Les Écrits de Maria Valtorta

149. Le 25 juillet

1944-07-25

Aucune dictée hier. C’est du repos pour mes pauvres épaules, brisées par tout ce que j’ai écrit ces derniers jours. Néanmoins, les faveurs célestes ne m’ont pas fait défaut.

En premier lieu une grande paix, puis la présence visible de mes amis du ciel et leurs caresses accompagnées par ce parfum de roses – d’ailleurs sensibles pour les autres – qui parfois est pur comme s’il y avait des boutons de roses à peine cueillis dans la pièce, mais qui, à d’autres moments, paraît s’accompagner d’une légère odeur d’iode et de vinaigre comme si les roses se fanaient un peu sur leur tige. Ce parfum vient lentement: au début ce n’est qu’un effluve subtil, puis il s’affirme et s’intensifie par vagues, quelquefois très puissantes, d’autres fois moins fortes. Il se dissipe enfin comme il est venu.

Généralement, il s’agit d’une odeur de roses. Mais certaines fois il est complexe comme s’il s’y mêlait des gardénias, du jasmin, des violettes, du muguet, des lys et des tubéreuses. Je ne sens jamais d’odeur d’œillets, d’iris, de jonquilles, de freesias ou d’autres fleurs. Seulement celles que je viens d’énumérer.

Je pense que c’est l’un de mes “amis” qui l’apporte, à moins qu’il accompagne la bénédiction de Padre Pio.[1] Je ne sais rien de précis. Je le salue chaque fois en le remerciant ainsi: «Qui que tu sois, merci pour ta protection sensible.» Car je me sens protégée quand je suis enveloppée de ces parfums, encore plus qu’à l’accoutumée, comme si j’étais dans les bras de quelqu’un qui m’aime avec la perfection d’un saint.

Maintenant, avant d’écrire ce que je viens d’écrire, j’ai pris la Bible et je l’ai ouverte par hasard. Or elle s’est ouverte à l’envers. Pensez donc si c’était un hasard! Une fois que je l’ai remise dans le bon sens, je vois: chapitre 30 de l’Exode: l’autel des parfums.

Jésus me dit: «Laisse-la ouverte à cet endroit. C’est la leçon d’aujourd’hui. Commence par écrire ce qui concerne les parfums que je t’envoie, puis je te parlerai sur ce que je veux que, toi, tu m’en­voies.» J’ai écrit et j’attends.

Jésus dit:

«Je dis à chaque âme qui m’aime: “Fais de ton cœur un autel sur lequel ton amour est un parfum devant ma sainteté.” Mais je donne à mes bien-aimés un ordre plus spécifique, car je vous veux parfaits. Je le veux par amour, et je le veux par justice. Tout don exige une réciprocité. Or je vous ai donné au-delà de toute mesure. Vous devez donc me donner au-delà de toute mesure.

Comprends grâce à la métaphore de l’autel biblique comment je désire que tu sois.

Comment ton cœur doit-il être un autel pour les parfums? Il lui faut être en matière précieuse à l’intérieur et à l’extérieur, partout.

C’est dans le bois d’acacia que se cache la signification de ce qui est précieux, de l’incorruptibilité, de la résistance et de la légèreté. Ce bois, que sa rareté et ses qualités rendent précieux, était doté de telles propriétés. Précieux parce que rare, il se présente sous la forme de troncs tellement robustes qu’on peut les équarrir en blocs d’un mètre de haut sur un mètre de côté. Il était incorruptible à l’action de l’eau et des vers en raison de sa dureté qui augmentait au fur et à mesure qu’il vieillissait, tout comme sa couleur jaune paille foncé devenait de plus en plus précieuse en s’assombrissant lentement jusqu’à paraître noire comme l’ébène. Il était donc extrêmement résistant à l’action nocive de l’humidité et des vers, de sorte qu’il était particulièrement utilisé pour les objets qui, en fonction de l’usage auquel on les destinait, demandaient à être préservés de toute usure rapide, et en premier lieu les objets sacrés. Il était en même temps plus léger que d’autres bois moins résistants mais beaucoup plus lourds, et par conséquent apte à être utilisé pour fabriquer des objets que, en cas de besoin, il fallait porter dans les bras par respect.

C’est ainsi que ton cœur doit être: précieux car formé par l’amour, par l’union à Dieu et par la générosité dans l’amour. Incorruptible à l’action nocive de la sensualité, de la tentation et des pièges sa­taniques, ces trois vers de l’âme, car l’amour généreux et l’union rendent les fibres du cœur incorruptibles à l’action désintégrante qui vient de l’extérieur. Dans un cœur pénétré de soi, que pourrait-il entrer d’autre? Comment la corruption pourrait-elle entrer dans un lieu comblé par celui qui, de toute éternité, n’a jamais connu ce qui est corruption? Comment la Mort peut-elle entrer là où le Vivant a établi sa demeure?

Ton cœur doit être extrêmement dur, fort et résistant: un bloc sur lequel les forces adverses glissent en vain, comme des ailes de mouche. Tu appartiens à Dieu. Mon sceau est imprimé sur chacune de tes fibres. Il ne doit s’y trouver aucun autre signe. Fortifie-toi sans relâche dans l’amour et dans l’union pour rendre ton cœur toujours plus résistant à tout ce qui n’est pas Dieu.

Qu’il soit en même temps très léger, ni prisonnier de quelque racine d’humanité, ni alourdi par quelque matérialité ou par de mesquines conventions. N’avilis jamais ton âme et ta foi par des petitesses. Ce sont deux choses célestes et il importe de les garder dans une atmosphère surnaturelle.

Je t’ai donné beaucoup afin que tu me donnes beaucoup. Je t’ai appris beaucoup afin que tu me serves avec sagesse. Ne l’oublie pas. Tout comme je t’ai prise, toi qui ne valais pas grand chose, pour t’em­mener beaucoup plus haut que tu ne le méritais, tu dois tout faire pour éviter de descendre, et même il te faut essayer de voler toujours plus haut de tes propres forces. N’aie pas peur de ne pas en être capable. Je suis toujours là pour veiller sur toi et t’aider. Quant à toi, mets-y toute ta volonté.

Ton âme doit être équarrie comme une pierre angulaire. Que les vertus soient les côtés et les faces de ton âme devenue pour moi autel des parfums. Qu’elle s’appuie sur une base de sacrifice: c’est le côté qui repose sur le sol, sur cette misérable terre sauvée par le sacrifice. Que les quatre côtés qui montent soient faits de tempérance, de force, de justice et de prudence; quant au côté supérieur, à l’opposé de la base, qu’il soit fait de charité. La charité vient du ciel et y tend. La charité est la pierre de l’autel sur lequel les oblations en l’honneur de Dieu et en propitiation pour les frères sont consumées. Enfin, que les deux cornes soient l’espérance et la foi.

Comme il convient aux trois vertus théologales et à la dignité de l’autel, que le tout soit recouvert de l’or le plus fin. Chaque molécule d’or est fournie par un de tes actes d’amour et de sacrifice. Sacrifice et amour: voici l’amalgame précieux qui revêt de splendeur l’autel du cœur. Tout ce qui concerne Dieu doit être en or. Ton holocauste, ce parfum agréable à Dieu plus que celui de toutes les fleurs de la terre, doit être offert sur un ustensile digne du Seigneur. C’est donc encore l’or, que l’homme a perverti en tant que métal en en faisant un instrument de péché, mais que l’âme veut posséder, spirituellement, pour l’offrir au culte de Dieu.

Le cadre doit être laissé à ta vigilance, toujours en garde afin que le feu parfumé de ton amour ne faiblisse pas. Les anneaux sont ta bonne volonté, les barres ta promptitude à servir Dieu, en te laissant conduire là où il le veut.

Tu tiendras constamment cet autel devant moi, devant l’Arche du Témoignage de Dieu qui est ton Sauveur, le Verbe du Seigneur que voile une chair humaine. Je te parlerai à travers ce voile. Il me faut en effet utiliser encore des moyens adaptés à ta condition d’être vivant. Lorsque viendra le temps de ta paix, alors je parlerai à ton âme et elle me comprendra uniquement en se regardant à la lumière du ciel.

“Et Aaron y fera fumer l’encens.”

Qui est Aaron? Mais c’est moi! C’est moi qui suis ton Prêtre et Pontife, et, matin et soir, je brûle sur l’autel que tu m’as préparé le suave parfum aromatique de ton immolation d’amour. Matin et soir, c’est-à-dire en permanence. Tu dois me fournir cet encens afin que je le brûle. Pour toi, pour tes frères et pour la gloire de Dieu, laisse-toi brûler.

Il existe en orient des plantes à l’arôme précieux qui, plus elles sont abîmées et entaillées par l’homme, plus elles en dégagent. Si on ne les entaille pas, elles ne diffèrent en rien des autres plantes. Mais si le fer les incise, alors, comme des larmes arrachées par la souffrance, il en suinte des gouttes de baume qui servent à parfumer les huiles et à préserver de la corruption. Ces plantes doivent être toujours entaillées pour en donner, jusqu’à sa mort. Si on la laisse tranquille, la plaie se cicatrise et les précieuses gouttent ne suintent plus.

Médite cela et tires-en un enseignement.

On ne doit déposer sur cet autel aucun autre parfum ni oblation ni victime, mais uniquement celui de ta charité, l’oblation de toi-même, en victime offerte à l’Amour divin pour l’amour de tous.

“Une fois l’an, dit l’Exode, Aaron fera l’expiation… avec le sang du sacrifice pour le péché.” Mais moi je te dis: “Chaque fois que je le voudrai, je ferai de ton sang, pressé et répandu sous le couteau de la Souffrance, un sacrifice d’expiation pour les péchés du monde.”

Ne te plains pas. Je monte à l’autel tous les jours, et même des milliers de fois par jour, pour y être consumé. Il n’est pas une minute, pas une seconde de la journée, vingt-quatre heures par jour, dans laquelle il n’y ait pas, en quelque point du globe, un autel sur lequel l’hostie innocente ne soit élevée et ne resplendisse. C’est grâce à mon sacrifice perpétuel et continuel que vous existez encore; sinon, la colère du Père vous aurait détruits depuis longtemps, car votre péché dépasse l’infinie patience de Dieu.

Que dit le prêtre, à l’autel? “Pro me et omni humano genere.”[2] Voilà la pensée du prêtre pendant qu’il offre et immole. Et voici la tienne: “Pour moi et pour tout le genre humain, Jésus s’est immolé. Moi aussi je m’immole, avec lui, en lui et pour lui, pour tout le genre humain.” Observe bien que chacune de tes angoisses, chacun de tes tourments – qui ne sont pas du désespoir puisque tu continues à espérer en moi, mais qui en ont déjà la saveur tant ils sont rudes – servent à accorder une grâce au genre humain. Penses-y constamment, chaque fois qu’angoisses et tourments te brûlent et te transpercent, te broient et te clouent comme des intruments de feu.

Etre à l’agonie n’est pas stérile. Il ne s’agit pas non plus d’une agonie stérile qui te fait du bien à toi. C’est une agonie par laquelle tu achètes des dons de grâce pour les malheureux qui ne savent pas aimer et prier, ou ne savent pas le faire convenablement. Par conséquent dis-toi, quand tu souffres davantage: “Par ce biais les vrais désespoirs sont supprimés. Merci, mon Dieu, de te servir de moi pour ce faire.”

Va en paix, mon petit Jean. Là où est charité et amour, là est Dieu, a dit le grand Jean. C’est pourquoi je suis avec toi et toi avec Dieu, car tu as compris l’amour.»


Notes

  1. Padre Pio de Pietrelcina, capucin stigmatisé à qui l’écrivain vouait une grande dévotion (1887-1968). ↩
  2. Pour moi et tout le genre humain. ↩