Os Escritos de Maria Valtorta

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6. Le 11 février 1945

FR

6. Capítulo 6

PT Tradução a caminho

1945-02-11

Au milieu de mes propres souffrances, je vois d’autres souffrances.

Une sorte de puits circulaire d’une largeur de quelques mètres carrés. Son diamètre soit tourner autour de quatre ou cinq mètres au plus et il est presque aussi haut, sans fenêtre. Une petite porte étroite en fer est encastrée dans une muraille de presque un mètre d’épaisseur. Au milieu du plafond, un trou rond d’un diamètre de cinquante centimètres tout au plus sert à l’aération de ce puits. Sur le sol en terre battue se trouve un autre trou dont provient une puanteur fétide et un gargouillis d’eaux profondes, comme si l’on était près d’une rivière ou encore si des égouts passaient là en direction de la rivière. L’endroit est malsain, humide, fétide. De l’eau passe par les murs, le sol est imprégné de matières répugnantes, car je comprends que le trou du plafond sert d’écoulement aux déchets de la cellule supérieure.

Dans cette horrible prison, où règne une pénombre épaisse qui permet à peine d’entrevoir l’essentiel, se trouvent deux personnes. L’une est couchée par terre, dans l’humidité, contre le mur auquel elle est enchaînée par un pied. Mais elle ne fait aucun geste. L’autre est assise à côté, la tête dans les mains. C’est un vieillard, car je vois que le haut de son crâne est tout chauve.

Au-dessus, dans l’autre cellule, il doit y avoir plusieurs personnes, car j’entends des voix et du remue-ménage. Des voix d’hommes et de femmes, d’enfants et de vieillards qui se mêlent aux voix fraîches de jeunes filles et à celles, puissantes, d’adultes.

De temps à autres ils chantent des hymnes mélancoliques qui gardent, jusque dans leur tristesse, quelque chose de paisible. Leurs voix résonnent contre les murs épais comme dans une salle à la bonne acoustique. Un très bel hymne dit:

«Conduis-nous à tes eaux fraîches.

Emmène-nous dans tes jardins fleuris.

Donne ta paix aux martyrs

Qui espèrent, qui espèrent en toi.

C’est sur ta sainte promesse

Que nous avons fondé notre foi.

Ne nous déçois pas, Jésus Sauveur,

Car nous avons mis notre espoir en toi.

Nous marchons joyeux vers les martyrs

Pour te suivre dans le beau paradis.

C’est pour cette Patrie que nous quittons tout

Et nous ne voulons, nous ne voulons que toi.»

Lorsque ce dernier chant s’éteint lentement, une lumière apparaît, et un bras se tend, tenant une petite lampe. Un visage d’homme apparaît aussi. Il regarde. Il voit que l’homme couché ne bouge pas et que l’autre, la tête dans les mains, ne le voit pas, si bien qu’il appelle: «Diomède! Diomède! C’est l’heure!»

L’homme assis se lève et, traînant sa longue chaîne, vient sous la trappe.

«Paix à toi, Alexandre.

– Paix, Diomède.

– Tu as tout?

– Tout. Priscilla a osé venir, travestie en homme. Elle s’est rasé les cheveux pour avoir l’air d’un fossoyeur. Elle nous a apporté de quoi célébrer le Mystère. Que fait Agapet?

– Il ne se plaint plus. Je ne sais s’il dort ou s’il est mort. Je voudrais voir… pour réciter sur lui les prières des martyrs.

– Nous te faisons descendre la lampe. Attends. Ce sera une joie pour lui que de recevoir le Mystère.»

Un cordon de ceinture noué leur permet de faire descendre la petite lanterne dans les mains de Diomède qui, je le vois bien maintenant, est un vieillard au visage effilé et austère. Il est très pâle, il ne lui reste que peu de cheveux, mais l’expression de ses yeux est splendide. Dans sa misère d’homme enchaîné dans un tel taudis fétide, il a la dignité d’un roi.

Il détache la lanterne du cordon et se dirige vers son compagnon. Il se penche, l’observe, le touche. Puis il ouvre les bras après avoir posé la lampe par terre, dans un ample geste de commisération. Il prend ensuite les mains du cadavre, déjà presque raidies, et les lui croise sur la poitrine. Ce sont les pauvres mains jaunes et squelettiques d’un vieillard mort de privations.

Il se tourne vers ceux qui l’attendent près du trou et leur dit:

«Agapet est mort. Gloire au martyr de la fosse putride!

– Gloire! Gloire! Gloire au fidèle du Christ, répondent ceux de la cellule supérieure.

– Faites descendre ce qu’il faut pour le Mystère. L’autel ne manque pas. Non plus ses mains, tendues pour servir de support, mais son cœur sans mouvement qui, jusqu’au dernier instant, battait pour notre Seigneur Jésus.»

On fait descendre une bourse en étoffe précieuse, dont Diomède sort un petit linge de lin, un pain large et bas, une amphore et un petit calice. Il prépare tout sur la poitrine du mort, célèbre et con­sacre en récitant de mémoire les prières auxquelles ceux d’en haut répondent. Ce doit être les tout premiers temps de l’Eglise, car la messe ressemble plus ou moins à celle de Paul dans le Tullianum.5

Après la consécration, Diomède reverse dans l’amphore le vin du calice – qui a un peu la forme d’une cruche et a peut-être été choisi pour cet usage –, remet les saintes espèces dans la bourse et ramène le tout à l’endroit où le cordon l’attend pour remonter la bourse. Pendant que l’on élève celle-ci avec précaution, Diomède donne l’absolution à ses compagnons. Le chant reprend doucement, entonné presque entièrement par des jeunes filles, pendant que les chrétiens communient.

Lorsqu’il cesse, Diomède parle:

«Frères, je comprends que, pour nous, l’heure du cirque et de la victoire éternelle est venue. Elle l’est déjà pour Agapet. Pour vous, ce sera demain. Soyez forts, mes frères. Le supplice ne durera qu’un instant. La béatitude ne connaîtra pas de fin. Jésus est avec vous. Il ne vous quittera pas, même lorsque les saintes espèces seront consumées en vous. Il n’abandonne jamais ses confesseurs, mais il reste avec eux pour en recevoir sans tarder l’âme lavée par l’amour et par le sang. Allez. A l’heure de la mort, priez pour vos bourreaux et pour votre prêtre. Par ma main, le Seigneur vous donne une dernière absolution. N’ayez pas peur. Vos âmes sont déjà plus pures qu’un flocon de neige qui tombe du ciel.»

«Adieu, Diomède!», «Assiste-nous de tes prières, toi qui es saint», «Nous dirons à Jésus de venir te prendre», «Prie pour nous». Tour à tour, les chrétiens se présentent au trou, saluent, sont salués puis disparaissent…

En dernier lieu, on fait remonter la lanterne et l’obscurité revient, encore plus noire, dans cet antre où l’un s’éteint lentement à côté d’un autre déjà mort, dans l’odeur fétide et le gargouillement profond des eaux souterraines. Au-dessus, les chants reprennent, lents et doux.

Personnellement, j’ignore où se passe cette scène. Je dirais que c’est à Rome, à une époque de persécutions. Mais je ne sais de quelle prison il s’agit, pas plus que je ne sais qui est ce prêtre Diomède, au visage si vénérable. Toutefois, par sa tristesse cette vision me touche encore davantage que celle du Tullianum.

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Notes