Les Écrits de Maria Valtorta

173. Le 29 août

1944-08-29

Je reçois une lettre du P. Migliorini à l’intérieur d’une autre, du P. Pennoni,[1] et je m’aperçois que mes angoisses n’étaient pas sans fondements. J’en éprouve à la fois consolation et peine. Quand cette agonie finira-t-elle?

Il m’est dit: «Tu vois qu’il était bon que tu ne sois pas à Camaiore? Si tu avais été là…» Mais je réponds: «Mourir à petit feu dans les souffrances que j’endure ici à cause du climat, de l’eau, de la nourriture et ainsi de suite, tout en souffrant de la désolation due à l’absence de celui dont la parole est ma paix après Jésus, n’est-ce pas pire que mourir d’un seul coup?»

On voit bien que ma tragédie la plus véritable n’est pas com­prise! la nostalgie d’un environnement et de la proximité de quel­qu’un, plus que nécessaire dans mon cas particulier, me consume davantage que la fièvre, mais on me dit: «Heureusement que tu n’étais là.» Pour moi, c’est mal. Je suis sujette à une triple usure, dix fois supérieure à ce que j’aurais vécu là-bas, due à mon éloignement de la maison et à l’effort de ma mission. Mais, encore et toujours, mon cas n’est pas pleinement compris.

Je crois comprendre quel est le quatrième vœu du P. Pennoni. C’est celui dont le monde a le plus besoin, ce monde qui ne reviendra pas à la sérénité – je ne parle même pas de joie, seulement de sérénité – par la haine et l’intransigeance, mais par le sacrifice d’un grand nombre, afin que la foule innombrable des autres apprenne à regarder l’amour. Le regarder serait déjà quelque chose… or, maintenant, ils ne savent même plus faire cela.

Je me rappelle une lointaine vision hivernale de la Vierge, en vêtement de deuil, qui met de côté des fleurs souillées et en cueille d’au­tres, cassées; elle me dit: «Ce sont des âmes sacerdotales que des hérésies politiques et humaines ont rendues martyres ou coupables.»[2] Les deux lettres que je viens de recevoir parlent de persécutions contre des prêtres bons et d’absentéisme coupable de prêtres qui ont perdu toute ardeur, première étape vers l’hérésie sacerdotale. Les paroles de Jésus aux prêtres résonnent en moi…

Dans la nuit, j’entends de nouveau les cloches sonner le glas.[3] Il est 1 h 30, je suis assise dans mon lit et je récite le chapelet des sept joies de Marie. Je suis bien éveillée, j’ai 37, 5° de température, par conséquent on ne peut m’accuser de délirer puisque c’est la plus basse que j’aie. Mais les cloches sonnent réellement, je les entends à gauche, bien nettes, leurs battements funèbres bien distincts, répétés trois fois.

Qu’est-ce que cela veut me dire? Ma mort? Mourir ici, sans mon père spirituel serait ce qui me répugne le plus…


Notes

  1. Confrère du Père Migliorini, du même ordre des servites de Marie. En ce qui concerne l’allusion à Camaiore, qui suit aussitôt, voir également la note 139. ↩
  2. Du 17 décembre, dans “Les cahiers de 1943”. ↩
  3. Comme le 25 août. ↩