Mon réveil (de mon assoupissement) s’est caractérisé, à 7 h ce matin, par une grande douceur. Cela faisait huit heures et demie que j’étais plongée dans cet état et lorsque j’ai retrouvé ma sensibilité et mon intelligence, j’ai aussitôt pensé: «Ah, ce matin, il n’y a pas de soleil. Il n’y a pas de communion avec le P. Migliorini. Il n’y a rien…», et je sentais les larmes monter en moi à cause de ma misère.
Je me suis mise à prier fort paisiblement, pendant que Marta continuait à dormir. Couchée sur le côté gauche, j’avais commencé depuis peu lorsque j’ai entendu derrière moi ce bruit de pas à peine perceptible de la Mère que je connais bien, puis que j’ai senti ses mains caresser mon front et ma tête. Après m’être mise sur le dos pour ne pas lui tourner le dos, j’étais recueillie et bienheureuse sous ses caresses légères, délicates.
J’ai osé davantage. Comme, du front, sa main maternelle descendait me caresser les joues, j’ai légèrement tourné la tête pour lui donner un baiser sur la paume de la main, si lisse qu’elle en paraissait de la soie, tiède comme le creux d’un nid et parfumée d’une odeur indéfinissable entre la violette et l’amande amère, cette odeur qui est celle de certaines plantes très fleuries et comprend mille nuances qui deviennent un seul parfum.
La Mère m’a laissé faire et moi, comme dans un nid justement, je me suis pelotonnée, le visage bien calé dans le nid de sa petite main; comme je n’étais toujours pas satisfaite, j’ai ensuite osé la prendre de ma main droite et l’embrasser sur le dos et sur ses fins doigts, puis me la passer encore sur le visage pour en sentir la caresse. La Mère souriait et me laissait faire. Quelle douceur!
Après cela, elle m’a invitée à reprendre mes prières, tout en restant à mes côtés et en me caressant encore. Finalement, elle est partie en me laissant en guise de souvenir son parfum frais et délicat qu’on ne peut classer avec certitude parmi les parfums de la terre.
C’est ainsi que ma tristesse s’est changée en paix.
Remarquez, mon Père, que, étant donné que je priais sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus lorsque j’ai entendu le froufrou et senti la première caresse de sa main fuselée, j’ai pensé que c’était elle qui venait m’assurer qu’elle entendait mes prières. Du coin de l’œil, je voyais même un morceau d’étoffe plutôt marron foncé sur son poignet blanc et délicat, ce qui me faisait encore plus penser à la petite Thérèse. Mais ensuite, je n’ai plus eu aucun doute: c’était notre Mère, même si elle était vêtue de sombre comme dans la vie domestique. C’était bien la Mère, qui venait dire bonjour à sa fille malade.
Plus tard, alors que je repensais à ma joie du matin, Marie me dit:
«C’était bien moi sous mon vêtement de Reine du Carmel. Tu me pries sous ce titre et tu pries également ma fille Thérèse de l’Enfant-Jésus; étant donné que tu pries, offres et souffres pour le clergé et pour les pécheurs, tu entres avec tes intentions dans les intentions carmélitaines, même si tu n’appartiens pas à cet ordre. J’ai voulu porter à ma petite Maria mon baiser de paix, lui dire qu’elle est sous la protection de mes caresses, qu’elle est aimée par les saintes du Carmel et qu’elle ne doit pas craindre. Aime-moi toujours sous tous mes titres. Ils me sont tous chers, car ils me sont tous venus par amour. Quant à moi, je t’aimerai selon tous tes besoins. Sais-tu ce qu’est l’amour de la Mère? C’est souvent un miracle de grâce, c’est toujours du réconfort et une bénédiction. Aie foi.»