1945-11-16
Je suis tellement abattue par la fatigue excessive de ces derniers jours — 85 feuilles en cinq jours — que Jésus me laisse au repos (matériel). Mais l’esprit, lui, ne se repose pas, et le Maître continue à l’instruire.
Voici l’enseignement d’aujourd’hui. Je suis en train de lire des essais de poésie védique, persane, indienne, etc. Il s’agit de poèmes sacrés, spirituels, dans lesquels sont célébrées et décrites les motions et les sensations des fidèles vers Dieu : le Tout, la Vérité, comme ils disent eux aussi. Certains pourraient passer pour des écrits d’ascèse de sainte Thérèse d’Avila ou de saint Jean de la Croix. Je cite leurs noms parce que je les connais un peu, mais il y en a sûrement d’autres. On pourrait aussi les prendre pour les cantiques bibliques les plus habités par un souffle d’amour. J’en suis stupéfaite.
Jésus dit :
« Ne sois pas aussi surprise. Pourquoi t’étonner ?
En toute religion — et d’autant plus si elle a une morale élevée — on trouve la présence de vertus et l’exigence de mener une vie qui s’y conforme. Par conséquent, la charité, l’espérance, la foi, l’humilité, la justice et ainsi de suite y ont place.
Elles ne seront pas parfaites, puisqu’elles proviennent d’une connaissance imparfaite du Tout, ou Vérité, mais elles susciteront toujours les mêmes effets moraux d’élévation, d’extase, d’incitation à la miséricorde, à l’humilité, à la tempérance, grâce au désir et à l’espérance de parvenir à posséder le Tout, c’est-à-dire Dieu.
Dieu, le Soleil, donne les mêmes lumières à tous les hommes. Et les religions révélées, mais imparfaites, créent des brumes que le rayon du divin Soleil peut moins facilement percer pour descendre déposer un baiser sur les croyants, les meilleurs parmi eux, et pénétrer en eux. Les meilleurs, ce sont ceux qui tendent à Dieu de tout leur être, savent s’élever par l’envol de leur esprit au-dessus des brumes, pour atteindre une perfection qui manque malheureusement à trop de chrétiens, et connaître les paroles ineffables de l’Esprit à l’esprit, et savourer le fait d’être uni à l’Amour plus et mieux que beaucoup de catholiques tièdes.
Ne t’étonne donc pas qu’un soufi écrive des pages sœurs de celles de cette grande amoureuse de Dieu que fut Thérèse de Jésus. L’Amour est un. Qui le connaît et en est le fils, parle le langage unique de l’amour. »
Plus tard, pendant que je corrige, il me dit de mettre les initiales des vertus en minuscules, et non en majuscules comme je l’avais fait, parce que « ce ne sont pas les vertus telles que la grâce les infuse en vous — c’est-à-dire théologales et cardinales —, mais les vertus élevées d’une personne privée de la grâce, en ce sens qu’elle n’appartient pas à mon Eglise et ne profite pas de mes sacrements, mais est moralement sainte puisqu’elle tend à la Vérité, à Dieu. »