Les Écrits de Maria Valtorta

172. Le 27 août

1944-08-27

Une étrange tentation.

Je repensais à une conversation avec Paola, qui disait: «Quand j’entends cela (les visions), j’ai l’impression d’être transportée dans un autre monde… de lire des fables du paradis… quelque chose de tellement beau qui, ensuite, demeure en moi comme une lumière…»

Le Tentateur me susurre alors: «Si tu tenais tant à faire publier ton livre, c’est pour ton profit et par orgueil.[1] Tu ne peux plus le faire parce que ton Maître te prend tout ton temps, et que la maladie t’enlève toute force. Pour obtenir cette satisfaction qui, au fond, est juste, surtout pour toi à qui tout a été refusé, pourquoi ne pas faire publier les belles visions que tu as? L’on écrit tant de choses qui sont de pure imagination, donc inexactes, sur ce qu’est la vie de Dieu et de ses saints. Pourquoi ne pas contribuer à en faire connaître la vérité? Tu en obtiendrais honneur et profit, et tu ferais du bien en servant le Bien.»

Il essaie vraiment tout, savez-vous? Je l’ai renvoyé… chez lui, et je ne crois pas avoir mal agi, car… tant pis pour lui s’il reste en enfer.

Mais, plaisanterie mise à part, voyez un peu les pirouettes qu’il fait pour me pousser à agir de façon fautive ou peccamineuse! Etant donné que ma chair est morte à son action depuis bien des mois, il fait volte-face et s’adresse à l’âme, tout d’abord à Viareggio lors des journées noires: «Adore-moi et je te rendrai heureuse»[2] puis, début juillet, au cœur: «Modifie les paroles du Maître, mets-y tes propres mots en imitant son style pour parvenir à fléchir une personne qui t’a déplu»,[3] enfin à l’esprit: «Sers-toi de ces dons pour en obtenir une gloire humaine.»

Pauvre malheureux! Si je deviens folle, je ne réponds pas de moi. Mais si ma tête est bien en place, avec l’aide du Seigneur, je ne tomberai pas dans ces erreurs. Il s’agit de choses sacrées. Nul autre que moi ne peut le dire avec la certitude que j’en ai, et j’aurais l’impression de faire un sacrilège si je m’en servais pour des raisons de profit ou d’orgueil humain. Qu’elles soient utilisées pour mes pauvres frères, j’en suis heureuse, oui, et je voudrais qu’elles parcourent le monde entier pour battre le rappel et rassembler les multitudes sous la Lumière. Mais je refuse, je refuse absolument d’en faire un commerce et une source de notoriété.

Maria Valtorta n’existe plus. Elle est absorbée par la Volonté, elle vit uniquement comme âme, dans le bienheureux anonymat qui réunit tant de saints du ciel sous cette seule classification: les saints. Oh! Si, comme je l’espère, Jésus m’ouvre son paradis, même alors je ne voudrai pas être connue du monde! Je suis le petit Jean, le porte-parole. Je veux être connue sous les noms que Jésus m’a donnés: un être humainement irréel, par conséquent. L’être réel a disparu aux yeux du monde et je ne veux pour aucune raison que le voile qui me cache soit levé.

Je redoute cela davantage qu’un danger personnel. Si un voleur entrait me dérober le peu que je possède encore, il me causerait moins de tort que ne le ferait une personne qui pénètrerait en voleur dans mon secret et me dépouillerait de mon existence inconnue du monde, en me désignant à tous comme celle que Dieu fait bénéficier de ses paroles.

Je suis parfois tentée de demander à Dieu la santé physique, non pas pour ne plus souffrir, mais pour pouvoir entrer dans un Carmel ou une Trappe et mourir complètement aux yeux du monde afin de vivre ma mission toute seule, en sécurité, protégée par les grilles en fer et la règle austère.


Notes

  1. Allusion probable à un roman d’inspiration autobiographique écrit par Maria Valtorta pendant ses premières années d’infirmité. Elle le reniera plus tard. ↩
  2. Le 15 avril. ↩
  3. Le 4 juillet. ↩