesse. Donc ils ne possédaient pas la vérité, la lumière pour voir la vérité, la charité, qui permet d’avoir la lumière de l’amour qui éclaire les vérités de la Loi d’amour”. Ils avaient du zèle, mais un zèle privé de charité, et donc privé de vérité qui enseigne comment être zélés quand on est au service de Dieu. Ils avaient une justice toute à eux, entièrement humaine, qu’ils s’étaientdonnés eux-mêmes. Ils ne savaient pas y renoncer, parce que y renoncer aurait signifié courber la tête, se dépouiller, changer d’attitude morale, accepter les préceptes d’une justice qui n’était pas à leur goût, car ils étaient attachés aux honneurs et au prestige des charges honorifiques.
Et la vérité par qui était-elle proposée? Par un plébéïen de Galilée. Il est vrai que cet homme disait qu’il était Fils de Dieu, accomplissait des œuvres, et donnait des enseignements qui étaient divins. Mais l’orgueil d’Israël pouvait-il accepter ce qui venait d’un homme du peuple? Tout en sachant que Moïse avait reçu la Loi du Sinaï et les autres préceptesparmi les éclairs et les flammes divines, et tout en sachant ce que Dieu avait dévoilé aux Prophètes à propos des événements messianiques et des choses du futur, Israël avait remplacé la Loi première, simple et parfaite, avec une longue série de préceptes humains qui opprimaient les pauvres, les petits, et allégeait le fardeau des riches. Ayant accompli cela, est-ce que Israël pouvait-il encore accepter la vraie justice, lui qui, au lieu d’un Messie spirituel tel qu’annoncé dans les prophéties, s’était construit l’idée d’un Messie humain, d’un conquérant de la Terre entière au nom d’Israël? Non. Israël ne le pouvait pas.
Par conséquent Israël ne s’est pas soumis à la justice de Dieu, même si Dieu s’est déplacé lui-même pour venir la donner à tous, afin que tout croyant puisse conquérir le Royaumede Dieu et la Vie éternelle en devenant un juste. Cette fois la Loi n’a pas été donnée à une personne toute seule – Moïse – et parmi des foudres. Elle a été donnée à tout le monde, et par la bouche de Jésus, le Verbe de Dieu en personne, dans un enseignement clair et assidu. Mais Israël ne s’est pas soumis».