Os Escritos de Maria Valtorta

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37. Le 19 février

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37. Capítulo 37

PT Tradução a caminho

1944-02-19

[1]Joseph éteint l’une des torches qu’il avait allumées pour mieux voir à l’intérieur du sépulcre, où il fait déjà fort sombre; il s’approche de la porte, de l’ouverture, en tenant une seule torche allumée avec laquelle il donne de la lumière pendant que, en compagnie de Nicodème, il roule la lourde pierre du tombeau à sa place.

Marie, soutenue par Jean, sanglote de plus belle. Jésus est désormais seul dans son tombeau, au milieu du jardin silencieux et un peu obscur.

Le groupe se réunit. La route est courte pour parvenir à la maison d’où, hier à peine, les apôtres étaient partis avec Jésus vivant et beau. Marie, Jean et les femmes y entrent. Je me rappelle maintenant avoir toujours oublié de dire que l’une des pieuses femmes du groupe était la maîtresse de maison. Joseph et Nicodème se retirent.

Marie entre dans la pièce où elle se trouvait vingt-quatre heures plus tôt avec Jésus. Elle pleure. Les femmes la réconfortent, ainsi que Jean. Mais rien ne peut la consoler. Elle tient dans les mains son voile taché de sang, de son Sang, et elle l’embrasse. En face d’elle, sur une table, se trouvent la couronne d’épines, les clous, ainsi que quelques autres objets ayant joué un rôle dans la Passion, comme les tampons avec lesquels on a frotté les membres de Jésus dans le sépulcre, et le drap sur lequel il a été porté au sépulcre. C’est tout ce qu’il lui reste de son Fils.

A sa demande, les femmes la laissent seules, de même que Jean.

Marie, à genoux, pleure et prie, la tête appuyée contre ces quelques objets. De temps en temps, la torture de la souffrance, du souvenir, de la solitude doit se faire plus vive, car elle appelle son Jésus et lui parle comme s’il était présent; elle évoque les moments où il était son petit enfant, son réconfort, sa compagnie. C’est toute la vie familiale de Jésus qui passe à travers ces épisodes évoqués par sa Mère.

Elle sait bien qu’il ressuscitera, elle le croit puisqu’il l’a dit et elle, elle l’a compris. Mais en attendant, il est mort, il n’est plus. Elle est toute seule, avec ses souvenirs de supplice.[2]

«Si on l’avait laissée [rester] dans le tombeau avec lui, elle se serait sentie moins affligée. Elle aurait attendu de le voir ressusciter en le veillant comme quand il était enfant. Ce sommeil de mort est plus pesant, ce lit en est un autre bien différent. Mais, pour elle, cela aurait consisté à répéter un geste fait bien souvent auprès du berceau; certes, elle ne l’aurait pas bercé de la douce berceuse d’alors, mais de ses prières pour que le Sacrifice soit fécond pour tous les hommes, de ses mots d’amour et de son pardon donné aux assassins. Si on l’avait laissée! Elle se serait assise là, à côté de lui, et il lui aurait semblé le voir encore dans ses langes, comme autrefois.»

Après une pause qu’un souvenir éclaire d’un sourire, son supplice revient avec plus de vivacité, «car elle se souvient de quels linges son Fils a été langé, car elle se souvient de quelles blessures ils sont le voile.»

Et, de nouveau, elle évoque ces temps où «il était petit et tombait, quand il commençait à travailler et se blessait; elle tremblait alors de voir son sang, ses petits bleus, ses bobos bénins; elle les soignait d’un baiser et ne s’apaisait que lorsqu’elle comprenait que la petite douleur était passée. Et maintenant, maintenant… On l’a blessé, frappé, transpercé, battu, cloué, écorché… et personne n’a eu pitié de lui, personne ne l’a soigné, personne n’était à son côté pour le caresser là où d’autres le frappaient! Oh! Si elle avait été là, elle qui se tenait toujours, pour le moins, proche de lui! Elle qui, avant de l’apprendre par Jean, avait déjà tout su de la capture de Jésus, des premières brutalités, des pierres lancées contre lui, des coups, des crachats, des brutes, des cordes; elle qui, malgré le pieux voile laissé par Jean sur la vérité des tortures, savait, savait ce qui se passait au Prétoire. N’avait-elle pas le cœur strié, battu, frappé par les fouets, par les épines, par les coups de pied, par les poings des hommes cruels qui avaient flagellé son Jésus, qui l’avaient couronné d’épines et frappé? Bien sûr que si! Et si le cœur de son Fils s’est brisé sous la souffrance endurée par sa chair, sa chair à elle s’est brisée sous la souffrance endurée par son cœur maternel.»

La Mère a tout partagé: soif, fouets, épines, accusations et offenses, blasphèmes, tout. Et puis, et puis… «au Calvaire… l’impossibilité de l’aider, de lui donner ne serait-ce qu’une goutte d’eau – elle qui lui avait donné tant de lait –, l’impossibilité de le soutenir en sa dernière heure – elle qui l’avait soutenu à ses premiers jours –, l’impossibilité de lui tenir la tête pour que, au lieu de heurter ce bois, il trouve le cœur de sa mère pour oreiller, pour y expirer moins atrocement.»

C’est là une agonie spirituelle non moins pénible que l’agonie physique du Christ. J’en ai le cœur brisé. Comment fera-t-elle pour vivre ne serait-ce que quelques heures sans lui? Marie se le de­mande à elle-même, aux choses qui ont touché son Jésus, qui sont baignées de son sang et de sa sueur de mort, elle le demande à Dieu…

«Comment a-t-il pu permettre tant de sévices en le laissant seul, seul, tout seul sur sa croix? Lui, le Père, qui est si saint et bon, comment a-t-il pu résister au cri de ce cœur qui mourait même de la douleur de ne plus se sentir aidé par le Père? Le souvenir du cœur lui rappelle la blessure du côté. Elle en cherche la marque sur son voile. Voici l’empreinte de ses doigts, qui ont pénétré avec le linge de lin dans la terrible déchirure. Les voilà. Elle qui a touché sans le vouloir le cœur de sa Créature! Le cœur de son Dieu! Et ce cœur était mort! Mort! Mort!»

Marie crie ce mot, sa douleur en est à son paroxysme. Elle appelle Dieu: «Père, Père, pitié! Je t’aime! Nous t’avons aimé et tu nous as tant aimés! Comment as-tu permis que le cœur de notre Fils soit blessé?»

Mais elle se rappelle que son Fils était déjà mort et qu’il n’a donc pas souffert de cette blessure. Elle bénit alors la bonté de Dieu qui a épargné cela à son Jésus. «Cela, du moins, tu ne l’as pas senti, mon Fils. Moi seule je l’ai senti, dans mon cœur, quand j’ai vu le tien ouvert. Maintenant, c’est dans le mien qu’est la lance, elle le retourne et le déchire. C’est mieux ainsi. Tu ne la sens pas. Mais, Jésus, pitié! Un signe de toi, une caresse, un mot pour ta Maman au cœur déchiré! Un signe, un signe, Jésus, si tu veux me trouver en vie à ton retour!»

Un coup à la porte de la maison emplit le silence de cette demeure où seule crie la souffrance de Marie. Puis un second coup, plus léger celui-là, à la porte de la pièce.

Jean entre. Il parle à Marie, à mi-voix. Elle acquiesce. Elle se reprend. Elle se dirige vers la porte.

Véronique entre, accompagnée de sa servante. Elle s’agenouille devant Marie, qui s’est maintenant assise. Les femmes fidèles se pressent à l’embrasure de la porte. Jean se tient debout derrière le siège de Marie, une main sur son épaule, le bras gauche derrière son dos, comme pour la soutenir. Du coffret que sa servante, à genoux elle aussi, tient entre ses mains, Véronique sort le voile de lin et l’explique.

La Face vivante du Christ est là, sur la toile. Un visage douloureux, mais encore vivant de par son expression, ses yeux ouverts, le léger mais douloureux sourire de sa bouche. Marie étend les bras en poussant un cri auquel font échos ceux des femmes.

Véronique remet ce suaire à la Mère. Il est juste qu’il lui revienne. Puis, avec délicatesse, elle se retire avec sa servante.

Le signe est venu. Ce n’est presque rien dans l’océan de douleur qui la submerge, mais cela suffit à l’empêcher de mourir.

La contemplation me laisse ainsi, sur le visage de Marie appuyé sur la Face du Christ imprimé sur le suaire.

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Notes

  1. Voir la note 65. ↩
  2. L’écrivain mettra les paroles de Marie entre guillemets, tout en continuant son discours à la troisième personne. ↩