Les Écrits de Maria Valtorta

27. Le 29 mars 1948

1948-03-29

Le Seigneur me demande de décrire mon vendredi saint de 1948.

J’obéis… bien qu’avec réticence, car lever le voile sur certains secrets de l’âme, entre l’âme et Dieu, me coûte toujours énormément, et sans ordre de Dieu je ne le ferais pas…

J’étais une spectatrice douloureusement attentive des actes du Christ et de tous ses amis ou ennemis qui se trouvaient autour de lui depuis le dimanche avant la Passion. J’ai beau ne pas avoir relu le moindre mot de ce que j’ai décrit et écrit dans l’Œuvre — car les écrits de la Passion sont à Rome — je me souviens de chaque événement dans ses plus infimes détails. L’arrivée à Béthanie… les rencontres avec les femmes disciples et avec les pharisiens — plus ou moins amis ou ennemis —… les actes de Judas… tout, à l’exception de l’infâme vente du Christ dans la maison de Caïphe, hors les murs… Et encore la Cène de Béthanie… l’adieu à Lazare, le départ pour Jérusalem… l’entrée triomphale… tout, en somme.

Lumières et ténèbres. Oui. Je me suis réjouie et j’ai pleuré en fonction de ce que je voyais. Et, de ceux qui me voyaient, moi, personne ne comprenait la raison de mes larmes… Ils attribuaient tout aux grandes souffrances de mon corps. Mais non : elles sont encore là, plus fortes même, car j’ai demandé à souffrir atrocement pour offrir ce martyre afin que les forces du Mal ne prévalent pas en Italie, et pour que l’Eglise et la foi ne soient pas foulées au pied matériellement. Mais je ne pleure pas.

J’ai pleuré sur les douleurs du Christ, ça oui. J’ai pleuré comme je ne l’avais jamais fait car, sûrement par don de Dieu, je les ai comprises cette année — je dirais même goûtées — avec une intensité jamais connue jusqu’ici.

J’étais torturée avec lui, pour lui et pour sa Mère depuis le jeudi soir : la Cène, les derniers discours, Gethsémani, le baiser de Judas, la capture, le tribunal du Sanhédrin, les moqueries dans les rues de Jérusalem, le Prétoire, le palais d’Hérode, de nouveau le Prétoire, la flagellation, le couronnement d’épines, la condamnation…

Mais à partir de 11 h (heure solaire), c’est-à-dire au début du chemin de croix, ce fut un tel déchirement que je me mis à pleurer fortement, à chaudes larmes, tandis qu’une douleur spirituelle me brisait le cœur.

Et puis… j’ai eu peur. Oui, pour la première fois j’ai eu peur d’un don de Dieu, tout entier pour moi. Car le divin Martyr m’a donné de subir la souffrance des clous dans les mains et les pieds. J’ai redouté que, en plus de la douleur, il m’en laisse le signe extérieur, contrairement à la prière que je lui adresse depuis tant d’années : « Fais-moi subir tes souffrances, mais ne m’en donne pas les signes visibles, car je suis indigne de les porter. » Quand j’ai senti la torture du clou qui pénétrait dans ma chair et dans mes os, j’ai eu peur du signe. Mais Jésus fut bon. Il m’a bien donné la souffrance, atroce, pendant le vendredi après-midi tout entier, mais il n’a pas marqué ma chair.

Et j’ai pu continuer à participer à la passion avec Jésus crucifié, Jésus mort, la Mère au pied de la croix, au Sépulcre, au Cénacle. J’ai entendu les lamentations, l’essoufflement du Christ, les sanglots et les paroles de Marie, sa douleur de mère, si insoutenable à regarder… cela a duré jusqu’à l’aube du dimanche. Car tout au long du samedi, j’étais absorbée et déchirée par la douleur de Marie, tout comme je l’avais été, les jours précédents, par les souffrances complexes de Jésus.

Voilà ce qu’a été mon temps de Passion, et plus particulièrement le vendredi saint 1948.

J’ai obéi. J’ai écrit. Dieu sait sûrement la raison pour laquelle il a imposé cette narration à son petit Jean. Moi, je ne cherche pas à savoir.

Je suis contente d’avoir subi ses douleurs, qui plus est physiquement. Je m’en réjouis d’autant plus que j’en ai souffert sans qu’aucun signe apparent ne les révèle aux gens. Et je serai des plus heureuse si ces souffrances-là, ainsi que celles qui me taraudent habituellement et qui sont si aiguës depuis le 13 février, servaient à obtenir la victoire divine sur le mal qui essaie, de mille manières, de tourmenter l’Eglise de Jésus dans la personne de son chef, de ses pasteurs et de ses agneaux fidèles, et de tourmenter notre Italie.