Jésus dit:
«La dictée d’hier[1] entraîne celle qui suit.
Certaines familles ne sont pas de vraies familles, et sont à l’origine de grands malheurs qui se propagent de l’intérieur de la cellule familiale pour détruire les structures des nations et, par-là, menacent la paix mondiale: ce sont ces familles dans lesquelles ce n’est pas Dieu qui domine, mais la sensualité et l’intérêt, par conséquent l’affiliation à Satan. Fondées sur la sensualité et l’intérêt, elles ne s’élèvent pas vers ce qui est saint mais, comme des herbes malsaines nées dans la boue, rampent toujours en direction de la terre.
L’ange dit à Tobie: “Je t’apprendrai quels sont ceux sur qui le démon a pouvoir”.
Oh! En vérité, il y a des époux qui sont sous le pouvoir du démon dès la première heure de leur mariage! Certains le sont avant même d’être mariés. D’autres le sont à partir du moment où ils décident de prendre un compagnon ou une compagne; leur but n’est pas droit, ils font des calculs sournois sur lesquels l’égoïsme et la sensualité règnent en maître.
Rien de plus sain, rien de plus saint aussi que deux personnes qui s’aiment honnêtement et s’unissent pour perpétuer la race humaine et fournir des âmes au ciel.
La dignité de l’homme et de la femme devenus parents suit immédiatement celle de Dieu. La dignité royale elle-même ne lui est pas semblable. En effet, le plus sage des rois ne fait qu’administrer des sujets. Au contraire, ces parents attirent sur eux le regard de Dieu et prélèvent à ce regard une nouvelle âme qu’ils enferment dans l’enveloppe de chair qui naît d’eux. Je pourrais presque dire que, à ce moment précis, ils ont Dieu pour sujet car Dieu, devant leur amour droit qui s’unit pour donner à la terre et au ciel un nouveau citoyen, crée immédiatement une nouvelle âme.
S’ils pensaient à ce pouvoir qui est le leur et auquel Dieu consent aussitôt! Les anges n’ont pas la même possibilité. Mieux, les anges, comme Dieu, sont aussitôt prêts à adhérer à l’acte des époux féconds et à devenir les gardiens de la nouvelle créature. Mais nombreux sont ceux qui, comme le dit Raphaël, embrassent l’état conjugal de manière à chasser Dieu d’eux-mêmes et de leur esprit, et à s’abandonner à la luxure. Le démon a tout pouvoir sur eux.
Quelle différence y a-t-il entre le lit du péché et le lit de deux époux qui ne refusent pas la jouissance mais repoussent toute descendance? Ne jouons pas aux équilibristes en mots et en raisonnement faussés. Il n’y a pas grande différence. S’il est conseillé ou interdit, en cas de maladie ou d’imperfections, d’avoir des enfants, alors il convient de savoir être continent et de s’interdire ces satisfactions stériles qui ne sont rien d’autre qu’une satisfaction des sens. En revanche, si aucun obstacle ne s’oppose à la procréation, pourquoi faites-vous d’une loi naturelle et surnaturelle un acte immoral en la détournant de sa finalité?
Lorsqu’une réflexion honnête vous conseille de ne pas augmenter le nombre de vos enfants, sachez vivre en époux chastes et non en singes luxurieux. Comment voulez-vous que l’ange de Dieu veille sur votre maison quand vous en faites un nid de péché? Comment voulez-vous que Dieu vous protège quand vous l’obligez à détourner son regard avec dégoût de votre nid souillé?
Oh! Pauvres familles qui se forment sans préparation surnaturelle, pauvres familles d’où toute recherche de la vérité est bannie à priori et où l’on se gausse au contraire de la parole de Vérité qui enseigne ce qu’est le mariage et ses raisons d’être. Pauvres familles qui se forment sans que l’on pense à ce qui est supérieur, mais uniquement sous l’aiguillon d’un appétit sensuel et d’une réflexion financière! Bien des époux n’ont plus la moindre pensée pour Dieu une fois passée la coutume inévitable de la cérémonie religieuse – je parle bien de coutume, et je le répète, car pour la majorité ce n’est rien d’autre, et en tout cas pas une aspiration de l’âme à avoir Dieu à ses côtés en un tel moment –. Ils font de ce sacrement un festin, et du festin un exutoire pour leur bestialité, alors que dans ma pensée le sacrement, loin de se terminer avec la cérémonie religieuse, commence à cet instant et dure aussi longtemps que la vie des époux; on peut le comparer aux vœux monastiques qui, loin de se limiter à la cérémonie religieuse, durent aussi longtemps que la vie du religieux ou de la religieuse.
L’ange apprend à Tobie que, si la prière précède l’acte, celui-ci devient saint, béni et fécond en joies véritables et en descendance.
Voilà ce qu’il conviendrait de faire: aller se marier d’une part en étant poussé par le désir d’avoir des enfants, puisque c’est là le but de l’union humaine (tout autre but est un péché qui déshonore l’homme comme être raisonnable et blesse l’esprit, temple de Dieu, qui s’enfuit avec indignation), d’autre part en gardant Dieu à l’esprit à tout moment. Dieu n’est pas un garde-chiourme oppressif. C’est un Père bon, qui se réjouit des joies honnêtes de ses enfants et qui répond à leurs étreintes par des bénédictions célestes et par l’approbation, ce dont la création d’une nouvelle âme est la preuve.
Mais qui comprendra cette page? Comme si j’avais parlé la langue d’une planète inconnue, vous la lirez sans en goûter la sainte saveur. Elle vous semblera être du ressassé, or c’est la doctrine céleste. Vous la tournerez en dérision, vous, les savants du moment. Mais vous ne savez pas que Satan rit de votre stupidité, lui qui a réussi, grâce à votre manque de continence, grâce à votre bestialité, à tourner à votre condamnation ce que Dieu avait créé pour votre bien: le mariage en tant qu’union humaine et sacrement.
Je vous répète les mots de Tobie à sa femme, pour que vous vous en souveniez et que vous vous comportiez en conséquence – si toutefois un reste de dignité humaine survit en vous et vous le permet –: “Nous sommes enfants de saints, et nous ne pouvons nous unir comme les païens qui ne connaissent pas Dieu.”
Qu’elles soient votre règle de conduite. Car, même si vous êtes nés là où la sainteté était déjà morte, le baptême a fait de vous des enfants de Dieu, du Saint des saints, de sorte que vous pouvez toujours affirmer que vous êtes enfants de saints, et vous y conformer. Vous aurez alors “une descendance dans laquelle le nom du Seigneur sera béni”, et l’on vivra conformément à sa Loi.
Or quand les enfants vivent conformément à la Loi divine, les parents en profitent, car elle enseigne la vertu, le respect, l’amour, si bien que les premiers à en bénéficier après Dieu sont les heureux parents, ces saints époux qui surent faire de leur mariage un rite perpétuel, et non un vice déshonorant.»